DU A L’AUGMENTATION D'UN PHÉNOMÈNE PHYSIOLOGIQUE
L'appareil génital de la femme subit, et à intervalles réguliers, des poussées congestives par an mécanisme essentiellement physiologique. C’est l’evagération de ce phénomène physiologique qui entre dans le domaine de la pathologie.
Cette notion est pour beaucoup de praticiens actuels une véritable nouveauté. Devant une telle affirmation, on nous dira, pour nous prouver son exagération, que, Arau, en 1857, écrivait:
«La congestion fait en quelque sorte partie intégrante des fonctions du système utérin, tellement que, toutes les fois qu’elle ne dépasse pas un certain degré, elle est en réalité un fait nécessaire et jusqu'à un certain point une condition de l’accomplissement régulier des fonchions de ce système et de l’ensemble de l’organisme. Mais son augmentation peut devenir une maladie ».
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Vagues utéro-ovariennes
d’après STAPFER
Schéma II
Schéma subjectif
Type 1 d'après QUINCIEU
Schéma II
Schéma subjectif
Type II d'après QUINCIEU
Explicatior des Graphiques ci-contre
Schéma | — Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer à priori, c’est très logiquement que STAPFER a tracé le schéma des vagues Qutèro-ovariennes », suivant un principe qui, à première vue, paraît être l'inverse du mode de notation habituel.
En effet, SrAPFER place en haut, aux culmens des vagues, les maxima de décongestion utérine, c'est-à-dire les points où l’utérus apparaît réduit au minimum de volume par accélération de la circulation artérielle,
Par contre, il place en bas les maxima de congeslion ulérine par stase veineuse Il dessine un trait d’autant plus épais que l’engorgement est plus considérable et le volume utérin plus grand.
On interprétera facilement le graphique si on le considère comme l’expression de l’euphorie circulatoire. complète aux culmens, nulle aux molimens.
STAPFER, à ce propos, a écrit une phrase caractéristique et très démonstrative : « Quand les vagues baissent, la circulation se ralentit. Dans la profondeur des € creux (molimens), il y a congestion passive, engorgement, stase, œdème.
« À mesure que les vagues s'élèvent, les artères se dilatent, les veines se con- € tractent, l’œdème s’évanouit, les tissus se dégorgent. La circulation se précipite « dans le réseau vasculaire élargi. La mare se change en rivière. »
Schéma 11. — Ce schéma représente les périodes douloureuses ressenties par les malades qui souflrent deux fois par mois. À remarquer que la première période précède le molimen de succession, tandis que la seconde coïncide avec le molimen de précession
Schéma HI. — Ce schèma représente la période douloureuse des femmes qui souffrent une fois par mois À remarquer que cette période correspond au premier culmen.
(A) Sraprer, « Les vayues utéro-ovariennes ». Note préliminaire présentée par E. FERRIXR. Comptes rendus de l'Académie des Sciences, 22 janvier 1912. Memoire in Œuvre médicochirurgicale (Collection CRITZMANN), Paris, Masson, 1912.
Cette affirmation qui semble exacte dans les termes même ou la formule Arau est au fond essentiellement fausse.
C'est à Stapfer que revient incontestablement le mérite d’avoir montré avec précision l’existence de ces phénomènes.
La femme subit pendant le cours d’une période intermenstruelle, deux poussées congestives.
Prenons comme exemple une femme adulte, bien portante, normalement réglée, et, sans passé gynécologique. Ses règles surviennent le vingt-huit'ème ou le trentième jour qui suit le premier jour des règles précédentes (la durée de celles-ci est, en l’espèce, sans intérêt).
Un examen gynécologique quotidien nous permettra de constater les variations de volume correspondant au schéma I ci-joint: Autrement dit l’utérus, le premier jour des règles, présente sensiblement le volume d’un œuf de poule; il augmente, ensuite, très peu tout d’abord, mais vers le huitième jour, il s’accroît assez brusquement, et peut atteindre au dixième, onzième ou douzième jour le volume d’un œuf de dinde, d’un œuf d’oie, et, parfois même, dépasser notablement ces proportions.
L’organe utérin est alors plutôt molasse; il est congestionné, C’est cette période de trois jours de maximum congestif que Stapfer a dénommé premier ( molimen » de la vague utéro-ovarienne,
Dès le treizième jour, on constate la diminution très rapide du volume utérin et #u quinzième jour, l’organe est sensiblement revenu à un volume normal par disparition de la stase veineuse et accélération du flux artériel, È
Puis un second cycle s'établit, aboutissant à un second molimen, les vingtième, vingt-et-unième et vingttroisième jours. Ensuite, dès le vingt-troisième jour, la congestion disparaît, l’utérus diminue, et, c’est à l’arrivée des nouvelles règles, le vingt-neuvième ou le trentième jour que correspond le grand & culmen », c'est-àdire le moment où l'utérus présente son maximum de décongestion et de tonus musculaire avec minimum de volume. -
Le cycle recommence alors pour le mois suivant. En ce qui concerne les dates des molimens, il convient de remarquer ceci: alors que le premier est, en général, assez constant aux dixième, onzième et douzième Jours, il n’en est pas de même pour le suivant.
Le second molimen ne correspond pas en réalité aux vingtième, vingt-et-unième et vingt-deuxième jours, il a son maximum assez exactement du huitième au septième, parfois au sixième jour, précédant l’arrivée des règles suivantes; c’est-à-dire qu’il montre son maximum au vingt-et-unième jour chez la femme réglée à vingt-sept jours, par contre, il aura son maximum le vingt-sixième jour chez une femme dont les règles arrivent le trentetroisième jour et le dix-huitième jour chez une femme réglée tous les vingt-six jours.
Ce second molimen, Stapfer l’avait désigné sous le nom de molimen cataménial. Nous préférons avec le docteur Quinecieu le terme’ molimen de précession », pour bien marquer €e caractère particulier qui le distingue du premier dit &« molimen intercalaire ou molimen de succession ».
Tels sont les faits que chacun peut constater. Il va
sans dire que si nous n’avons parlé que de l’utérus, pour simplifier notre desciiption le phénomène des vagues porte sur tout le tractus génital; au molimen, c'est en réalité, tout le contenu du pelvis qui se montre congestionné, inversement au eulmen : annexes, appareil ligamentaire, musculature sont décongestionnés comme l’utérus lui-même. :
Stapfer, admirable observateur des phénomènes objectifs, nous paraît, au contraire, avoir moins bien saisi la marche des douleurs plus ou moins vives qui, chez certains sujets, précèdent on accompagnent les vagues physiologiques. Nos recherches cliniques nous permettent d'affirmer ceci: en principe, chez la femme saine et parfaitement normale, chez la jeune fille vierge et bien portante, les vagues utéro-ovariennes passent, pour ainsi dire, inaperçues: rien ou presque rien de ces variations vaso-motrices pér'odiques n’émerge à la surface du champ de la conscience. Ces vagues «utéroovariennes » existent simplement chez ces individus comme tous les autres actes de la vie viscérale et comme eux demeurent enfouies dans l’inconscient.
Chez ces sujets, tout se passe en silence. À peine parfois un imperceptible malaise, un peu de lourdeur abdominale, un très léger nervosisme passager se montrentils aux dates voisines des molimens congestifs ; notamment au voisinage du second quelques jours avant les règles.
Mais si, pour une des causes quelconques énumérées dans le chapitre étiologie, les phénomènes congestifs s’accentuent, l’état phys'ologique se mue insensiblement en un état pathologique.
Les femmes souffrent au voisinage des molimens. La symptomatologie est identique, mais les phénomènes douloureux se concentrent sur une période de trois à quatre jours.
Le docteur Quincieu avec qui nous avons étudié spécialement les phénomènes congestifs est arrivé aux conclusions suivantes :
Les femmes. qui souffrent de douleurs intermenstruelles peuvent être ramenées à deux catégories principales. Tout d’abord, les femmes qui souffrent deux fois par mois. Celles-ci ont une première période douloureuse apparaissant habituellement le septième et le huitième jour, ou le huitième et le neuvième jour après les règles, et une seconde période douloureuse qui éclot généralement du vingt-et-unième au vingt-troisième jour.
Dans une seconde catégorie, ces deux périodes n’existent pas; le sujet ne souffre qu’une seule fois dans le mois intermenstruel., Cette poussée douloureuse débute généralement vers le douzième jour pour s’éteindre le quinzième ou le seizième jour.
La description ci-dessus appelle les explications suivantes :
En ce qui concerne la première catégorie la comparaison des schémas ci-joints (p. 35) montre que la première vague douloureuse (schémas I et III) précède nettement le maximum objectif réel et que la malade ne souffre plus au moment on le médecin constate le maximum de congestion gynécologique, caractérisé par l’augmentation maximum du volume de l'utérus.
Par contre, dans cette même catégorie la seconde
IE + Re?
poussée douloureuse coïncide sensiblement avec le second molimen ou molimen de précession.
En ce qui concerne la seconde catégorie, celle des malades n'ayant qu’une période douioureuse par mois, l’examen des schémas TI et IIT montre que l’apparition de la période douloureuse vers le onzième ou le douzième jour coïncide sensiblement avec la fin du premier molimen de succession et s’étend immédiatement après celui-ci, presque jusqu’à l’apparition du premier culmen, autrement dit encore cette poussée douloureuse semble coïncider sensiblement avec la fin de la première période de stase veineuse et s'étendre nettement à la période d’activité artérielle.
Dans le premier type les douleurs sont aiguës et les malades perdent rarement du sang. Dans le second type, au contraire, les douleurs sont diffuses et les malades perdent souvent du sang.