‹ La conjuration de Catilina [microform]Chapitre 84 sur 85 · CatiL, I, H · texte numérisé non relu

CatiL, I, H

autre inquiétude qui même paraît avoir été plus forte chez lui qu'aucun scrupule de légalité : il craint avant tout, en punissant de mort les conjurés, qu'on l'accuse d'être cruel, et c'est bien ce qui montre chez lui, jusque dans le politique, l'homme de lettres et l'homme du monde. La société lettrée et polie de ce temps tenait surtout à paraître pénétrée de la civilisation grecque, et, parmi les vertus qu'elle s'attribuait, il n'y en avait pas dont elle fût plus fière que de celle qu'on appelait Miumanilc^ un beau nom, qui signifiait à la fois la douceur de l'âme et le savoirvivre le plus élégant. Caton, qui était pourtant un homme bien élevé et un disciple des philophes de la Grèce, s'irritait contre ces Ames tendres qui parlent de clémence et de pitié à propos d'un homme comme Lentulus. « Plaignez-le, disait-il; je vous le conseille! » Et il ajoutait : « Voilà longtemps que nous avons perdu l'habitude d'appeler les choses par leur nom. La clémence, quand il s'agit de vieux conspirateurs, qui ont usé leur vie dans les complots, est une duperie et une lâcheté ». Gicéron est plus timoré. Nous le voyons, dans tous les discours de ce temps, revenir avec une insistance singulière sur cette idée que la nature l'avait fait le plus doux des hommes et que, s'il est devenu sévère, c'est l'intérêt de la république qui l'a forcé de l'être*. On voit bien qu'il ne veut pas qu'on puisse douter un moment de son humanité; il serait inconsolable de passer pour un barbare ^.

{. Catil., IV, 6. Pro Sulla, 3.

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