UNE VILLE FRONTIÈRE
son dans le .Texas, Salinas en Californie, ayant été* élevées par des Anglais avec de l'argent anglais.
A huit kilomètres du squelette de pont dont j'ai parlé, le colonel Stévens, ingénieur des chemins de fer du Texas et du Kensas, découvrit un emplacement plus sâr et plus convenable. Le colonel, en la compagnie duquel j'ai le bonheur de visiter le pays, possède une expérience consommée de la vie sauvage. Nul mieux que lui ne connaît les Peaux-Rouges et la contrée qu'ils habitent. La construction d'une ville frontière étant décidée en principe, il choisit cet emplacement, ne voulant rien laisser au hasard.
C'était une prairie en pente douce formant plateau, bordée de vieux chênes et arrosée par une charmante petite rivière. Ç& et 1&, quelques rochers; au delà du bois de chênes, une plaine ouverte parsemée d'arbres isolés. Le sol, d'une grande richesse, semblait exceptioanellement approprtt à la culture du coton, du riz et du m^s.
On eut bientôt dressé un plan, avec rues, places, école. On ne toucha pas au bois, qui devait être consacré aux usages publics. On donna à la ville à créer le nom de Dénison, et l'on désigna un jour pour la mise en vente des parcelles. Aux premiers constructeurs, Slévens promit l'établissement d'un dépôt de chemin de fer. Dénison devait être le magasin central des forts Richardson, Griflin et Sill, qu'une ligne télégraphique unirait l'un & l'autre. Ensuite viendraient les glacières, les abattoirs, les machines & comprimer le coton.
Tel fut l'appât tendu à la spéculation; et comme le capital du chemin de fer était souscrit en Angleterre, comme les promesses faites reposaient sur la bonne foi anglaise, les juifs venus de Dallas et de Shréveport furent convaincus de la prospérité future de la ville.
Peu après, on voyait s'élever quelques hangars. Mais le bois de charpente manquait; le chêne était trop dur, et la contrée des pins jaunes se trouvait & une distance de cent soixante kilomètres. Cependant le bois afflua bientôt. Voyant un marché s'ouvrir, trois compagnies de Saint-Louis expédièrent plusieurs chargements de pins blancs : c'était un voyage de près de mille kilomètres par chemin de fer.
Un bon marché ne tarde pas à s'approvisionner. Quand les marchands de bois apprirent qu'on avait besoin de pins à Dénison, ils y en envoyèrent, quoique la ville n'eût encore été inscrite sur aucune carte.
L'œuvre narcha rapidement. L'hôtel Nelson reçut sa toiture ^ l*hdtel Adams fut commencé, et quelques habitations jaillirent du sol. La ville se remplit de nègres émigrés de Caddo et de Vinita, de juifs venus de Dallas, de Shrévef ort et de Galveston, de vagabonds et de chercheurs d'aventures accourus de tous les points du compas.
On ouvrit un débit de boissons, un marché aux enchères, une salle de bal. Au bout de six moiB,Déni&on possédait un millier decitoyens de toutes couleurs et de toutes communions, et, deDallas h Galveston, passait pour « la ville la plus animée du Texas ».
Il y a vingt-huit mois à peine que le colonel Stévens a dessiné ses plans sur le papier, et déjà Dénison est une ville de quatre mille cinq cents Ames. Le dépôt du cberhin de fer occupe tout un quartier; auprès s'élèvent les abattoirs, deux vastes glacières, lecomprimeur à coton, quatre églises, cinq tavernes, et un nombre illimité de cabarets.
Dénison possède un maire, huit aldermen' " tous honnêtes gens et démocrates », un recorder* qui est « la terreur des malfaiteurs », et une chambre de commerce.
En parcourant la ville, j'y remarque une loge maçonnique, un. cercle d'étudiants et un club de cricket.
Hais la gloire de Dénison, c'est sa maison d'école, bfltiment en briques rouges, construit dans ce style tudor-amérîcain* sj commun dans les Étals du Sud. Le monument a coûté deux cent vingt-cinq mille francs réalisés en totalité au moyen d'emprunts faits dans la mère patrie. Quels singuliers coins du globe vieni fertiliser l'or anglais 1
Si la prospérité de Dénison s'alTirme, les préteurs rentreront dans leurs fonds, et jouiront, en plus, de la satisfaction intimcd'ëtre venus en aide à une bonne cause.
Avec sa population grossière, bruyante, dissolue, Dénison est^ en vérité, une ville « très-animée », On y boit beaucoup en fort peu de temps. C'est aujourd'hui dimanche; tous les cabarets, sont ouverts, et l'on entend de toutes parts cliqueter les billes de billards. Des femmes en toilettes voyantes sillonnent les rues, et sur tous les trottoirs sont accroupis des joueurs qui se chamail-lent en s'accusant mutuellement de filouterie.