L'Organisation du Travail, p
« La liberté, dit Léon XIII, est an bien, bien excellent, apanage exclusif des êtres doués d'intelligence et de raison. » L'intelligence leur donne la connàissance de leurs fins, la raison leur fait découvrir les moyens d'y parvenir, et le libre arbitre leur permet de saisir ceux de ces moyens qui leur conviennent et de les employer à atteindre la fin qu'ils se proposent. Si tous les hommes voyaient et plaçaient leur fin derrière là où elle est, en réclamant la liberté, tous entendraient demander ^ue la voie soit largement ouverte vers le Souverain Bien, me soit obstruée par aucune pierre d'achoppement et qu'euxmêmes ne soient point entravés dans leur ascension vers Dieu. Mais qui ne sait que les fins que se proposent les hommes sont sans nombre, aussi diverses que sont divers les objets de leurs passions 1 De sorte que l'appel à la « liberté » peut jaillir à la fois du cœur des plus grands saints et des plus grands scélérats, et qu'en la demandan! d'une même voix, ils semblent désirer une même chose. En réalité, ils veulent des choses aussi diverses et même aussi opposées que sont opposés, d'une part, les infinis degrés qui portent l'homme à la plus haute vertu, d'autre part, les degrés non moins nombreux qui le font descendre vers la pii'e corruption.
A ce cri « ILberfcé », l'enfant indocile, le serviteur orgueilleux sentent s'élever en leur cœur te désir de l'indépendance à l'égard des parents et des maîtres : les époux infidèles voient luire le jour où le lien conjugal sera dissous; le mauvais sujet aspire à un état politique et social où la cçercition du mal «l'existera plus. Ce cri rallie toutes les rébellions, excite toutes les convoitises. Le chrétien lui-même sent à ce cri le joug du Seigneur lui devenir plus pesant, ^car la concupiscence originelle n'est complè-
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tement éteinte au cœur de personne, et tout homn:e est plus ou moins ami, dans son mauvais fond, de la liberté pernicieuse. Pour tous, le cri de « liberté x a un charme malsain, celui que le père du mensonge mit à l'origine des choses dans sa première tentation : Du eritis ! vous serez dieux, vous serez vos maîtres, vous ne relèverez plus de personne. Et comme l'indépendance n'est nulle part, ce cri devient partout un appel à la révolte, révolte des inférieurs contre l'autorité, des pauvres contre la propriété, des époux contre le mariage, des hommes contre le Décalogue, de la nature humaine contre Dieu.
Aussi parmi les mots en vogue, il n'en est point dont il soit fait un usage plus pernicieux ©t plus fréquent que celui de liberté. Il sert à faire réclamer par les foules^ consacrer par les lois, fixer dans les institutions, les plus puissants dissolvants de l'ordre social. C'est la liberté de conscience, ou l'indépendance de chacun à l'égard de Dieu; c'est la liberté des cultes, la séparation de l'Eglise et de l'Etat, la neutralité et la laïcisation, toutes choses qui brisent les liens qui attachent l'homme et la société à Notre-Seigneur Jésus-Christ et à son Eglise; c'est la souveraineté du peuple, c'est-à-dire Tindépendance des foules à l'égard des autorités sociales et civiles; c'est le divorce et certaines dispositions du code civil qui mettent la même anarchie dans la famille. Enfin, pour pousser à toutes ces /évoltes, pour faire obtenir toutes ces indépendances, 'a liberté de la presse qui travaille tous les jours à corrompre dans les esprits la notion de la vraie liberté et à insinuer dans les cœurs l'amour et le désir des libertés mauvaises.
Si les catholiques joignent leur voix à celle (.le tous
les révoltés pour réclamer, eux aussi, la liberté, tout court, et non telle ou telle liberté définie, et, avant toutes les autres, la liberté pour les âmes de n'être point entravées dans leurs démarches vers Dieu, ils paraîtront réclamer la même chose que les révolutionnaires, et ils les aideront à l'obtenir. Et c'est ce que l'on voit trop souvent.
Au nom du Progrès, de la Civilisation, du Droit nouveau, la secte fait réclamer par ses journaux, par les associations qu'elle inspire, par celles où elle a des affidés, l'abolition de telle ou telle institution ou l'établissement de telle autre. Qui oserait s'opposer au progrès, à la civilisation? Par crainte de paraître rétrogrades, des catholiques, au Parlement, dans les Conseils départementaux ou communaux, votent des mesures contraires à leur propre manière d'être et de penser, des mesures qui les tyranniseront euxmêmes en tyrannisant leurs frères.
Dans un de ses ravissements, l'apôtre saint Jean vit tous les peuples suivre stupéfaits la Bête à qui le Dragon donna sa puissance et son trône. Elle ouvrit une bouche d'où sortaient des mots semblant dire de grandes choses : Datum est ei os loquens magna. En réalité, c'étaient des blasphèmes contre Dieu, contre son tabernacle et contre ceux qui habitent le ciel de l'Eglise : Blasphemias ad Deum, et tahernaeulum ejus et eos qui in Cœlo habitant (1).
Ces mots grandiloquents, nous venons de les entendre, et nous savons quelle étrange séduction ils exercent sur les multitudes. Ce sont vraiment, dans la signification qui leur est donnée par la Bête, des blasphèmes qui portent la mort dans les âmes, qui sapent les fondements de la société civile et de la