‹ La Conquête de Constantinople (volume 3)Chapitre 1 sur 7 · PASSAGE CHOISEUL, ^l^l^ U DCCC XCI · texte numérisé non relu

PASSAGE CHOISEUL, ^l^l^ U DCCC XCI

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KÊ/zs-^^

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i A plupart des chroniques romanes prisentent de f intérêt, surtout pour le philo^ logue ou F historien; mais La Conquête de Constandnople a eu, de plus, la bonne fortune de charmer le grand public, le seul qui établisse les réputations durables, dès qu'il a été mis en mesure d'apprécier les mérites qui constituent la supériorité de cet attachant récit. Tour lui, La Conquête de Constantinople n'est pas seulement un impor* tant document historique ou un précieux spécimen de la prose de notre vieille langue, elle est, plus encore, la relation vivante, animée, sincère, d'un

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étrange ^isode des croisades, raconté par un témoin oculaire directement mêlé à tous les événements; elle est le premier modèle de ces Mémoires dans lesquels l'esprit français déploiera bientôt ses plus brillantes qualités, et oii la personnalité et Toriginalité de Fauteur apparaissent à chaque page, odussi Geojroi de Villehardouin compte^t-il aujourd'hui, à bon droit, au nombre des Classiques de notre littérature.

Tareil honneur ne sera, sans doute, jamais réservé à aucun des Chroniqueurs qui ont également raconté en langue vulgaire les péripéties de la quatrième croisade. S^ La Prise de Constantinople, par 'Rgbert de Clari, ni L'Eftoire d'Éraclès, attribuée en partie à Ernoul, ni le Livre de la Conquête de Morée, ni Les Grandes Chroniques de France ne portent l'empreinte de cette exactitude et de cette originalité personnelle qui font le mérite principal de l'œuvre du maréchal de Champagne; cependant ne dédaignons pas ces vieux récits : tous, sur bien des points et à des degrés divers, viennent éclaircir ou compléter La Conquête de Constantinople.

Dès iSjS, dans son édition de Villehardouin, Taulin Taris avait prouvé quel utile parti il était possible de tirer des Chroniques, pour commenter

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son auteur; il a montré dq>uis, en excellents termes, dans la préface de Guillaume de Tyr et ses Concinuaceurs» quelles vives lumières ces récits, soigneusement contrôlés, Jettent sur les événements du moyen-âge»

a Ce n'est pas, dit-il, dans les livres écrits de nos Jours, même les plus autorisés, qu'on peut espérer reconnaître le véritable caractère des croisades, la physionomie de tous ces héros du x\\^ siècle, fondateurs de dynasties souveraines en Syrie, en Chypre et à Constantinople. Tour concevoir une idée Juste de ces mémorables aventures, il ne suffira pas, même, d'interroger les latinistes contemporains des faits, une langue morte ne pouvant répandre les couleurs de la vie sur l'expression des sentiments, des passions, de la façon d'être des générations dont elle n'a plus été Vinterprète immédiat. La langue parlée dans chaque siècle peut seule reproduire, dans un miracle fidèle, le secret de la manière dont les hommes de chaque siècle ont Joué la tragi-comédie de la vie. »

a L'antiquité, le moyen-âge et notre temps offrent assurément trois états de société bien tranchés; le langage a suivi les mimes évolutions. Le roman du XII® siècle est séparé du larin de V ancienne ^ome et du français de nos Jours. Si donc on veut bien connaître %gme, le moyen-âge et les temps modernes, il

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IV AVANT-PROPOS

faut demander Vhistoire de Hpme aux livres latins, Fhistoire du moyen-àge aux livres romans, et Vhistoire des temps plus rapprochés de nous aux livres écrits dans la langue de ces temps rapprochés. »

On ne saurait mieux dire et on ne peut mieux faire que de s'inspirer de semblables conseils. Cependant, afin d'éviter de grossir notre travail d'un glossaire qui eût nécessairement pris des proportions considérables, et de laisser la relation seule de Villehardouin dans son texte primitif, les nombreuses citations des autres Chroniques ont été ramenées à la langue moderne, en s' efforçant néanmoins de leur conserver, autant que possible, leur tour particulier et leur physionomie véritable. De la sorte, on a pu, sans dépasser des bornes raisonnables, entourer La Conquête de Constantinople de tous les témoignages susceptibles de l'éclairer et de la commenter.

Ce n'est pas à dire pour cela que nous ayons négligé de consulter soigneusement ces latinistes dont Taulin Taris ne parle pas sans quelque dédain. La volumineuse Correspondance d'Innocent III, encore augmentée par les récentes découvertes de iM. Léopold Velisle, les Gesta, la Devascado Constantinopolitana, la relation de Gunther, les textes rassemblés et si savamment commentés par le comte

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l^lanr, dans les Exuviae Constantinopolicanae» ont été étudiés avec soin et contrôlés par les récits de S^Çicétas ou des autres auteurs grecs. tMais nous avons tenu à éviter tout ce qui pouvait donner à notre travail les apparences d'une érudition hors de propos; nous nous sommes donc abstenu de multiplier les citations, les notes, les renvois, lorsqu'il s'agissait de textes latins ou grecs depuis longtemps connus, et nous avons cherché à condenser dans une Notice asseï étendue, puisqu'elle constitue la majeure partie du deuxième volume, la plupart des renseignements propres à mettre en lumière les différentes phases de la quatrième croisade.

S^Çpus avons aussi cherché à utiliser les nombreux travaux dont cette croisade a été F objet en France, en G4llemagne et en Italie. Vans ces derniers temps, l'expédition de 1204, ^ soulevé d'ardentes polémiques : la réputation de Villehardouin n'est pas sortie intacte de ces débats rétrospectifs. Teut-étre qu'après nous avoir lu, le lecteur rendra mieux Justice au caractère du maréchal.

En publiant, il y a quelques années, une savante édition de La Conquête de Constanrinople, 5\atalis de Wailly a laissé peu de chose à faire à quiconque tenterait, après lui, la même entreprise. Sauf sur quelques points de détail, nous nous sommes

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VI AVANT-PROPOS

presque partout trouvé Raccord avec lui; cependant nous avons introduit dans le texte une modification qu'il importe de signaler.

iM, V^talis de Wailly s était attaché à conserver scrupuleusement toutes les formes orthographiques du manuscrit qui lui servait de guide : il en résulte que dans le cours du récit, parfois dans un même paragraphe, le même mot est écrit de plusieurs manières différentes : ainsi on peut relever altre et autre, biax, biais et bels, chevalcher et chevaucher, cosins et cousins, comander et commander, cuens et quens, domaiges, domages, damages, mareschaus et mareschals, etc. Il a semblé que cette complication orthographique, résultant surtout de l'inattention des scribes ou de divergences dans les dialectes qu'ils parlaient, pouvait parfaitement être supprimée, sans altérer en rien le caractère général de l'œuvre, et qu'on en faciliterait ainsi la lecture. Lorsqu'il s'agit de publier une production littéraire du moyen-âge pour la première fois, il est évident qu'il importe de la reproduire avec une rigoureuse exactitude; lorsqu'il s'agit, au contraire, d'un texte aussi connu que celui de Villehardouin, alors que pas un des manuscrits ne présente une orthographe identique, le mime scrupule n'a plus sa raison d'être; onpeut donc le traiter comme on n'hésiterait pas à le

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AVANT-PROPOS VII

faire si, au lieu d'avoir sous les yeux un manuscrit du moyen-âge, on entreprenait d'éditer quelque fragment d'un auteur classique de la Grèce ou de Vgme; nous avons donc choisi, entre les mots différemment écrits, la variante qui se présentait le plus souvent ou celle qui se rapportait au dialecte de la Champagne et de F Ile-de-France, pour nous y tenir autant que possible.

Quant à la traduction qui accompagne le texte ancien, elle ne réclame pas de longues explications.

On avait le choix entre plusieurs méthodes : on pouvait se contenter de reproduire le récit du chroniqueur du xiil^ siècle dans la langue du xix^, sans s'attacher à suivre absolument le texte, — c'est ainsi que Ducange avait procédé pour son temps, — soit conserver, dans la version rajeunie, tous les mots du moyen-âge qui étaient encore usités au xvi^ siècle, c'est ainsi qu'on a traduit certains de nos anciens auteurs. Le premier système ojffrait Tinconvénient grave de ne rien garder de cette simplicité si expressive qui fait le charme de La Conquête de Conscandnople; le second, acceptable pour une ouvre de peu d'étendue, aurait exigé, à l'usage des lecteurs peu familiarisés avec les écrivains de la 'Renaissance, une série de notes et de commentaires hors de proportion avec l'ensemble du travail.

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VIII AVANT-PROPOS

H^us nous en sommes tenu à un système mixte; nous avons conservé quelques mots du texte ancien, qui nom plus d'équivalent exact dans notre langue actuelle, ou qui ont pris une signification nouvelle, comme valet, huissier, galée, pardon; nous avons maintenu tous ceux qui, à un titre quelconque, tels que départir, ouïr, ains, onques, etc., se rencontrent encore dans les œuvres des classiques du XVII* et du XVIII* siècle; leur emploi a été Justifié par des exemples cités en notes, et on les a rassemblés dans un petit glossaire. Enfin, faisant abstraction de tout amour-propre littéraire, nous avons moins visé à l'élégance qu'à donner une traduction aussi littérale que possible du récit de Villehardouin,

Quelques éclaircissements complémentaires ont été joints à notre travail.

Tour rendre les recherches plus aisées, tous les renseignements historiques, biographiques, généalogiques et géographiques ont été réunis dans une table générale alphabétique des noms propres et des noms de lieux. Une bibliographie étendue donne l'énumération des ouvrages consultés ou de ceux auxquels les lecteurs désireux d'étudier plus complètement la quatrième croisade pourront se référer avec fruit; en un mot, nous n'avons, croyons-nous, rien négligé de ce qui permet de bien connaître et d'apprécier

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sainement le véritable caractère de La Conquête de Constantmople.

De précieuses sympathies m'ont aidé et soutenu pendant mon travail. Je ne puis nommer ici toutes les personnes qui m'ont assisté dans la lourde tâche que j'avais entreprise; je mentionnerai seulement tM. Oscar de Toli, président du Conseil héraldique de France, qui a mis le plus aimable empressement à me procurer des renseignements sur les chevaliers français ayant pris part à la quatrième croisade; iM, ^Alexandre Honvarlet, président du Comité flamand de France, dont on ne consulte jamais en vain la vaste érudition et qui m'a fourni avec une affectueuse bienveillance de nombreuses notes relatives aux compagnons flamands de 'Baudouin IX pendant f expédition de I20jf. T lus près de moi, à Orléans, iM, Louis Jarry m'a libéralement ouvert les rayons de sa riche bibliothèque; enfin iM. oilphonse Couret, ancien magistrat, docteur es lettres, et zM. Henry Salomon, professeur agrégé d'histoire, m'ont prêté le concours le plus amical et le plus dévoué.

Ces lignes leur porteront à tous l'expression de ma vive gratitude ; mais, hélas I elles ne seront pas

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lues par le plus cher de mes collaborateurs. éiWon père a succombé avant d'avoir vu imprimées ces pages écrites sous ses yeux de la première à la dernière. Je ne saurais dire tout ce que mon travail doit à ses conseils éclairés, à sa critique bienveillante, attentive, incessante, et il m'eût été doux de lui offrir ce livre en témoignage de ma profonde affection iliale.

Je le dédie à sa mémoire, comme un suprême hommage à son souvenir vénéré.

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