‹ La conjuration de CatilinaChapitre 21 sur 89 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Le consulat était le rêve de tous les Romains qui entraient dans la vie politique, quand ils avaient de l'ambition et se croyaient du talent. Rien ne les empêchait d'y prétendre. En droit, tous les citoyens, à Rome, étaient éligibles et électeurs; on n'exigeait d'eux aucune condition de naissance ou de fortune : Terentius Varro, le vaincu de Cannes, sortait d'une boutique de boucher; le père de M. iEmilius Scaurus était marchand de charbon. Il est vrai qu'en réalité tout semblait disposé pour rendre les abords du consulat difficiles. Dans cette longue route des fonctions publiques que les candidats, avant d'y arriver, étaient forcés de suivre, à mesure qu'ils avançaient, le chemin devenait plus étroit. Les questeurs étaient au nombre de vingt; il n'y avait plus que huit préteurs, qui devaient se disputer deux places de consuls. Les

vaincus étaient réduits à recommencer le combat les années suivantes, dans des conditions souvent plus fâcheuses, contre des concurrents nouveaux, dont le nombre augmentait sans cesse, en sorte que la plupart de ces jeunes gens, qui étaient partis avec tant d'ardeur et d'espérance pour la conquête de la dignité suprême, étaient condamnés d'avance à ne jamais l'atteindre.

Cicéron n'était pas de ceux que semblait menacer cette disgrâce. Depuis sa première candidature, les électeurs lui étaient restés obstinément fidèles. Il avait obtenu du premier coup toutes les fonctions qu'il avait demandées et s'en était acquitté avec honneur. Il était préteur Tannée même où Catilina forma sa première conjuration, et il avait trouvé le moyen de ne pas s'y compromettre. Cependant, quoiqu'il semblât avoir toutes les chances pour lui, il n'était pas tout à fait rassuré, car il connaissait bien les inconstances du suffrage populaire : il a plusieurs fois comparé les flots des comices, comme il les appelle, à ceux d'une mer agitée et capricieuse, où le reflux emporte ce que le flux avait apporté; mais son anxiété devenait plus vive, on le comprend, à mesure que la dernière lutte approchait. Il était naturel qu'elle fût partagée par les siens; on n'ignorait pas que l'honneur qu'il ambitionnait illustrait toute une famille. Son frère, Quintus Cicéron, qui lui était tendrement attaché, et qui d'ailleurs comptait bien profiter de la gloire de son aîné pour sa propre carrière politique, nous avoue qu'il ne cessait de songer

jour et nuit à cette redoutable échéance. Il venait luimême dôtre édile et avait pratiqué avec adresse le suffrage universel. Il eut donc l'idée de mettre son expérience au service de son frère, et lui écrivit une lettre dans laquelle il lui énumérait tout ce que doit faire un candidat qui veut réussir. Ce n'était pas, disait-il, qu'il eût la prétention de lui rien apprendre qu'il ignorât; mais la matière est si compliquée, les obligations si nombreuses, qu'on risque toujours d'oublier quelque chose. Quintus, qu'on aurait pu appeler, comme C. Cotta, un artiste en élection ', et qui tenait à mériter ce titre, se piqua au jeu en écrivant, si bien que sa lettre finit par prendre les proportions d'un de ces petits traités sous forme épistolaire {epistolkae qunestiones) - qui étaient à la mode en ce temps-là. Il lui parut, quand elle fut achevée, que, quoique écrite spécialement pour son frère, elle pouvait être utile à d'autres. Il songeait donc à la publier, puisqu'il demandait à Cicéron de la revoir, et il est probable qu'il la fit paraître sous le titre de Commentanolum peiUionis, ou de De petitione consutatus^ qu'elle porte sur les manuscrits, et qu'on pourrait traduire par ces mots : ManuPÀ du candidat.

La lettre contient des observations générales, et d'autres qui ne s'appliquent qu'à la circonstance par-

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