‹ La Connaissance générale du cheval... par les auteurs de l'Encyclopédie pratique de l'agriculteurChapitre 7 sur 29 · LE TRONC · texte numérisé non relu

LE TRONC

Dans cette grande division de l'animal nous trouverons ce qu'on a appelé le bout de devant ou la tête, et Y encolure; puis le corps proprement dit, comprenant la poitrine, le ventre, et les diverses régions qui les composent, puis enfin la croupe et la queue.

A. La tète.

La tête porte le cerveau muré dans la boîte crânienne, voûte solide sous laquelle il est à l'abri de toute violence extérieure et de toute compression intérieure; elle porte en outre les principaux organes des sens, tous convenablement protégés aussi, tous placés dans les conditions les plus favorables au but auquel chacun d'eux est destiné. Ainsi l'on trouve les organes internes de l'ouïe, si délicats, renfermés dans une petite cavité parfaitement appropriée, et d'une solidité remarquable : ceux de la vue, du goût, de l'odorat, sont de même contenus dans des ouvertures spéciales en rapport facile avec les corps extérieurs dont ils doivent percevoir les propriétés. La tête renferme encore les organes particuliers qu'on appelle les dents, et qui sont à la fois des organes de déchirement, de trituration des aliments, et le moyen le plus certain de reconnaître l'âge de l'animal. Extérieurement enfin, elle offre à l'examen des caractères physiognomoniques .très-sûrs, qui aident à distinguer la race et à classer l'individu sous le rapport de ses qualités morales. Que de choses dans une partie relativement si petite, de l'animal, car nous en trouverons d'autres encore.

i . Le degré d'intelligence des animaux est en raison du dé-

velopperaent du cerveau; les fonctions vitales, placées sous l'influence de l'appareil de l'innervation, s'exécutent d'une manière d'autant plus large que cet appareil est plus complet aussi par son développement. Aucun signe extérieur n'en donne la mesure que les proportions du crâne ; or on saisit ces dernières d'une manière assez sûre en examinant la partie supérieure du front; plus elle se montre large, plus le cerveau a d'espace, plus il prend d'expansion. La moelle naît plus grosse d'un cerveau volumineux, et les cordons nerveux sortent euxmêmes plus gros d'une tige cérébro-spinale plus développée; c'est ainsi qu'un front large, dénotant une intelligence plus élevée, devient l'indice de l'existence d'un appareil d'innervation plus complet, c'est-à-dire de qualités physiques et morales plus hautes. Puis, comme tout se tient dans la machine, un front vaste est toujours accompagné d'un bel œil , d'une oreille bien faite et bien placée , d'une expression générale line et douce, intelligente et hardie, donnant bonne opinion x de l'individu , car les mâchoires n'auront point de lourdeur inutile , car les narines apparaîtront bien fendues et vivantes.

2. Il faut donc s'attacher à rechercher le plus grand développement possible dans les régions de la tête sous lesquelles se trouve le cerveau, le front et la nuque. Celle-ci occupe l'espace qui sépare les deux oreilles : elle est large quand le front est vaste, étroite quand cette dernière région manque de largeur et correspond à un cervelet trop peu développé. Alors les oreilles sont rapprochées, hautes, pointues, dénonçant un cheval peu intelligent et peureux. Quand la nuque est bien proportionnée, l'oreille est bien taillée, bien placée, élégamment dirigée en haut et un peu en avant, douée d'une mobilité toute gracieuse, exprimant une certaine fierté, l'énergie. Telle on la voit sur les types supérieurs et les animaux de bonne souche. Elle est bien différente chez les races communes et avilies , qui la portent lourde , épaisse , souvent pendante et flasque, comme chez le cheval dit oreillard. Quand elle est ainsi, regardez l'œil : vous le verrez plus ou moins enfoncé et couvert, éteint dans le regard, placé haut parce que le front aura peu d'élévation; alors encore les mâchoires seront longues, fortes, chargées de substance, et toutes les cavités infé-

rieures étroites, logeant un cerveau trop petit pour exercer beaucoup d'influence sur la machine entière, des narines peu fendues et répondant à des fosses nasales trop peu spacieuses pour fournir abondamment l'air à la fonction respiratoire, dont, par suite, l'appareil n'aura qu'un développement médiocre. On le voit, de la partie nous irions ainsi facilement au tout, parce que le détail est intimement et physiologiquement lié à l'ensemble.

Mais l'oreille fournit d'autres indices. Partie extérieure des organes de l'ouïe, elle concourt à l'effet qu'on nomme audition. On s'en occupe peu toutefois sous ce rapport, bien qu'il ne soit pas indifférent d'avoir des animaux sourds. La voix du maître a besoin d'être entendue ; la privation de l'ouïe nuit beaucoup à l'obéissance. Les oreilles, chez les chevaux qui entendent difficilement ou qui n'entendent point, exécutent peu de mouvements, et restent généralement fixes et immobiles en avant, du côté où l'œil regarde, afin d'essayer de percevoir quelque son et de suppléer, autant que possible, par la vue, à l'imperfection ou à l'absence de l'ouïe. C'est, du reste, à charge de revanche, car le cheval qui n'a pas de bons yeux l'indique par le mouvement des oreilles. Cela s'observe bien mieux encore chez ceux qui ne voient pas du tout.

En effet, les oreilles d'un aveugle ont un genre de mouvement tout particulier; elles le montrent étonné, hésitant, et changent complètement la physionomie. Elles sont très-attentives, inquiètes, constamment agitées, et l'on voit leur ouverture se diriger alternativement en avant, en arrière et de côté. Elles font comprendre que, la vue manquant, l'animal a besoin du secours de l'ouïe. Aussi se montre-t-il en général trèsobéissant à la voix qui lui est connue, très-craintif au bruit qui ne lui est pas familier. Beaucoup de chevaux aveugles rendent de très-bons services et travaillent autant que les autres sans recevoir toujours autant de soins. Us mériteraient des égards, des attentions spéciales, auxquelles on ne songe guère en général. Au travail ou à l'écurie, le cheval aveugle ne devrait jamais être placé près d'un voisin hargneux, car il ne peut ni se défendre avec avantage ni se dérober aux attaques. Dans l'attelage par paire, il vaut mieux le mettre en sous-

verge ; dans l'attelage par file, il est fort mal en avant et fatigue beaucoup tout en imposant une tâche très-difficile au charretier.

Le cheval qui veut jouer, celui qui est chatouilleux ou méchant, porte les oreilles en arrière. On se trouve dès lors averti de ses dispositions plus ou moins aimables, plus ou moins dangereuses. Gare à la dent , gare aux coups de pied ! L'oreille qui va et vient en sens divers, sous l'influence de l'inquiétude et de la distraction du travail, dénote un cheval ombrageux : attention! Il a peur, peut-être parce qu'il distingue mal des objets qu'il ne voit pas bien; attention! car il va se jeter brusquement à droite ou à gauche. Le cheval qui est en confiance marche avec résolution; il porte franchement les oreilles en avant et regarde toutes choses sans étonnement ni crainte.

3. Puisque nous nous sommes occupé de la vue, parlons tout de suite de Yœil qui renferme l'appareil de la vision, appareil merveilleux par la perfection particulière des instruments qui le composent et par l'utilité des résultats dont il est la source et le siège. Nous ne saurions nous égarer dans les détails intimes de son organisation, car la pratique n'a aucun avantage direct à les approfondir, mais nous en dirons tout ce qu'il importe de savoir pour reconnaître que la vue est bonne ou mauvaise et pour diriger l'éleveur dans les soins spéciaux que ses produits réclament à cet égard.

La position de l'œil sert à mesurer l'étendue du crâne en ce qu'elle indique le point de séparation entre cette cavité et la mâchoire supérieure. Plus l'œil est rapproché du sommet de la tête et moins avantageuse est la proportion entre les deux parties; plus la mâchoire est longue et plus est rétréci l'espace occupé par le cerveau. Les chevaux dont la tête est ainsi faite ont la physionomie plus stupide qu'expressive. On ne s'est jamais plaint que l'œil fût placé trop bas. Il est beau quand il est grand, bien ouvert , à fleur de tête, fier dans le regard tout en restant doux et intelligent. Il doit être clair dans ses parties internes, sans nuage, sans trouble, sans tache quelconque. Les paupières qui le recouvrent et le protègent doivent être garnies de longs cils et de poils courts, minces, souples et bien fendues.

Par contre, l'œil ne réunit pas toutes les conditions de la beauté, ou bien il est défectueux, lorsqu'il est petit, enfoncé dans l'orbite, caché sous des paupières grasses, épaisses, infiltrées. On le voit ainsi chez les animaux à tête charnue , grosse , lourde , sans distinction, et là où la fluxion périodique des yeux, maladie grave, est commune.

Les yeux doivent être égaux. Le mal que nous venons de nommer détermine souvent la diminution de volume de l'organe qu'il frappe périodiquement et d'une façon plus ou moins violente.

Les indications fournies par le regard du cheval sont précieuses. L'œil doux et franc, même dans son expression la plus hardie, inspire avec raison la confiance ; il y a lieu de se méfier du cheval qui regarde en dessous «t méchamment.

L'intégrité d'une fonction tient nécessairement à l'intégrité des instruments à l'aide desquels elle s'accomplit. Malade, l'estomac se refuse à faire le chyle dans les conditions normales; malade, le poumon ne remplit que très-imparfaitement son rôle ; malades, les muscles n'agissent plus avec toute l'énergie et la liberté qui leur sont propres dans l'état de santé ; malades ou mal disposées, les parties constitutives de l'œil ne fonctionnent plus aussi complètement, d'une manière aussi étendue que dans leur état d'intégrité absolue. Ces propositions n'ont pas besoin d'être autrement élucidées. Il faut donc savoir reconnaître la parfaite intégrité de l'œil, afin de s'assurer que le sens de la vue n'est point altéré chez ranimai qu'on possède ou qu'on cherche à se procurer. Dans tous les cas, voici comme on procède.

« Toutes les fois qu'on le peut, dit M. F. Lecoq, il faut l'examiner dans l'écurie ou sous un hangar, à une certaine distance du grand jour. L'œil, dans un endroit un peu sombre, est beaucoup plus facile à examiner ; on aperçoit mieux le fond de l'organe, dont la pupille est alors dilatée (i). On doit, pour cet examen, se placer en face de l'animal, de manière à porter

(1) On nomme pupille l'ouverture d'une membrane interne de l'œil , dont le diamètre et la forme varient à chaque instant , suivant le degré de vivacité de lumière.

son regard obliquement sur le globe, et à reconnaître ainsi s'il existe quelque trouble dans les parties qui le composent, et à laquelle de ces parties il appartient; ce qui n'est pas aussi facile lorsqu'on regarde l'oeil en face.

« Ce premier examen étant terminé, on fait avancer un peu l'animal, pour que l'œil, frappé d'une lumière plus vive, laisse apercevoir le mouvement de rétrécissement de la pupille, qui doit être bien marqué.

« Si l'on ne peut placer le cheval dans des circonstances aussi favorables pour l'examen de la vue, il faut, pour reconnaître les mouvements de l'iris, placer la main sur l'un des yeux, de manière à le tenir fermé pendant tjuelques secondes. Aussitôt la pupille de l'œil opposé doit se dilater un peu; et lorsqu'on examine l'œil qu'on avait tenu fermé, on voit sa pupille, fortement dilatée pendant l'occlusion, revenir à ses dimensions premières dès que la lumière pénètre de nouveau dans l'organe.

<t Dans tous les cas , il faut éviter d'examiner l'œil en plein soleil, au voisinage de murailles blanchies ou d'autres corps blancs volumineux, qui réfléchissent beaucoup de lumière et font presque fermer la pupille, au delà de laquelle on ne peut plus rien apercevoir. Il faut aussi avoir soin d'enlever la bride, si elle est garnie de garde-vue, car la surface de cette partie du harnais envoie à l'œil des rayons qui nuisent à l'examen. »

De tous nos animaux, le cheval est assurément celui qui a le plus besoin de l'intégrité complète du sens de la vue, puisque nous l'associons à tous nos travaux, à nos besoins, à nos dangers. Cherchons donc les moyens de lui donner en le produisant, et de lui conserver en l'élevant, un appareil de la vision aussi complet que possible.

L'excitant fonctionnel de l'œil, c'est la lumière. PJacé d'une façon intermédiaire dans l'espace entre l'œil et le corps lumineux qui le projette et le réfléchit, ce fluide, — la lumière, — produit la vision de ce corps, c'est-à-dire la sensation de ses qualités extérieures et principalement de celles de sa couleur et de sa forme.

L'exercice modifie beaucoup la puissance de la vision, mais la conservation de la vue exige que les yeux ne soient impresr

sionnés par une lumière ni trop éclatante ni trop faible, qu'ils ne soient pas continuellement en action, et qu'ils ne soient pas non plus trop longtemps soustraits à leur excitant propre.

Une lumière trop vive, directe ou réfléchie, surexcite l'organe de la vision, affaiblit la vue, et peut amener des désordres organiques qui vont parfois jusqu'à la cécité. Les murs trop blancs, les sols crayeux, la neige, la poussière blanche et le sable fin qui réfléchissent la lumière avec une si grande intensité, occasionnent sur l'œil le même effet que ce fluide venant directement du soleil. La contraction de la pupille a bien pour but d'amoindrir la violence de ce stimulus, mais elle ne suffit pas toujours pour préserver de l'irritation les parties les plus sensibles et les plus délicates de l'organe. Rien n'est plus défavorable à la vue que l'éclat des rayons solaires réfractés par les sables comme sur les bords de la mer, et par un sol crayeux. Nous avons pu voir en Champagne où cette dernière nature de terrain est si répandue, un grand nombre de chiens, de bêtes à laine et de chevaux affectés d'amaurose complète ou incomplète. Cependant, la cécité par d'autres causes y est rare. On y trouve aussi beaucoup de chevaux peureux, ombrageux. Nul doute que le peu de jour qu'on laisse pénétrer en général dans les logements de ces animaux n'ait une part fort active à la production de cet effet; car l'intensité de la lumière agit ensuite d'autant plus violemment sur les organes de la vue qu'ils en ont été pour ainsi dire privés plus longtemps.

Des ophthalmies nombreuses, épizootiques en quelque sorte, ont été attribuées, par des vétérinaires militaires, à l'action des rayons lumineux, vivement réfléchis sur l'organe de la vue, lorsque, pour le pansage, les chevaux étaient attachés très-près des murs de couleur blanche. Je n'ai jamais pu, disait à cette occasion M. Huguet, fixer les murs du quartier de Carcassonne, pendant plusieurs secondes, sans éprouver des éblouissements et une sensation pénible , qui n'auraient pas eu lieu , sans aucun doute, si la surface que je voulais voir avait été d'une couleur ou verte ou foncée.

Une lumière trop faible rend l'œil très -impressionnable : dans des logements obscurs, bas et sans jour, cet organe acquiert une grande sensibilité et s'irrite souvent lorsqu'on l'ex-

pose sans ménagement à l'action de son excitant propre : à plus forte raison l'obscurité nuit-elle à l'œil; elle l'affaiblit et le rend ensuite plus sensible à l'action subite de la lumière. Aussi estce en hiver, époque où les écuries sont le moins éclairées, que l'œil se fatigue le plus et se trouve disposé à contracter les altérations diverses qui en pervertissent les fonctions.

De la privation complète de la lumière naît le sommeil, quand tous les organes de relation sont fatigués.

De ce qui précède concluons surtout que les logements destinés à l'habitation des animaux doivent être suffisamment éclairés de manière que, au sortir de ces lieux, les yeux ne soient pas brusquement frappés de l'éclat d'une lumière trop intense ; et l'un des moyens d'éviter ceci est de ne pas mettre en blanc la façade extérieure des bâtiments qui reflètent les rayons du soleil. La couleur jaune, qui tient le milieu du spectre solaire, est celle qui convient le mieux à cet usage. L'œil trouverait ainsi une sorte de gradation dans le passage de l'obscurité de l'écurie à la vivacité du jour extérieur. Estil besoin d'ajouter qu'en blanchissant les murs intérieurs à la chaux, on donnerait plus de clarté aux écuries trop sombres ?

Le sens de la vue perd souvent de sa sensibilité , s'altère et se détruit peu à peu. La manière dont on élève et gouverne les animaux les dispose à contracter un grand nombre d'infirmités. Cependant celle qui anéantit la vision affecte exclusivement, pour ainsi dire, l'espèce du cheval. Elle frappe de nombreuses victimes ; elle les déprécie fortement. Ce n'est pas tout, cependant; avant qu'elle éclate et se fixe définitivement sur l'organe qui en est le siège, les causes nombreuses et variées, qui la déterminent, changent, modifient, altèrent l'organisme à ce point que les sujets qu'elles déshonorent la transmettent presque toujours à leurs descendants. Les animaux, issus d'un père ou d'une mère aveugles des suites de la fluxion périodique des yeux, par exemple, apportent en très-grand nombre une prédisposition marquée à contracter le mal à leur tour. Dans ce cas, sur ces sujets, la plus légère cause a un retentissement grave et profond; bientôt le mal éclate pour se perpétuer ensuite , sous l'influence de l'hérédité , de la même manière qu'il est venu. L'expérience veut qu'on repousse de

la reproduction tous les fluxionnaires ou tous les aveugles du fait de la fluxion périodique des yeux , dans les localités au moins où cette affection se montre fréquemment sur la population qui leur est propre.

4. Le chanfrein s'étend du front aux naseaux : comme le front, et en môme temps que lui, très-généralement il se montre large et plat, ou étroit et busqué. Ce dernier caractère est une défectuosité ; Vautre est une condition favorable et, par cela même, une beauté. La largeur du chanfrein donne la mesure de la capacité des fosses nasales que nous savons donner passage à l'air à son entrée dans la poitrine ou à sa sortie de cette cavité. Or, nous le répétons, on n'a jamais trouvé trop développée aucune partie de l'appareil respiratoire.

La courbure du chanfrein fait appliquer à la tête l'appellation de tête busquée. Les animaux qui présentent cette défectuosité n'ont pas la respiration aussi facile que ceux dont le chanfrein est large et droit dans sa ligne. Beaucoup sont ou deviennent corneurs, inconvénient grave qui déprécie notablement les sujets, vice essentiel qui se transmet comme la fluxion périodique des yeux, et qui, aussi bien que cette dernière, se fixe dans le sang d'une race au point de se remontrer avec certitude sur la très-grande majorité de ses produits.

Le cornage^ appelé sifflage lorsqu'il s'observe à un faible degré, est un bruit particulier qui résulte de la collision de l'air contre un obstacle dans les conduits respiratoires. Il peut être le résultat de maladies avec lesquelles il disparaît, mais il provient beaucoup plus fréquemment de lésions profondes et cachées des organes de la respiration, plus ordinairement encore de leur mauvaise conformation. C'est alors surtout qu'il constitue un vice dont les effets sont particulièrement appréciables pendant le travail au point de nuire à sa continuation : il diminue par cela même l'étendue et la durée des services , c'est-à-dire la valeur de l'animal dont on les attend.

En dehors du bruit qui a fait dénommer le cornage , on ne sait pourtant rien de bien satisfaisant sur ce qui l'occasionne ou le constitue. Certaines conformations y paraissent sujettes plus que d'autres, mais le mal envahit quelquefois aussi des

conformations en apparence irréprochables, et, ce qu'il ne faut point oublier, c'est qu'il est héréditaire.

Le cornage chronique, celui qui ne se révèle que pendant le travail, ou pendant des exercices très-précipités, a été, comme la fluxion périodique, inscrit au nombre des vices rédhibitoires.

Si dépréciés qu'ils soient, les chevaux corneurs peuvent encore être utilisés. Ils tiennent très-convenablement au travail pourvu qu'il s'exécute au pas, ou qu'on abrège beaucoup sa durée si la tâche doit être remplie avec quelque rapidité. Dans ce cas encore, la charge, le poids à porter ou à traîner doivent être moindres. Il faut alors laisser beaucoup de liberté à la tête et à l'encolure, éviter avec soin de gêner l'animal en le serrant par trop dans les diverses pièces du harnachement. Si on ne le ménageait pas à la montée, il en souffrirait davantage. Il en est que le courage soutient et qui vont, sous l'excitation du conducteur malavisé, jusqu'à tomber de suffocation. On doit éviter de remettre ceux-ci au travail à un moment trop rapproché des repas ; on doit surtout les mener doucement au départ, sous peine de se voir bientôt forcé d'interrompre la tâche imposée.

La tête busquée est l'exagération de la défectuosité qui intéresse et le front et le chanfrein; lorsque la courbure s'arrête à cette dernière région, on dit la tête moutonnée.

Le chanfrein affecte parfois une conformation opposée à la direction précédente ; il présente alors une légère dépression qui fait dire la tête camuse. C'est la conformation de certains chevaux orientaux et de beaucoup de nos chevaux bretons. La tête camuse est généralement courte des mâchoires et large supérieurement ; elle plaît en général et dénote à la fois intelligence et vigueur. Cette légère concavité ne nuit en rien aux actes respiratoires, à raison de la largeur des premières voies du conduit aérien.

5. Les naseaux, nous le savons déjà, sont les ouvertures externes de l'appareil respiratoire , l'unique passage laissé à l'air pour pénétrer dans les poumons et en sortir. Ce que nous avons dit du chanfrein , des dimensions des fosses nasales, est parfaitement applicable ici ; et cela doit être, car il y a solida*

rité entre toutes les parties d'un même appareil. A quoi serviraient de volumineux poumons s'il ne pouvait y entrer qu'une petite quantité d'air? A quoi bon de vastes fosses nasales si leur ouverture, trop étroite, devait faire obstacle à leur pleine et entière utilisation? C'est ainsi que l'harmonie des fonctions en général naît de l'harmonie qui s'établit entre les diverses parties du tout. Les naseaux sont grands quand le chanfrein est large, et cette conformation est la meilleure, la plus belle, parce qu'elle remplit à un plus haut degré les conditions favorables à la fonction qui leur est propre. Formés par la peau, qui se replie en dedans et se confond bien vite avec la membrane muqueuse qui en tapisse l'intérieur , ils ont une très-grande mobilité ; ils se dilatent et se rétrécissent autant que besoin est, et avec toute l'activité nécessaire, en raison même de l'activité imprimée aux actes respiratoires par des allures plus ou moins vives, par des efforts musculaires plus ou moins étendus , violents. Au repos , la respiration est calme, et les naseaux de même ; sous l'influence de l'exercice, l'ouverture des naseaux augmente et diminue plus ou moins précipitamment pour livrer passage à des colonnes d'air plus considérables, soit à l'entrée, soit à la sortie, afin de fournir à tous les besoins de l'hématose. L'action musculaire, très-activée par une locomotion rapide, précipite le mouvement du sang qui revient plus vite et plus abondamment au poumon où il doit trouver une plus grande quantité d'air ; alors les naseaux se dilatent dans toute leur étendue , et l'agitation des flancs répond à l'activité qui leur est imprimée. Ils sont donc très-dilatables et k très-ouverts chez tous les chevaux capables de grandes actions , chez les coureurs énergiques et résistants ; ils sont serrés, petits, au contraire, chez ceux qui n'ont, aux vives allures, ni vitesse ni fonds.

Les grandes dimensions des naseaux étaient une nécessité chez le cheval, seul, parmi nos animaux, qui ne respire pas à la fois par le nez et par la bouche. C'est ainsi qu'elles donnent avec une grande certitude la mesure du volume et de la capacité des poumons.

6. La bouche est cette autre ouverture qui commence le tube digestif, et dans laquelle s'accomplissent les actes prépa-

ratoiresde la digestion. Circonscrite par les deux lèvres, la bouche forme, dans nos grands animaux, une cavité allongée entre les mâchoires, suivant le grand axe de la tête, et offrant en arrière une seconde ouverture par laquelle passent les aliments et les boissons pour s'engager dans le pharynx ou arrière-bouche.

C'est au point de vue de l'extérieur et de l'art de l'écuyer ou du cocher que l'étude de cette partie offre le plus d'intérêt aux praticiens. Nous limiterons en conséquence à ces deux sujets les considérations qui vont suivre.

Et d'abord, la bouche présente diverses parties constituantes, savoir : les lèvres, les gencives, les dents, le palais, la langue, le canal et les barres.

Les lèvres ferment l'ouverture extérieure de la bouche. La peau qui les recouvre est très-fine et porte quelques poils longs et durs, appelés moustaches, qui font office d'organes de tact. Sur la lèvre inférieure, on voit un renflement musculeux assez saillant : c'est la houppe da menton. A leur surface interne commence la muqueuse de la bouche. Le point où elles se confondent prend le nom de commissure, de chaque côté de la face.

Les lèvres et leurs commissures ont joué un certain rôle dans les livres d'équitation et dans la pratique des écuyers. On ne voulait celles-là ni trop épaisses, ni trop minces, et celles-ci ni trop hautes, ni trop basses, afin que la bouche ne se présentât ni trop, ni trop peu fendue, auquel cas le mors de la bride se plaçait mal et rendait le ménage de l'animal moins facile ou moins gracieux. Ce sont des vieilleries que ces distinctions. L'art a progressé, et l'on sait aujourd'hui ajuster le mors à toutes les bouches, ce qui est plus simple que de chercher des bouches à ajuster sur un mors donné. Le remède n'a d'ailleurs rien de compliqué, car il suffit souvent, pour éviter les inconvénients dont on a fait tant de bruit autrefois, de régler judicieusement la longueur des porte-mors ou des montants de la bride ; on maintient ainsi le mors dans la position la plus favorable à son effet utile.

Les lèvres ont une très-grande mobilité ; elles donnent à la physionomie de l'animal des expressions très-diverses, mais si

accentuées qu'elles trahissent toutes ses impressions , toutes ses passions : chez certains sujets d'élite, à intelligence trèsdé veloppée, on dirait parfois qu elles vont prononcer des mots, tant elles parlent. Par une contraction particulière et qu'on n'observe que dans les cas de souffrance profonde, elles font dire que la face est grippée. Leur beauté s'efface sous les coups du temps ou de l'usure, et dès lors elles deviennent pendantes.

Les gencives enveloppent et affermissent les dents au sortir de leurs alvéoles : nous n'avons pas à nous en occuper ici, mais nous parlerons bientôt des dents en vue de la connaissance de l'âge.

Le palais est, à proprement parler, le plafond de la bouche. Dans les jeunes chevaux il se tuméfie quelquefois au point de déborder l'arcade formée par les incisives. C'est ce qu'on appelait le lampas ou la fève, et on en faisait une maladie qu'on traitait par la saignée locale, pratiquée à l'aide du fer chaud, ou par des mastigadours. Le gonflement du palais n'est qu'un symptôme ; il accompagne la protusion des dents , n'appelle aucun soin particulier.

La langue concourt à la mastication des aliments en les portant sous les dents chargées de les diviser, et à leur déglutition en les poussant vers l' arrière-bouche ; elle a deux parties, l'une fixe et l'autre mobile. Cette dernière s'étend en dehors de la bouche pour la préhension des aliments. Quelques chevaux ont l'habitude, pendant le travail, de la sortir et de la rentrer alternativement et sans fin. Ce tic, appelé langue serpentine , n'a d'autre inconvénient que d'être peu agréable à l'œil. Il n'en est pas de même du défaut qui a mérité d'être qualifié de langue pendante, et qui occasionne des pertes de salive assez considérables. On estime peu les chevaux à langue pendante, et l'on a raison : ils sont rarement énergiques. Cette imperfection n'est que l'un des signes qui trahissent leur faiblesse ou leur peu de valeur. La langue peut avoir été coupée plus ou moins profondément dans son épaisseur, voire jusqu'à la chute d'une portion de sa partie libre. Elle peut, dans ces circonstances, remplir plus difficilement ou moins complètement ses utiles fonctions. Il y a donc lieu de s'assurer qu'elle

est entière et en bon état, lieu surtout d'éviter que ces accidents se produisent, ce qui arrive quand, après avoir passé dans la bouche des cordes trop fine3, on tire trop fortement dessus, ou lorsque, s'étant échappés, les chevaux se prennent les pieds dans les rênes en courant.

Ici encore les écuyers ont cherché midi à quatorze heures. Il leur faut un langage à part, un jargon en rapport avec leurs idées. Ils ne veulent la langue ni trop épaisse , ni trop mince, ni trop saillante, ni trop déprimée : dans un cas elle diminue l'impression du mors sur les barres ou en neutralise complètement les effets ; dans l'autre elle ne protège pas assez cette partie, qui en ressent trop vivement l'action. Il est bien vrai que la perfection de la bouche, au point de vue de l'embouchure, dépend de la bonne harmonie de rapports entre les lèvres, les barres et la langue ; mais l'art est fait pour corriger les imperfections. Il faut donc adapter à chaque bouche l'embouchure qui lui convient; il n'y a pas plus de mors que de selle à tous chevaux. Le principe est qu'il faut ajuster chaque harnais à la conformation de chaque individualité. On fait du mors un instrument de contrainte , il ne devrait être qu'un moyen de transmission de la volonté du cavalier ou du cocher. Les mauvais effets de sa pression résultent de la main qui mène, non de la conformation des parties plus ou moins sensibles sur lesquelles son action se fait sentir avec plus ou moins de rudesse ou de mesure.

La langue est logée dans ce qu'on appelle le canal. Plus ou moins large, étroit ou profond, le canal peut rendre plus ou moins saillante la langue et déterminer les prétendus vices de conformation découverts par les écuyers. Nous n'avons rien de plus à en dire et nous passons à l'examen des barres, parties essentielles de la bouche chez le cheval.

Les barres sont l'espace intermédiaire qui, des deux côtés de la mâchoire, sépare les dents molaires des dents incisives. C'est sur elles que le mors porte et agit; de leur degré de sensibilité ou d'insensibilité, dit-on, dépend la facilité plus ou moins grande de diriger le cheval, l'âne et le mulet. Les barres sont û>teS arrondies ou tranchantes, suivant que la partie de l'os maxillaire qui en forme la base "présente une crête plus ou

moins élevée, plus ou moins effacée, et l'action du mors est d'autant plus vive ou annulée sur elles que la langue d'une part, que les lèvres d'autre part, les exposeront ou les soustrairont plus complètement à la pression du fer. On a répété ici tous les faux raisonnements que nous avons déjà touchés en passant au sujet des perfections à chercher dans les diverses parties constituantes de la bouche, considérée dans ses rapports avec l'appareil de gouverne des animaux, et l'on a inventé toute sorte de qualifications pour désigner les différents états où l'inhabileté et la maladresse mettent la bouche du cheval qu'on n'a su ni emboucher, ni mener : on a fait alors la bouche fausse ou égarée; la bouche assurée, celle dite à pleine main; la bouche sensible, fine, tendre, légère, loyale, fraîche, forte ou dure, et finalement la gueule, une gueule de fer ou enfer. Ces épithètes répondent toutes ou à des perfections ou à des imperfections de la main de l'homme. Celui-ci, quand il entend le cheval et quand il sait son métier de cavalier, de cocher ou de charretier, tire bon parti de toutes les bouches ; il leur adapte un mors qui ne les gêne pas et ne leur fait sentir son appui qu'en raison même des besoins.

Concluons : il n'y ' a de mauvaises bouches que celles - qu'on n'a pas l'intelligence de faire bonnes. Nous n'en voulons d'autre preuve que celle-ci : tel cheval rétif, ou à peu près, entre des mains inexpérimentées ou brutales qui le font souffrir, se montre souple, maniable et facile sous une main douce et capable; et remarquez le mot que nous écrivons à dessein, car pour nous toute question de docilité, chez l'animal qu'on gouverne au moyen du mors, est très-précisément dans la main. Enfin, les accidents qui se produisent à la langue, aux commissures des lèvres, aux barres, viennent d'ignorance et de brutalité, non de la conformation défectueuse de ces parties. La muqueuse des barres se fait souvent calleuse; souvent on la blesse, et on y observe quelquefois des plaies; l'os s'aplatit et se refoule sur lui-même ; parfois il présente des altérations profondes, la carie, des fistules, des exfoliations.

Ce qu'on appelle barbe complète l'étude de la bouche sous le rapport de l'équitation et du harnachement. Nous devons donc en parler ici, La barbe est, en arrière du menton, le point d'ap-

pui de la gourmette. Il n y a là que la peau et les os. Dès lors la sensibilité est plus ou moins vive en raison de la conformation tranchante ou arrondie de la surface osseuse, de la finesse de la peau, du degré de largeur qu'on donne à la gourmette. En de mauvaises conditions et sous Faction d'une main trop dure, la barbe s'excorie facilement, et la blessure de cette petite région ajoute à la douleur que le mors imprime aux barres. Un cavalier soigneux , un cocher intelligent savent toujours prévenir les inconvénients de cette nature. Pourtant, si la conformation des os qui en forment la base exposait par trop la barbe à l'excoriation, il y aurait lieu de la protéger en serrant un peu la gourmette et en la garnissant d'un feutre qui en modérerait l'action.

7. L'auge et les ganaches. — On appelle auge le vide plus ou moins large, plus ou moins creux, qui existe à la face postérieure de la tête, entre les deux branches de l'os de la mâchoire inférieure ou des ganaches.

L'auge doit être parfaitement évidée, nette et profonde. Elle n'est ainsi toutefois que chez les adultes et les vieillards. Dans Jes jeunes sujets elle est toujours plus ou moins pleine ou empâtée, par suite de l'état fluxionnaire qu'entretient le travail dentaire et qui détermine les affections particulières connues sous le nom de gourmes. La plénitude de l'auge, l'engorgement des ganglions qu'elle renferme, n'ont aucune influence sur le degré d'écartement des ganaches, sur l'étendue même de la région. L'auge étroite et serrée appartient à une tête difforme ou défectueuse par ailleurs, à une tête longue, serrée elle-même, parfois busquée, offrant toujours peu de développement aux premières voies de la respiration, et, comme conséquence forcée, accusant d'une manière trop certaine l'insuffisance de capacité de la poitrine, c'est-à-dire des organes essentiels qu'elle contient. Dans les conditions opposées, les grandes proportions de l'auge témoignent en faveur d'une poitrine spacieuse, logeant de vastes poumons, comme ceux-ci annoncent des naseaux très-ouverts, très-mobiles , et tout cet ensemble propre à des facultés respiratoires très-étendues. L'auge est ainsi faite chez les chevaux qui ont la tête carrée et une grande puissance d'haleine. Conséquente dans toutes ses œuvres, la nature observe

avec soin les mêmes rapports, soit dans les conformations les plus accomplies, soit dans les structures imparfaites. Les dimensions de la poitrine ne se montrent jamais en désaccord avec celles des voies supérieures, et réciproquement. On ne verra point, par exemple, coïncider de larges narines, qui appellent une auge spacieuse, avec l'étroitesse du thorax ou des poumons peu développés. Nous insistons beaucoup sur ce point, nous insistons à dessein, parce qu'il est très-important que l'éleveur soit bien fixé sur la loi d'harmonie générale qui relie entre elles toutes les grandes fonctions de la vie.

H ne suffit pas d'examiner la région qui nous occupe, il faut encore la palper, la toucher; quand l'exploration fait découvrir ce qu'on appelle vulgairement des glandes, c'est l'état de ces dernières qui devra appeler l'attention. Dures, fixes ou adhérentes à l'os, elles peuvent faire, redouter l'existence de la morve, surtout si les naseaux laissent couler des matières purulentes, si l'animal jette, suivant l'expression consacrée. Dans tous les cas, il y a là un symptôme de maladie quelconque dont l'importance doit être déterminée avec soin.

L'auge n'est pas la seule région qui doive être ainsi explorée. L'intérieur des narines peut offrir aussi de bons renseignements : la muqueuse dont il est tapissé doit être lisse, rosée, sans altération ni cicatrices, et le liquide qui l'humecte, clair, limpide et peu abondant. La nature de celui-ci change vite en cas de maladie, et varie alors quant à son odeur, à sa couleur, à sa consistance, etc.

La conjonctive, qui est la membrane muqueuse de l'œil, peut aussi être examinée avec fruit. Elle double les paupières, qui la laissent voir lorsqu'onles renverse en les écartant doucementavec le pouce etTindex. Elle doit alors apparaître d'une belle couleur rose. Sa pâleur serait un indice de faiblesse générale, et on la retrouverait sur les muqueuses du nez et des gencives ; sa rougeur trop vive dénoterait ou une inflammation locale, ou un échauffement général : dans ce dernier cas, les autres membranes montreraient aussi une teinte trop animée ; elle se colore en jaune dans les affections qui ont pour siège le foie.

8. La position delà tète varie presque autant que sa forme et ses dimensions; celles-ci résultent, dans leur ensemble, de

la configuration et du volume propres aux diverses régions qui la constituent, "de leur disposition respective; l'autre dépend de son mode d'union avec l'encolure. Les écuyers ont toujours accordé une grande importance à ce qu'on a nommé X attache de la tête ; mais ils l'ont voulue très-diverse en raison du mode particulier d'équitation en honneur. Tout le monde connaît la position , contrainte et forcée , que Bourgelat imposait à la tête, pour la ramener à la verticale, attitude favorable à l'action du mors, sans doute, mais défavorable à l'extension et à la rapidité des allures.

Ceci nous conduit à dire que, en dehors de tout ce mie nous avons trouvé jusqu'ici dans cette petite division de l'animal , — la tête , — elle est encore le point sur lequel on agit tout d'abord quand on veut imposer une volonté aux actions dont la machine entière est capable, une direction aux forces qu'elle crée et qu'elle est appelée à dépenser à notre profit. C'est la tête qui reçoit les pièces du harnachement qu'on désigne sous le nom & appareil de gouverne, et l'animal se sent dominé dès qu'il en a été pourvu. La bride le rend obéissant et maniable, intelligent à suivre les impulsions du maître quand elles lui sont transmises avec quelque habileté ; le mors, placé dans la bouche et posé sur les barres, est un moyen de soumission trèssûr, à moins que son effet se fasse sentir avec maladresse ou bien à contre-temps.

La position verticale de la tête, disons-nous, retient les allures qui sont à la fois lentes et raccourcies. A l'époque actuelle, on recherche trop la vitesse chez le cheval pour faire de cette position une beauté, une qualité, puisqu'elle n'a par elle-même aucun avantage.

La position opposée ne peut se rencontrer que pendant les exercices les plus violents ; elle acquiert son plus haut point d'exagération dans les courses plates de l'hippodrome, où la vitesse du cheval est presque celle du vent dans la tempête.

Au repos, on considère que la tête est bien attachée quand son union avec l'encolure présente un sillon peu profond , qui permet un libre mouvement entre ces deux parties. Sa direction alors tient le milieu entre les positions extrêmes que nous venons d'indiquer. Ainsi placée, la tête est aisée pendant l'ac-

tion et au repos. Les premières voies respiratoires n'éprouvent aucune gêne, les mouvements sont libres, et le mors se maintient convenablement sur les barres pour produire en tout temps son effet utile.

Nous nous arrêtons intentionnellement sur ce point parce que le dressage des jeunes chevaux ardents et pleins de feu , considéré comme chose à peu près impossible chez le cultivateur, n'offrirait aucune difficulté insurmontable si les premiers éléments, faciles à appliquer, étaient de connaissance un peu plus vulgaire. Le cheval qui se sent dominé est vite assagi; celui que Ton contraint dans ses attitudes, qu'on gêne par trop dans le degré de liberté nécessaire à la locomotion , se défend, se révolte, devient difficile à manier, et souvent contracte des vices de caractère qui le déprécient beaucoup. La tête joue dans les actions musculaires , par les attitudes variées qu'elle prend , un rôle considérable. Portée en avant ou en arrière, de gauche à droite, ou de bas en haut, elle déplace d'une manière très-notable le centre de gravité : nous reviendrons bientôt sur ce fait en nous occupant de l'encolure, dont elle suit nécessairement tous les mouvements.

La tête est plaquée lorsque le sillon dont nous avons parlé manque, lorsqu'elle semble se continuer sans interruption avec l'encolure. C'est un défaut commun chez les chevaux qui ont cette dernière région épaisse et courte; il fait le cheval peu souple, peu soumis à l'action du mors. Enfin la tête est décousue lorsque le sillon est trop profond, imperfection presque inséparable d'une encolure longue et grêle , concordant d'ordinaire avec une conformation générale peu énergique et dégingandée.

9. Des dents et de la connaissance de l'âge. — Pris dans son acception la plus vulgaire, ce dernier mot exprime le temps écoulé depuis la naissance.

Les animaux et même tous les êtres organisés éprouvent , durant l'évolution naturelle des individus, des changements partiels et des changements de totalité qui s'accomplissent régulièrement à certaines époques de leur existence et qui sont les signes de leur âge.

A l'égard des animaux domestiques, la connaissance de l'âge étant étroitement liée, dans la plupart des cas, à l'appréciation

de la valeur de ces animaux, on a été excité de bonne heure à rechercher les signes les plus propres à donner cette connaissance.

De tous les organes facilement accessibles à la vue, les dents sont ceux qui, par leur apparition et par les changements qu'ils éprouvent, ont été reconnus comme fournissant à la connaissance de l'âge les signes les plus certains. L'appréciation de * ces signes reposant presque totalement sur des notions assez étendues de l'organisation des parties qui les fournissent, on comprendra sans peine pourquoi l'étude anatomique des dents doit précéder l'énoncé de ces signes.

10. Des dents et de la connaissance de l'âge du cheval. — Les dents sont des organes très-durs, d'apparence osseuse, qui arment le bord des mâchoires que le rapprochement met en rapport dans la bouche, et sont destinés à opérer la mastication des aliments. Formées d'abord dans l'épaisseur des os de la mâchoire, elles en sortent par une de leurs extrémités, qui reste saillante dans la bouche et se nomme la couronne, pendant qu'elles restent fixées à la gencive et à l'os par leur racine, dans une cavité appelée alvéole. Elles sont rangées les unes à la suite des autres sur le bord de chaque mâchoire, dont elles suivent le contour, et forment de la sorte la figure d'une arcade, dite arcade dentaire, qui a son sommet vers l'ouverture de la bouche et présente de chaque côté, vis-à-vis les commissures des lèvres, une interruption, X espace interdentaire.

Dans la fonction qui leur est assignée, les dents, ayant des destinations un peu différentes, sont partagées en trois groupes de forme et d'actions différentes : les incisives, placées à l'entréedela bouche, ont pour office de couper, inciser les aliments; les crochets, laniaires canines, de les déchirer et lacérer; les molaires , mâchelières , de les triturer, moudre, mâcher.

Sous le rapport de l'époque de leur apparition et de leur durée, les dents sont distinguées en dents de lait, caduques ou temporaires, dents de première dentition, et dents de remplacement, remplaçantes, permanentes, dents d'adulte ou de seconde dentition.

L'ensemble du système dentaire constitue la denture.

Chez la plupart des mammifères les dents ont leur couronne séparée de la racine par une dépression circulaire nommée collet; mais chez les solipèdes (cheval , âne , hémione , mulet, etc.) les dents de remplacement n'ont pas de collet, par cette importante raison qu'elles sortent continuellement hors de la mâchoire pour remplacer ce que l'usure incessante enlève à leur couronne.

Le nombre normal des dents chez les solipèdes mâles est de quarante, chez les femelles de trente -six. Les premiers ont douze incisives, quatre crochets et vingt-quatre molaires; les femelles manquent généralement de crochets. Quand ces nombres sont supérieurs, Fanomalie est due à la présence de surdents, molaires supplémentaires, dans l'un et l'autre sexe, ou de crochets chez les femelles.

t. Parties constituantes des dents. — Chaque dent est composée, au moins vers l'époque de son éruption, de la partie dure, c'est-à-dire de la dent proprement dite, et de la pulpe. Cette dernière partie, molle et vasculo-nerveuse , paraît fournir une enveloppe mince à la racine de la dent; certainement elle remplit la cavité dont la racine est creusée ; à mesure que la dent vieillit, la pulpe est remplacée dans la cavité radicale par de l'ivoire : cette cavité finit par s'effacer totalement, et la dent n'est plus en rapport avec les appareils sensitifs et nutritifs que par un mince filet nerveux et par des capillaires sanguins.

La dent proprement dite est, du moins dans les herbivores domestiques, composée de trois substances dures.

a. Le cément, matière dure, cohérente, d'aspect grenu, jaunâtre dans le cheval, brune dans les ruminants, toujours extérieure, formant une couche épaisse dans les parties enveloppées par les gencives, manquant sur les parties saillantes qui frottent trop fortement. Le cément n'est pas un dépôt calcaire des sucs qui passent dans la bouche; il est une sécrétion de l'enveloppe dentaire et présente les caractères du tissu osseux.

b. Yïèmail, d'aspect vitreux, presque aussi dur que le silex, donnant des étincelles par le choc du briquet, forme une couche mince à l'extérieur des dents, ou des zones saillantes et plus ou moins ondulées sur les tables frottantes de ces

dents, quand l'usure a détruit une partie de leur couronne.

c. V ivoire est une substance de couleur blanche ou jaunâtre, dure comme la partie la plus compacte des os, homogène et dense ; il est extérieurement recouvert par l'émail ou circonscrit par cette couche protectrice sur la table dentaire où il a été mis à découvert.

2. Crochets, canines, dents laniaires, — Au nombre de quatre, deux à chaque mâchoire, les crochets sont situés dans l'espace interdentaire, en arrière et à quelque distance des extrémités de l'arc formé par les incisives.

Extraites de leurs alvéoles quelque temps après leur sortie, ces dents ont la forme d'un conoïde courbe dont la base présente la large ouverture dont la partie radicale est creusée et loge la pulpe. Dans la suite des années cette cavité se remplit d'ivoire, et la racine s'allonge notablement.

La partie saillante ou couronne des crochets est aplatie de dedans en dehors : la face externe est convexe en tous sens, l'interne est surmontée d'un relief conique, séparé des deux bords tranchants par une excavation profonde. La partie radicale en est cylindrique.

Les crochets inférieurs sont ordinairement plus longs et plus forts que les supérieurs.

La structure des crochets est la plus simple que l'on puisse rencontrer. Le cément forme à l'extérieur une couche mince qui manque sur la partie aplatie de la couronne.

L'émail recouvre d'une couche épaisse la partie qui constitue la couronne et se prolonge peu sur la racine ; l'ivoire forme le corps principal de la dent, la partie intérieure de la couronne, et la presque totalité de la racine. Dans les espèces dont les crochets atteignent la proportion de défenses, ces dents sont, à une certaine époque, entièrement formées d'ivoire.

3. Dents incisives. — Au nombre de six à chaque mâchoire, les incisives sont rangées les unes à la suite des autres de manière à former un arc de cercle qui constitue la voûte de l'arcade dentaire.

De toutes les dents, ce sont celles qui offrent les signes les plus importants pour la connaissance de l'âge. On les distingue par paires en pinces, celles qui se touchent

suivant le plan médian et occupent le milieu de l'arc incisif; mitoyennes, une de chaque côté des pinces ; coins, celles placées aux extrémités de l'arc incisif.

Les incisives sont presque semblables de forme et de structure entre elles, et aux deux mâchoires.

Les incisives de remplacement, étant celles dont il importe le plus d'apprécier les modifications, sont aussi celles qui doivent être le mieux étudiées.

Toute incisive de remplacement qui fait sa sortie (éruption) hors de la mâchoire, et n'a pas encore usé sa couronne en frottant contre les aliments ou contre les dents de la mâchoire opposée, est vierge d'usure ; extraite de son alvéole, elle se présente sous forme d'un conoïde courbe à convexité antérieure ou externe dont la base est représentée par le sommet de la couronne et le sommet par l'extrémité de la racine. Ce solide irrégulier est déprimé, dans le sens longitudinal, par trois faces dont l'antérieure est courbe sur plat et légèrement cannelée, l'interne courbe sur champ, assez étroite, un peu déprimée sur la racine ; la troisième face, postérieure et interne sur la couronne, devient, en gauchissant, externe sur la racine. Les trois angles qui séparent ces faces sont plus ou moins mousses et arrondis suivant le point de la longueur que l'on considère ; l'angle externe est toujours le plus aigu . Par suite de la disposition relative des trois faces dont il vient d'être question, l'extrémité coronnaire de la dent est aplatie d'arrière en avant, et l'extrémité radicale est aplatie d'un côté à l'autre , de telle sorte que, si l'on coupait transversalement cette dent en plusieurs endroits, on obtiendrait successivement, dans la couronne, des sections à contour elliptique, ovales, puis arrondies, et, dans la racine, des sections sensiblement triangulaires, puis allongées d'avant en arrière (ûg. 8 et 9, p. 32 de Y Atlas). Or l'opération que l'on ferait avec la scie ou la meule est accomplie pendant la durée dé la dent par l'usure naturelle qu'elle éprouve, et qui amène successivement toutes les sections indiquées et leurs nuances intermédiaires, puisque la dent de remplacement, après avoir complété son éruption, est annuellement chassée au dehors d'une longueur de 0",003 à 0»,004, quantité presque toujours égale à celle que

l'usure enlève. Il suit de ce phénomène que la couronne conserve sensiblement la même longueur, malgré l'usure : cette longueur est normalement d'environ 0œ,016. La longueur totale d'une incisive vierge étant de 0m,060, si on divise ce nombre par 0m,003, usure d'une année, on voit que cette dent peut servir pendant près de vingt ans. Mais, comme ces dents n'ont toutes accompli leur éruption qu'à cinq ans, il s'ensuit que leur longueur est calculée pour servir jusqu'à l'âge de vingt-cinq ans. Les variétés individuelles et de race expliqueront comment, dans certains sujets, ces organes peuvent être usés avant vingt ans ou peuvent satisfaire à une durée d'existence de quarante ans.

L'extrémité radicale de l'incisive vierge présente l'ouverture d'une cavité qui s'étend au delà de la moitié de la dent ; cette cavité, occupée d'abord par la pulpe dentaire, se remplit peu à peu, avec l'âge, par de l'ivoire de couleur jaune ou brune, qui prolongera la racine de manière qu'elle se termine en pointe.

Cette même dent a la couronne terminée par deux bords légèrement lobés, séparés l'un de l'autre par une excavation profonde d'environ 0m,0i0, et à laquelle on donne le nom de cul-de-sac ou cornet dentaire.

Le cornet dentaire doit être considéré comme une seconde partie de l'incisive dans laquelle il est renversé et èngaîné jusqu'à une profondeur d'environ 0m,020. On se forme une idée exacte de cette partie en se représentant l'incisive sous la forme théorique d'une dent canine (crochet) dont la couronne, au lieu d'être saillante, serait renversée, invaginée dans le corps même de la dent, de même que l'extrémité d'un doigt de gant peut être refoulée à l'intérieur du corps principal de ce petit fourreau. La disposition du cornet dentaire n'est pas constamment telle qu'elle vient d'être indiquée ; quelquefois, dans les coins du cheval, plus souvent dans les mitoyennes et les coins de l'âne, le cornet est incomplet et formé par une plicature longitudinale, rentrante, de la paroi postérieure de la dent, en sorte que ce cornet est ouvert postérieurement sur toute sa longueur ou sur une partie seulement.

Les incisives sont composées de trois substances dures déjà indiquées.

Le cément forme, dans la partie de ces dents avoisinant la gencive, une couche plus ou moins épaisse et en comble les cannelures ; il manque autour de .l'extrémité de la couronne, où l email est à nu, et reparaît dans le cornet dentaire, dont il comble l'extrémité profonde.

L'émail constitue à la dent une enveloppe dure qui recouvre la plus grande partie de la racine, toute la couronne, et des bords de celle-ci se réfléchit en dedans, où il forme la matière principale du cornet dentaire.

L'ivoire remplit l'espace circonscrit par l'émail externe et l'émail du cornet.

Quand l'usure atteint les dents incisives, elle attaque d'abord le bord antérieur de la couronne, puis le bord postérieur moins saillant. Continuant son action destructive, l'usure opère des sections successives, que l'on nomme table dentaire; partie frottante des dents, l'aspect et les contours de la table varient nécessairement suivant le degré d'avancement de l'usure. Quand l'usure vient de détruire les bords de la couronne, la table dentaire est de forme elliptique, allongée d'un côté à l'autre ; elle présente à son centre la section du cul-de-sac, excavation vide et noire, bordée d'une zone saillante d'émail qui résulte de la section de l'émail du cornet dentaire et prend le nom d'émail interne; cette même table est circonscrite par une zone, également saillante, formée par la section de X émail externe ou d'encadrement; entre ces deux zones, l'ivoire, étant ainsi entouré, apparaît sous forme d'une petite tranchée à fond jaunâtre. Environ deux ans plus tard, l'usure ayant amené la destruction des parties qui constituaient les parois du cul-desac, cette cavité n'existe plus, et la dent est dite rasée : le ra~ sèment résulte de l'effacement du cul-de-sac. Alors la table dentaire est de forme ovale; l'émail central, notablement rétréci en tous sens, ne circonscrit plus que du cément; la zone d'ivoire entre l'émail central et l'émail externe s'est élargie, surtout en avant du cornet, où il est taché d'une bande jaune ou brune à laquelle Girard a donné le nom d'étoile dentaire. '

Dans les trois ou quatre années suivantes la table dentaire prend une forme plus arrondie : l'émail central s'arrondit, puis

disparaît; le cornet dentaire est usé, l'étoile dentaire s'est élargie et raccourcie, et elle occupe le centre de la table.

Pendant les trois années qui vont suivre, la table dentaire a une forme triangulaire ; elle est seulement bordée par Témail d'encadrement, et son centre est occupé par l'étoile dentaire, de forme arrondie.

Pendant les années suivantes, le triangle que forme la table dentaire s'allonge de dehors en dedans , se rétrécit d'avant en arrière ; ce qui amène dans la section des dents la forme nommée biangulaire. Quand les dents sont arrivées à ce degré d'usure, l'animal touche à la fin de sa carrière.

Les changements qui viennent d'être indiqués ne s'accomplissent pas simultanément dans toutes les incisives, parce que les dents de noms différents sortent à une année d'intervalle. En outre, dans les incisives supérieures, le cul-de-sac et le cornet ayant une longueur double de ceux des inférieures, le rasement et l'effacement successifs de ces parties s'opèrent environ trois ans plus tard.

Les incisives de lait, bien que formées sur le même type que les dents d'adulte, sont plus petites, d'un blanc mat, sont colletées, ont leur cornet peu profond et leur racine courte, comprimée en esquille par la bulbe des remplaçantes qui se développe en arrière d'elles.

4. Molaires, dents màchelières. — Le nombre normal de ces dents est de 12 \ chaque mâchoire : on rencontre parfois de très-petites molaires, surdents ou dents de loup.

Six molaires sont rangées en ligne sur les côtés de chaque mâchoire, où elles forment les deux pieds-droits de l'arcade dentaire; la ligne desmolajres est séparée des crochets par l'espace interdentaire.

Les trois premières molaires sont dites avant-molaires, prémolaires; les trois autres, arrière-molaires. Les prémolaires peuvent être, suivant l'âge, des dents de lait ou des remplaçantes ; car ce sont les seules molaires à deux dentitions.

Les deux rangées de molaires supérieures sont plus écartées Tune de l'autre que les rangs inférieurs d'environ une fois et demie leur épaisseur, ce qui fait que les quatre rangées de molaires ne peuvent jamais frotter à la fois.

La partie frottante du rang des molaires supérieures est légèrement convexe en arrière et inclinée en dedans ; celle des molaires inférieures est légèrement concave et inclinée en dehors.

Les couronnes des molaires d'un même rang sont en contact et pressées les unes contre les autres, tandis que leurs racines sont divergentes en avant et en arrière dans l'épaisseur de l'os qui les porte. Il résulte de cette disposition que le solide prismatique qui représente la dent entière est incurvé ; mais sa courbure a lieu non-seulement en avant ou en arrière , mais aussi en dedans, afin que la dent soit accommodée à la convexité extérieure des os de la face. Cette disposition a pour effet de reporter sur une plus grande base de support la pression très-forte que ces dents exercent pendant la mastication.

Les molaires d'adulte dont l'éruption est complète, mais qui sont à peine usées, ont une longueur comprise entre 0m,070 et 0m,100 millimètres. Quand le sommet de leur couronne est encore intact, il présente au moins cinq éminences coniques que l'usure effacera bientôt ; l'extrémité radicale, enchâssée, se termine ordinairement par trois racines.

Le fût de ces dents, qui est courbe, comme il a été dit plus haut, a la forme d'un prisme triangulaire dans les dents qui terminent la ligne molaire , et d'un prisme quadrangulaire dans les dents intermédiaires. Les faces externe et interne en sont profondément cannelées ; toutefois ces cannelures, plus ou moins comblées par le cément dans la couronne, sont plus apparentes aux molaires supérieures qu'aux inférieures.

Les molaires supérieures des solipèdes sont absolument formées sur le môme type que les incisives; la différence qui existe entre elles consiste surtout dans la répétition, pour les molaires, des moyens employés pour compliquer la structure des incisives. En effet, les molaires supérieures, étudiées au moment de leur éruption, présentent deux parties: l'une, extérieure, de même longueur que la dent à laquelle elle donne la forme extérieure, creuse, plissée longitudinalement pour fournir les cannelures, est composée, au moins dans la partie qui doit d'abord former la couronne, de trois couches dures, cément, émail et ivoire» La seconde partie se compose de trois

cornets, dont la base est à la couronne et le sommet à l'extrémité radicale, au niveau du plan de séparation des racines. De ces trois cornets, les deux externes sont complets et portent un véritable cul-de-sac, cavité creuse, noire, ouverte sur la table de la couronne, et persistant plusieurs années après l'éruption; ils représentent exactement, sauf les plicatures de leur émail, le cornet dentaire des incisives, et ont, comme ce dernier, le renversement et l'invagination de l'extrémité dentaire théorique , dans la partie externe ; le cément comble l'espace intérieur du cornet qui ne doit pas rester vide ; ensuite vient la couche d'émail, puis celle d'ivoire. Le troisième cornet, c'està-dire celui du côté interne , résulte d'une profonde piicature longitudinale de la partie externe de la molaire : il n'offre pas de cavité extérieure, mais il forme à l'intérieur une saillie semblable aux deux autres cornets, et il est dans les molaires la représentation en grand du moyen employé à la formation des coins dans quelques sujets, moyen plus fréquemment employé dans les incisives de l'âne, du mulet et du porc, qui, en place de la cavité, présentent une rainure longitudinale et postérieure.

Les molaires de lait ne présentent aucun intérêt.

5. Signes indiquant l'âge du cheval. — Première dentition. Ou fait généralement naître les chevaux au printemps, en sorte que c'est à partir de cette saison que Ton doit compter leurs années.

La première dentition se divise en deux phases : l'éruption des dents de lait, l'intervalle compris entre l'éruption des coins et le remplacement des pinces.

a. La première phase s'accomplit de la naissance à l'âge de dix mois.

Les pinces de lait sortent du sixième au dixième jour;

Les mitoyennes, du trentième au quarantième jour ;

Les coins, du quatrième au dixième mois.

Variations. Les coins poussent en général plus vite chez les poulains de sang, nourris au grain, que chez ceux de races communes, élevés à l'herbe.

b. ta seconde phase dure de dix à trente mois. L'usure détruit successivement le bord antérieur, le bord postérieur, puis

efface la cavité du cornet dentaire qui est très-peu profonde dans les dents de lait; l'effacement de cette cavité constitue le rarement des dents de lait.

Dans les pinces le rasement s'effectue du sixième au dixième mois ;

Dans les mitoyennes, du dixième au douzième mois ;

Dans les coins, du quinzième au vingtième mois. (Fig. 10, p. 32 de Y Atlas.)

De vingt à trente mois les dents de lait se raccourcissent et se rapetissent de plus en plus ; leur collet devient aussi plus apparent, poussées qu'elles sont au dehors par les remplaçantes, qui à cette époque vont faire leur éruption.

Deuxième dentition. La deuxième dentition comprend aussi deux phases : l'éruption des remplaçantes, et les changements que ces dents subissent successivement jusqu'au terme de la vie.

a. La première phase, pendant laquelle les remplaçantes font leur apparition, s'accomplit du trentième mois à l'âge de cinq ans.

De deux ans et demi à trois ans, éruption des pinces de remplacement, dont le bord antérieur, plus élevé que le postérieur, commence à s'user dès qu'il dépasse la hauteur des dents de lait restantes, circonstance qui se présentera aussi pour les dents suivantes. (Fig. 11 et 12, p. 32 de Y Atlas.)

De trois ans et demi à quatre ans, éruption des mitoyennes : le bord antérieur des pinces est au moins de niveau avec le postérieur. (Fig. 13, p. 32 de Y Atlas.)

De quatre ans et demi à cinq ans, éruption des coins. La table dentaire est établie dans les pinces, c'est-à-dire que l'usure a amené la séparation de l'émail externe et de l'émail interne en deux zones distinctes. Le bord antérieur des mitoyennes est au moins de niveau avec le bord postérieur. (Fig. 14, p. 32 de Y Atlas.)

Variations. L'époque de l'éruption et les changements qui surviennent pendant cette phase sont ordinairement très-réguliers : les variations naturelles sont donc rares ; mais il n'en est pas de même des variations artificielles qui sont l'œuvre de a fraude, et ont pour but de donner au cheval l'air d'être plus

âgé qu'il n'est en réalité. La tromperie est basée sur ce fait qu'en arrachant les dents de lait on hâte la sortie des remplaçantes. Si donc, aussitôt que les pinces commencent leur éruption, on arrache les mitoyennes de lait, les remplaçantes sortent environ six mois plus tôt que cela n'aurait eu lieu naturellement ; si les coins sont de même arrachés quand les mitoyennes remplaçantes font saillie hors de la mâchoire, les coins de remplacement sortent aussi six mois plus tôt, en sorte que le cheval qui a été l'objet de ces manœuvres parait avoir cinq ans lorsqu'en réalité il n'en a que quatre. La fraude se reconnaît :

1° A ce que les incisives, mal rangées, ne forment pas un arc de cercle régulier et continu par le contact de leurs angles voisins; qu'étant sorties de travers, et n'ayant pas eu le temps de se ranger, elles se chevauchent;

2° A ce que l'usure relative qu'elles éprouvent dans l'éruption normale n'existe pas dans l'éruption hâtée.

Dans le cas de fraude, le poulain marquant quatre ans, par exemple, a le bord antérieur de ses pinces fort peu usé ; celui qui marque cinq ans n'a point encore sur ses pinces la table dentaire formée comme elle devrait l'être, ni le bord antérieur des mitoyennes de niveau avec le bord postérieur.

b. La deuxième phase des remplaçantes commence à cinq ans et finit avec la vie. L'âge n'est plus indiqué que par les changements de forme de la table dentaire, l'effacement de la cavité du cul-de-sac du cornet, la disparition de l'émail central, et quelques autres changements accessoires qui seront indiqués en leur lieu et place.

On subdivise cette phase en plusieurs périodes.

1° Age de cinq à huit ans.

L'âge de six ans est indiqué par l'effacement dans les pinces du cul-de-sac du cornet dentaire, état que l'on a l'habitude de désigner sous le nom de rasement. La table des mitoyennes est parfaitement établie ; les coins sont de niveau avec les autres dents, et de plus ont leur bord antérieur au moins de niveau avec le bord postérieur. La table de toutes les incisives est de forme elliptique. (Fig. 15, p. 34 de Y Atlas.)

A sept ans, pinces et mitoyennes sont rasées ; l'effacement du

cul-de-sac est très-avancé dans les coins. Les coins de la mâchoire supérieure ont leur angle postérieur plus élevé que la table dentaire et sont comme échancrés, disposition qui ne commence jamais avant sept ans et persiste souvent fort longtemps : elle est due à ce que Tare formé par les incisives supérieures est plus grand que l'inférieur. (Fig. 16, p. 34 de Y Atlas.)

A huit ans toutes les incisives de la mâchoire inférieure sont rasées. La place occupée antérieurement par la cavité du cornet y est remplie par le cément. La table dentaire est devenue sensiblement ovale, surtout dans les pinces et les mitoyennes; Y étoile dentaire se dessine au milieu de l'ivoire et en avant du cornet, sous forme d'une bande jaunâtre. L'échancrure des coins supérieurs est très-prononcée. (Fig. 17, p. 34 de Y Atlas.)

Variations. Assez souvent le cornet dentaire a plus de longueur et sa cavité plus de profondeur que nous ne l'avons indiqué. Dans ce cas, le rasement ne s'effectue pas à six , sept et huit ans, mais un, deux ou trois ans plus tard. Les chevaux qui offrent cette particularité sont dits bégiis : ce sont ordinairement des sujets de races tardives, à constitution sèche, chez lesquels les dents s'usent souvent un peu moins vite que communément. En présence de pareils cas on ne peut échapper à l'erreur qu'en examinant avec attention la forme de la table dentaire et la longueur de la couronne. Si le cheval a plus de huit ans , la table dentaire est arrondie ou au moins ovale dans toutes les incisives inférieures , et le cornet dentaire, ainsi que sa cavité, sont également arrondis. Si les dents ont plus de 0m,016, ce qui est plus rare dans cette période, il est certain que le rasement est retardé.

2° De neuf à douze ans les incisives inférieures passent par la forme arrondie; le reste du cornet s'arrondit, se rapproche du bord postérieur de la table dentaire, et disparaît ; l'étoile dentaire s'arrondit et vient occuper le centre de la table ; les incisives supérieures effectuent leur rasement dans le môme ordre que les inférieures.

Neuf ans. Les pinces inférieures ont la forme que l'on est convenu d'appeler arrondie ; l'émail central , également arrondi , rétréci , saillant, est rapproché du bord postérieur de la table ; l'étoile dentaire est raccourcie et rapprochée du cen-

tre. Les pinces supérieures sont ordinairement rasées. (Fig. 18, p. 34 de Y Atlas!)

Dix ans. Pinces et mitoyennes arrondies; émail central près de disparaître dans les pinces , arrondi , saillant , rapproché du bord postérieur dans les mitoyennes. Pinces supérieures rasées, mitoyennes rasées, ou près de l'être. (Fig. 49, p. 34 de Y Atlas.)

Onze ans. Coins presque arrondis; rémail central a disparu dans les pinces ; il est près d'être effacé dans les mitoyennes. L'étoile dentaire occupe le centre des pinces et des mitoyennes. Mitoyennes supérieures rasées.

Douze ans. Toutes les incisives supérieures sont arrondies ; dans toutes aussi l'émail central est effacé. Toutes les incisives supérieures sont rasées. (Fig. 20, p. 34 deY Atlas.)

Variations. Souvent l'émail central persiste dans toutes les incisives inférieures au delà de douze ans, ce qui a fait nommer faux bégus les chevaux qui présentent cette anomalie. Ce qui ne paraît pas varier pendant cette période, c'est la forme arrondie par laquelle passent successivement les dents dont l'usure a été régulière; c'est donc surtout à cette forme qu'il convient de s'en rapporter dans l'appréciation de l'âge de neuf à douze ans, à l'égard duquel il est facile de commettre une erreur d'un an. Le rasement des incisives supérieures varie aussi notablement ; cependant il paraît fort rare que ces dents ne soient pas toutes rasées à treize ans.

3° De treize à seize ans toutes les incisives inférieures prennent successivement la forme triangulaire, lors même que l'émail central n'aurait pas disparu. Dans les incisives supérieures l'émail central est effacé, d'abord dans les coins, puis dans les mitoyennes et les pinces.

Treize ans. Un angle sensible se dessine sur le bord postérieur de la table dentaire des pinces, dont l'étoile dentaire occupe le centre ; les mitoyennes et les coins sont arrondis. Toutes les incisives supérieures sont rasées.

Quatorze ans. Les pinces inférieures sont triangulaires, l'angle postérieur se forme dans les mitoyennes; si l'émail central avait persisté au delà de douze ans dans les unes et les autres, il a presque sûrement disparu dans les pinces et les

mitoyennes. L'émail central des coins supérieurs a disparu. (Fig. 21, p. 36 de Y Atlas.)

Quinze ans. Les pinces et les mitoyennes sont triangulaires; les coins commencent à prendre la même forme ; leur émail central a disparu s'il avait persisté. L'émail central des mitoyennes supérieures est effacé. (Fig. 22, p. 36 de Y Atlas.)

Seize ans. Toutes les incisives inférieures sont triangulaires. L'émail central a disparu dans toutes les incisives supérieures. (Fig. 23, p. 36 de Y Atlas.)

Variations. Ainsi qu'il vient d'être dit , quand les chevaux sont faux bégus, l'émail central disparaît de treize à quinze ans. La forme triangulaire des dents est toujours caractéristique de la période de treize à seize ans.

Passé l'âge de dix-sept ans, la table des dents, qui était de forme triangulaire, s'allonge très-notablement d'avant en arrière en même temps qu'elle se rétrécit d'un côté à l'autre, et que, continuant à se presser les unes contre les autres, Tare de cercle qu'elles décrivent encore se trouve réduit aux deux tiers de ce qu'il était à six ans , et de plus considérablement redressé. La table dentaire prend alors la forme qu'on a appelée biangulaire.

De dix-sept à dix-huit ans les pinces prennent la forme biangulaire.

De dix-huit à vingt ans les mitoyennes ont acquis la même forme.

Après vingt ou vingt et un ans, toutes les dents inférieures sont ordinairement biangulaires. (Fig. 24, p. 36 de Y Atlas.)

Indépendamment des signes précédemment indiqués, d'autres changements s'opèrent dans l'ensemble des dents qui indiquent l'âge plus ou moins avancé de l'animal.

a. L'angle sous lequel se rencontrent les dents incisives des deux mâchoires est d'autant plus fermé que l'animal est plus vieux; à cinq ans, les dents des deux mâchoires sont si bien opposées que , lorsque les deux mâchoires sont appliquées l'une sur l'autre, la convexité formée au dehors par les dents décrit un arc de cercle parfaitement continu d'une mâchoire à l'autre ; peu à peu cet arc de cercle se brise au-devant du plan de contact de ces dents. A partir de douze ans, lorsque

l'usure a détruit la partie la plus courbe des dents , et que c'est la partie la plus droite qui vient former la couronne, les dents se rencontrent sous un angle de plus en plus prononcé, et leur section est d'autant plus oblique à leur axe que l'âge est plus avancé, circonstance qui exagère la forme triangulaire et biangulaire de la table dentaire.

b. La sortie continue des incisives, et surtout des molaires, pour remplacer les parties détruites par l'usure, détermine dans les os des mâchoires un vide qui est comblé en partie par l'affaissement de la table externe de ces os, ce qui amène progressivement l'apparente maigreur de la face et la dépression des joues.

6. Variations résultant de V usure trop lente ou trop rapide des dents. — Nous avons dit plus haut que, dans l'état normal, la longueur de la couronne des incisives est à très-peu près de 0m,0l 6. Quand cette partie dépasse notablement cette longueur, on est fondé à juger que l'usure est retardée; quand elle est plus courte, que la dent s'use trop vite.

Le premier cas se rencontre le plus communément après l'âge de huit ans et sur des sujets à constitution sèche et de race distinguée et tardive ; l'indication fournie par la forme et par l'état de la table dentaire est alors d'autant plus fausse que les dents dépassent de plus en longueur la longueur normale 0m,016. Une correction est alors nécessaire : elle consiste à ajouter à l'âge indiqué par l'état de la table dentaire autant d'années que la dent a de fois 0ra,003 en plus de la longueur ordinaire. Exemple : un cheval marque treize ans par la table dentaire, mais les dents ont 0m,022 au lieu de 0m,016 qu elles devraient avoir; ces dents sont trop longues; 0m,006 représentant environ l'usure de deux ans qui n'est pas effectuée, l'animal paraît trop jeune de deux ans ; donc, en ajoutant deux ans à l'âge qu'il paraît marquer, on doit être très-près de son âge réel.

Quand les dents ont moins de 0B,,016 de longueur, l'usure est trop rapide et l'animal paraît plus vieux qu'il n'est. Dans ce cas, la correction à faire consiste à retrancher de l'âge indiqué par la table dentaire autant d'années que la dent a de fois (r^OOS de moins qu'elle ne devrait avoir. Exemple : un

cheval dont les dents n'ont que 0",003 de longueur marque seize ans par l'aspect de la table ; si les dents avaient usé de la quantité ordinaire , elles n'auraient marqué que quatorze ans : c'est donc deux ans à retrancher de l'âge indiqué.

7. Moyens frauduleux employés pour tromper sur l'âge des chevaux. — Les chevaux ayant leur plus grande valeur vers l'âge de six ans, des marchands de bas étage emploient quelquefois divers moyens pour donner aux sujets qu'ils mettent en vente l'apparence qui les rapproche le plus de cet âge. Nous avons dit plus haut à quels indices on reconnaît que les jeunes chevaux ont été vieillis.

Les chevaux bégus sont naturellement présentés comme n'ayant pas plus de huit ans.

La fraude la plus ordinaire pour rajeunir les chevaux consiste à pratiquer, sur la table de leurs incisives, des cavités artificielles ayant l'apparence de celles qui existent de six à huit ans.

Quand ces cavités sont creusées sur des dents de dix à treize ans, elles sont placées de manière à intéresser le bord antérieur de l'émail central, qu'on a fait sauter pour compléter la cavité : le bord postérieur de cet émail circonscrit alors le bord de la cavité artificielle.

Lorsque les dents n'ont plus d'émail central, ou lorsque celui-ci est trop petit, la cavité est pratiquée vers le milieu de la table de la dent.

Dans le premier cas , la fraude s'étant adressée à des dents de dix à treize ans se reconnaît à la forme arrondie de ces dents et à l'état de l'émail central, qui ne forme qu'une sorte de cheville rapprochée du bord postérieur, ou qui ne circonscrit que le bord postérieur du cul-de-sac artificiel à la formation duquel il a été intéressé et approprié.

Dans le second cas, la contre-marque étant pratiquée sur des dents de treize à seize ans, ces dents conservent la forme trian- . gulaire caractéristique de cette période, et la cavité artificielle n'est aucunement bordée par l'émail central qui circonscrit exactement le cul-de-sac dans l'âge de six à huit ans ou dans les chevaux bégus.

Si les dents trop longues ont été raccourcies, puis contre-

marquées , aux indices précédents s'ajoute cette circonstance que les incisives ne peuvent plus se toucher lorsque les deux mâchoires sont rapprochées ; car on n'a pu raccourcir les molaires de même que les incisives.

11. Age de Vâne et du mulet. — L'âge de l'âne et du mulet se reconnaît aux mômes signes que chez le cheval. Cependant l'usure des dents de ces deux sortes d'animaux est un peu moins rapide que dans le cheval : d'où il suit qu'ils sont plus souvent bégus et que , dans les dernières phases , les signes correspondent à une ou deux années de plus.

12. Manière d examiner les dents et la bouche. — S'étant approché de l'animal avec douceur et précaution, d'une main on lui saisit le bout du nez, en évitant de boucher les naseaux et de manière que le pouce et l'index se trouvent du côté de ces ouvertures. Ensuite on introduit dans la bouche, au-dessus des barres (espace interdentaire inférieur), l'index et le doigt majeur de l'autre main : on écarte ces doigts ; le majeur tient la langue fixée au fond du canal, l'index porte contre le palais et force l'animal à écarter les mâchoires; en même temps le pouce, resté hors de la bouche, abaisse la lèvre inférieure. Par cette manœuvre les dents incisives de chaque mâchoire sont découvertes et rendues très-visibles. Si l'on voulait examiner les molaires et la bouche, il faudrait, tout en tenant le bout du nez avec une main, saisir la langue avec l'autre, élever la bouche à portée des yeux, et porter la langue d'un côté, puis de l'autre, afin de forcer l'animal à ouvrir largement la bouche. On peut aussi se servir du pas dâne (spéculum oris).

B. L'Encolure.

L'encolure joint la tête au tronc. C'est la même région que le cou. Cependant elle ne prend pas cette dernière dénomination chez le cheval : par contre on ne dit encolure pour aucun autre animal. D'où vient cela? N'est-ce pas qu'on a voulu réserver pour le premier une expression particulière dont le sens rigoureux, tout en la distinguant, donnât par cela même une idée du rôle plus considérable que joue cette région dans la structure du cheval? Nous la voyons ici remplir l'office d'une

sorte de balancier dont les déplacements en avant ou en arrière font osciller proportionnellement le centre de gravité et concourent très-activement aux différentes attitudes, à tous les mouvements d'ensemble. Et, par exemple, si le cheval veut se cabrer, il renverse l'encolure en arrière; par cette attitude il relève violemment la tête, allège le devant et déplace le centre de gravité. Une grande partie du poids du corps se trouve alors rejetée sur l'arrière. C'est précisément le contraire qui arrive dans la ruade. Pour exécuter celle-ci, la tête et l'encolure sont portées en avant et en bas, c'est-à-dire que l'arrière-main est soulagée d'une partie du poids qui lui est propre, et qu'il lui devient possible, en se soulevant, de détacher avec force les membres postérieurs dans l'espace, tandis que ceux de devant supportent seuls la masse entière. Les mêmes actions se reproduisent, quoique à un moindre degré, dans les allures à grande vitesse, comme le galop de course , qui fait étendre l'encolure en avant et en bas et donne à la tête une position en tout semblable, dite tête au vent; — et dans le galop cadencé, qui, fléchissant fortement l'encolure, ramène la tête très-près du corps. Nous pourrions multiplier les exemples; nous ne croyons pas devoir le faire. Nous en avons dit assez pour fixer le lecteur sur ce point essentiel : le. déplacement de l'encolure, qui entraîne forcément celui de la tête, précède toujours le mouvement dont l'animal prend l'initiative, comme il précède ceux qui lui sont imposés par la volonté d'un conducteur quelconque, écuyer ou cocher. C'est à provoquer ce déplacement que l'un et l'autre s'attachent lorsqu'ils agissent sur les rênes, moyen facile de transmission de la pensée de l'homme au cheval. On l'a dit avec justesse : on dresse les jambes de celui dont on veut faire un bon danseur, les doigts de ceux qui apprennent à jouer d'un instrument ; mais on ne songe pas toujours à donner, par un exercice convenable, par une éducation spéciale, aux muscles nombreux et forts de l'encolure, la souplesse nécessaire pour remplir dans toute leur étendue le rôle qui leur appartient. La théorie de ce dressage particulier a fait un certain bruit , il y a quelque vingt ans, sous le nom d'assouplissement de l'encolure : le bruit s'est éteint, mais la nécessité d'assouplir rationnellement cette

région est restée sans qif on lui accorde autant d'attention que besoin serait , surtout pour les races légères et moyennes.

Nous connaissons les bases de l'encolure , — les vertèbres cervicales, le ligament qui porte le même nom, et les diverses couches musculaires qui enveloppent les premières ou s'appliquent sur les côtés du second. Le tout forme une région considérable et dont nous devons encore dire quelques mots sous le rapport de l'extérieur.

Sa forme générale est celle d'une pyramide dont la base correspond au thorax; mais sa longueur, sa direction et sa masse varient suivant les races, ainsi que nous le spécifierons plus loin, et comme le démontreront les nombreux portraits que nous donnerons dans la seconde partie de ce livre, particulièrement consacrée à l'étude des principales familles de l'espèce.

On a voulu déterminer d'une manière absolue et tout arbitraire la longueur de cette région ; on n'en saurait trouver la mesure que dans ses rapports avec les autres parties du corps, eu égard aux aptitudes de l'animal , au genre de service auquel sa conformation le rend propre. Les chevaux appelés à des travaux rapides doivent avoir l'encolure plus longue et plus légère que ceux dont la destination est le trait plus ou moins lent. Chez ces derniers, la région doit être plus courte, plus épaisse, plus lourde, autant pour faciliter par son poids le tirage que pour offrir au collier un certain nombre de points de contact favorables à son effet utile sur les résistances à vaincre. L'encolure du cheval de trait se rapproche ainsi du cou des autres animaux. Celle des chevaux de selle ou d'attelage remplit à un degré bien autrement élevé l'office précédemment défini d'un bras de levier puissant qui , par la liberté, la variété et l'étendue des mouvements, contribue activement à affermir les diverses attitudes qu'une locomotion hardie et précipitée impose à tout instant à la machine entière.

La qualification d'encolure longue n'a donc qu'une signification relative ; elle est une beauté , une qualité , voulionsnous dire, dans les races supérieures, dont les services ont du prix en raison surtout de la rapidité avec laquelle la tâche imposée est accomplie ; mais la longueur de la région doit coïn-

cider avec des muscles puissants, sous peine de paraître grêle ou décharnée. Sa direction est droite dans les races les plus vites , dans celle de pur sang anglais, par exemple, qui en est le type. L'encolure longue et grêle fatiguerait outre mesure si elle avait à supporter le poids d'une tête forte et chargée ; il en serait de même si sa direction se rapprochait de la ligne horizontale. Dans ce cas l'attitude basse de la tête, surchargeant les membres antérieurs et ce qu'on appelle l'avant-main, ôte à l'animal toute apparence d'énergie et toute élégance , Fallourdit et le rend d'une conduite difficile. Ainsi conformé, il ne convient point aux services qui exigent de la légèreté. L'encolure affecte, dans certaines races, une courbure trèsappréciable et très-marquée, qui donne à l'ensemble une certaine grâce ; cette direction la fait dire rouée quand la courbure intéresse toute l'étendue de son bord supérieur, et en cou de cygne lorsque la courbure n'existe que dans la partie la plus rapprochée de la tête. Celle-ci est généralement un peu grêle ; l'autre est plus souvent un peu forte et massive. Avec cette dernière, la tête dépasse souvent la verticale et s'encapuchonne ; elle fait que les mouvements ont plus de tride et d'élévation que d'étendue et de vitesse. Par l'attitude générale qu'elle favorise, elle repousse en arrière le centre de gravité. Il en résulte que la détente du jarret tend plus à soulever la masse qu'à la pousser en avant. L'encolure rouée appartient plus particulièrement aux races andalouse , persane et turque; l'encolure de cygne est plus particulière au cheval hollandais.

Pour aller aux antipodes de celle-ci, nous signalerons Y encolure de cerf ou encolure renversée , qui fait que la tête porte au vent, suivant l'expression consacrée. Les chevaux dont l'encolure est ainsi conformée ont des allures très-rapides, favorisées par le rapprochement en avant du centre de gravité ; mais, la position de la tête se rapprochant de l'horizontale, le mors se tient difficilement à sa véritable place ; il remonte et vient s'appuyer contre les dents molaires. Son effet alors est à peu près nul, et, si le cheval prend le mors aux dents, il devient très-difficile de l'arrêter. Dans la course désordonnée à laquelle il se livre, les yeux ne voient plus qu'au

loin et les pieds se posent au hasard ; ceci menace d'accidents graves et les exemples n'en sont pas rares. Le cheval qui porte au vent est l'opposé de celui qui s'encapuchonne, c'est-à-dire dont l'extrémité inférieure de la tête se rapproche du poitrail. Celui-ci s'emporte aussi quelquefois; il voit le terrain de près, mais il n'aperçoit les obstacles que lorsqu'il n'est plus à même de les éviter. Le danger est donc le même. On remédie à l'exagération du défaut opposé en faisant usage de la martingale ; c'est à la main du cavalier à donner à la tête encapuchonnée une direction plus favorable à l'action du mors.

Tous ces détails deviennent un peu longs, mais l'éleveur ne doit pas les ignorer complètement; il trouvera plus de facilités et d'avantages à élever, à donner à ses produits la conformation la plus heureuse, quand il saura, de la structure un peu compliquée du cheval, tout ce qu'il est utile qu'il en sache. L'encolure est encore appelée penchée ou tombante quand son bord supérieur, chargé de graisse, s'incline par en bas jusqu'à la faire tomber de son propre poids d'un côté ; alors la crinière, épaisse et lourde elle-même , est entraînée du même côté. On la nomme bien sortie lorsqu'elle s'échappe du tronc avec élégance, sans ligne de démarcation brusque et tranchée ; elle est fausse, au contraire, ou mal sortie, lorsque les épaules et le garrot forment des saillies trop fortes à sa base.

Pour résumer, disons : la longueur de l'encolure est une qualité chez le cheval destiné aux vives allures, lorsqu'elle coïncide avec un développement proportionnel des masses musculaires. La brièveté, compagne presque inséparable de la masse, est une défectuosité quand on recherche une grande vitesse, parce qu'elle est une condition défavorable au déplacement du centre de gravité et à l'étendue d'enjambée des membres antérieurs ; mais elle est une qualité à son tour, si elle n'est pas par trop exagérée, pour le service du trait au pas, car elle offre, nous l'avons constaté, de nombreux et solides points de contact à l'appareil du tirage, à l'appui du collier. La direction droite enfin est, de toutes celles que l'encolure peut affecter, celle qui favorise au plus haut degré la fonction importante 'qu'elle remplit dans la machine animée.

C'est le bord supérieur de l'encolure qui porte la crinière

longue et soyeuse, lourde à la main dans les familles nobles; plus courte et plus rare sur les races moyennes ; épaisse et touffue chez l'espèce commune, où elle est quelquefois double, c'est-à-dire tombante sur les deux faces de l'encolure et ouverte par le milieu, qui se salit alors aisément et devient trèsdifficile à nettoyer. La malpropreté qui s'accumule , dans ce cas, irrite la peau, et l'on voit naître un prurit fatigant, à la suite duquel se développe un mal désagréable et rebelle , connu sous le nom peu élégant de rouvieux. Quel contraste avec 1* belle crinière du cheval ou de la poulinière arabes, qu'on a comparée à une belle chevelure de femme, et qui leur prête un air de distinction et d'énergie qu'on ne retrouve point dans les chevaux communs ! Les mêmes remarques s'appliquent naturellement à la petite touffe de crins qui , de la nuque, se dirige en avant et vient flotter sur le front pour ombrager les yeux et les protéger aussi contre les insultes des insectes.

Enfin la partie opposée de l'encolure , c'est-à-dire son bord inférieur, est principalement formée par la trachée-artère ou par le canal aérien. Elle est d'autant plus large que la trachéeartère est plus grosse , que les voies respiratoires sont plus vastes au-dessus ou au-dessous d'elle. Son grand développement doit donc être considéré comme une beauté extérieure.

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