‹ La conjuration de CatilinaChapitre 75 sur 89 · Pro Sulla · texte numérisé non relu

Pro Sulla

miers savants de ce temps, qu'on mettait presque sur la môme ligne que Varron. Cicéron avait bien raison de dire que personne n'oserait jamais les accuser de manquer d'intelligence ou de droiture pour transcrire la vérité.

La séance du Sénat ne fut presque qu'un long interrogatoire. On introduisit d'abord Volturcius avec les députés des Allobroges. Il tremblait de peur, mais on lui promit qu'il ne serait pas poursuivi, et il dit tout ce qu'on voulait savoir. Gomme on l'envoyait chez Catilina pour prendre les dernières dispositions, il était au courant de tous les projets, et les fit connaître. Les députés, auxquels on n'avait rien caché, furent intarissables de détails. Quand vint le tour des inculpés, il ne fut pas difficile d'obtenir un aveu de Gabinius et de Statilius. Gethegus opposa plus de résistance. On avait fait une perquisition chez lui et on y avait trouvé une grande quantité de poignards et d'épées; il prétendit, pour se justifier, qu'il avait toujours été amateur de belles lames. Mais quand on lui mit sous les yeux sa lettre aux chefs des Gaulois, signée de sa main, il se troubla et cessa de nier. Lentulus s'était plus compromis que les autres par ses vantardises. Pour se donner de l'importance, il avait entretenu les députés d'un oracle sibyllin, qui annonçait que trois personnes de la famille des Cornelii occuperaient à Rome le pouvoir souverain. Cinna et Sylla avaient été les deux premiers; il ne doutait pas qu'il dût être le troisième, d'autant plus que les haruspices, qu'il consultait

aussi, lui affirmaient que le temps était arrrivé où l'oracle allait s'accomplir. Dans la séance du Sénat, lorsqu'on lui présenta sa lettre aux Allobroges, il nia l'avoir écrite; mais il fut bien forcé d'avouer que le sceau était le sien. « En effet, lui dit Gicéron, cette empreinte est facile à reconnaître : c'est l'image de ton aïeul, un grand homme de bien, qui aimait sa patrie avec passion. Toute muette qu'elle est, elle aurait dû t'empècher de commettre un crime si abominable. » Confronté avec les députés, il le prit d'abord de très haut, et il eut l'air de ne pas les connaître. Mais quand ils lui demandèrent s'il ne se souvenait pas de leur avoir parlé des livres sibyllins, son assurance tomba tout d'un coup, et, à la surprise générale, il avoua en balbutiant tout ce qu'on lui reprochait. 11 se reconnut même l'auteur d'une lettre qu'il avait remise, sans la signer, à Volturcius pour Catilina, et qui était ainsi conçue : « Tu sauras qui je suis par celui que je t'envoie. Sois homme de cœur; songe à la situation où tu t'es mis, et vois à quoi la nécessité t'oblige; prends des auxiliaires partout, même dans les rangs les plus bas*. » Cette lettre, presque impertinente, prouve qu'entre le chef et les

1. Cette curieuse lettre est reproduite à la fois par Cicéron et par Salluste. Les deux versions, pour le fond, sont tout à fait sembables et ne diffèrent que par quelques expressions. Il est facile de voir à certains détails que c'est celle de Gicéron qui est la véritable. Salluste a été choqué de la répétition du verbe ciœa qui revient deux fois dans un si court billet, et il l'a supprimée. A la place de cette phrase : vide quid tihi sit necesse, qui lui a paru plate, il met : considères quid luae raliones postulent. Ces préoccupations de lettré sont ici assez singulières.

complices il y avait des dissentiments graves. Elle faisait allusion à la répugnance qu'éprouvait Catilina à enrôler des esclaves parmi ses soldats; Lentulus n'avait pas les mêmes scrupules. Après ces interrogatoires, aucun doute ne pouvait rester. Les lettres, les cachets, Fécriture, l'aveu des accusés fournissaient une preuve irrécusable du crime. Mais Gicéron ajoute que ceux qui assistaient à la scène en avaient sous les yeux des indices encore plus certains. « A voir la pâleur des coupables, leurs yeux baissés vers la terre, leur attitude morne, leur consternation, les regards furtifs qu'ils se lançaient mutuellement, ils semblaient moins des malheureux qu'on accuse que des criminels qui se dénoncent eux-mêmes '. »

La délibération fut courte. A l'unanimité, on décida que les neuf prévenus étaient coupables et que ceux qu'on avait pu saisir resteraient prisonniers jusqu'à leur condamnation définitive. Lentulus était préteur et, les magistrats étant inviolables, ne pouvait être légalement poursuivi qu'après qu'il serait sorti de charge. On venait de voir le consul, respectant jusqu'à la fin la dignité dont l'accusé était revêtu, le conduire au Sénat par la main, tandis que ses complices y étaient amenés entre des soldats. Pour supprimer toute apparence d'illégalité, Lentulus fut pressé d'abdiquer, et il y consentit. On vota ensuite des remerciements au consul « pour avoir préservé la ville de l'incendie, les citoyens du massacre, l'Italie

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