Sénèque le Père, Suas., VI
une certaine complaisance, sont de nature à piquer notre curiosité; mais surtout ils provoquent notre surprise, car nous avons toujours devant les yeux le type de la matrone romaine, tel qu'il se trouve chez les historiens et les moralistes. Je ne sais si ce type a jamais été bien exact, ceux qui nous le présentent étant fort suspects de trop vanter l'antiquité ; mais assurément, à l'époque où nous sommes, il avait tout à fait cessé de l'être. Le relâchement des mœurs publiques, l'habitude du divorce, la loi qui remettait à la femme la libre disposition de sa fortune personnelle pour qu'elle pût l'emporter quand elle quittait son mari, avaient entièrement corrompu la famille. Aussi Catilina n'avait-il pas eu de peine à trouver, dans la haute société, de grandes dames « qui, après avoir longtemps satisfait tous leurs caprices en puisant dans la bourse de leurs amants, quand l'âge avait rendu leurs profits plus légers, s'étaient vues réduites à contracter des dettes immenses * ». Elles avaient donc, pour entrer dans la conjuration, le même motif que tant de gens sans ressources, qui cherchaient à liquider une situation embarrassée par un bouleversement général. Mais il est vraisemblable qu'elles y étaient attirées aussi par la séduction qu'exerçait sur leur sexe celui qui en était le chef, et dans la vie duquel les femmes avaient tenu tant de place. C'est ce qui est arrivé plus tard, dans le complot formé contre Néron, et qui fut si près de réussir. Tacite nous dit