‹ La conjuration de CatilinaChapitre 52 sur 89 · Plutarque, Cic, 16. —Appien, II · texte numérisé non relu

Plutarque, Cic, 16. —Appien, II

Nous savons que Calilina ne s'était pas contenté d'appeler aux armes l'Étrurie; il semble qu'il avait le dessein de mettre le feu à l'Italie entière. Il entretenait des émissaires un peu partout, à Capoue, où l'on dressait des gladiateurs destinés aux jeux publics, à Oslie, pour soulever les équipages de la flotte, dans le Picenum, dans le Brutium, dans l'Apulie, dans la Gaule cisalpine. Parmi ces émissaires, il y en avait un dont le nom mérite d'être retenu; il s'appelait P. Sittius de Nocera. C'était un personnage fort curieux, qui, dans sa vie d'aventure, eut quelques belles journées. Il avait débuté par être un grand faiseur d'affaires financières, et il était, à ce qu'il semble, fort habile dans ce métier; mais, à côté de son commerce de banque, il en avait un autre qui lui rapporta bien davantage. Il réunit autour de lui, en Afrique, où il opérait, des mécontents, des proscrits, des gens que les guerres civiles avaient ruinés et en forma un corps de troupes qui lui était entièrement dévoué; il l'engageait, suivant les occasions, au service de ces petits princes africains que Rome laissait vivre, et qui en profitaient pour se déchirer entre eux. Il se mettait aux enchères et passait sans scrupule d'un parti à l'autre. A ces pratiques de condottiere il avait gagné un certain nom et de bons revenus. Le jour où César aborda en Afrique pour y combattre les vaincus de Pharsale, Sittius l'alla trouver avec ses bandes, et, sous cette grande direction, l'aventurier, devenu un général habile et heureux, acheva la défaite des armées républicaines. Catilina ne s'était

donc pas trompé lorsque, avant César, il avait pris Sittius pour un de ses lieutenants, mais il fut moins heureux avec les autres. C'étaient des gens sans expérience, tourmentés du besoin d'agir plutôt que d'agir à propos, et qui échouèrent partout. « Ils s'agitaient sans réflexion, dit Salluste, et comme pris de vertige; ils voulaient tout faire à la fois, tenant des concihabules nocturnes, faisant transporter des armes au hasard, se hâtant sans motif, semant le trouble partout; en un mot, plus alarmants que dangereux *. » Là, comme ailleurs, Catilina fut mal servi par les agents qu'il employait. Ce n'est pas une raison (le méconnaître qu'il eut en général plus de succès dans ce qu'il fît directement par lui-même. Au temps des Philippiques, Cicéron le comparait à son nouvel ennemi, Antoine, et il disait que, s'ils étaient aussi scélérats l'un que l'autre, il y avait chez Catilina plus d'intelligence et d'activité, et il vantait la rapidité avec laquelle il avait su faire de rien une armée -. Il faut remarquer que cette armée était surtout composée de vétérans. C'est leur première apparition dans l'histoire de cette époque; ils vont y tenir une plus grande place encore avec Antoine et Octave. Il n'en est pas moins vrai que c'est CatiHna qui a compris le premier le genre de services qu'on pouvait leur demander.

Quant aux conjurés de Rome, comme il n'est guère question que des plus importants, et qu'ils appar-

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