‹ La conquête du bonheurChapitre 124 sur 133 · LES IDÉES VITALES · texte numérisé non relu

LES IDÉES VITALES

Les grandes idées vitales de cette science sont peu nombreuses : rappelons-les.

La première est ce qu'on peut appeler Imprimât de la vie spirituelle Tout le monde reconnaît la valeur incomparable de la vie spirituelle, mais on n'a pas Ténergie d'organiser sa vie en conséquence. On le sait; on n'y croit pas. « Je sais que je vais mourir, disait Renouvier à Prat, mais je n'y crois pas. » Or nous savons tous la valeur hors de comparaison de la vie spirituelle, mais nous n'y croyons pas, puisque cette croyance ne modifie pas notre vie. « Je me suis dit cent fois que je serais heureux si j'étais aussi sot que ma voisine, et cependant je ne voudrais pas d'un tel bonheur » *. Vous ne trouverez personne qui « accepterait le marché de devenir imbécile pour devenir content», qui choisirait d'être un « porc satisfait plutôt qu'un Socrate mécontent » — mais, par paresse, par lâcheté,

%, Histoire 4^ un bon Brami^,

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nous vivons comme si nous ne savions pas que la vie spirituelle est le bien par excellence.

Une autre vérité vitale, c'est que la loi de causalité domine notre vie mentale comme elle domine le monde matériel. Nous sonimes libres dans la proportion où nous nous soumettons à cette loi fondamentale. Nous sommes libres parce que nous sommes intelligents et que nous pouvons, par notre habileté, insérer nos volontés dans la trame des causes et des effets. Nous sommes libres dans et par it déterminisme.

« admirable et prodigieuse nécessité^ tu forces par ta loi tous les effets par une voie très courte à participer de leur cause! Les voilà les miracles », dit le génie humain le plus complet, Léonard de Vinci, et il ajoute : « admirable justice de toi, Premier Moteur, qui n'as voulu enlever à aucune force Tordre et la qualité de ses effets nécessaires ».

Les lois sont données, comme le piano est donné au musicien : si celui-ci a du talent, de ces touches qu'il n'a pas faites, il tirera une musique délicieuse tandis que rignorant n'en tirera que cacophonie.

Les lois sont données comme est donnée la glaise au sculpteur. S'il a du génie, il crée la Vénus de Milo ou la Marseillaise de Rude. S'il est incapable, la glaise reste de la boue.

De môme nous recevons notre nature psychologique avec ses lois d'association des idées' et des sentiments et nous pouvons, si nous sommes attentifs et patients, modeler au moyen de cette glaise une vie savoureuse, noble, heureuse. Indolents ou ignares, nous n'en ferons qu'une vie terne, indigente ou absurde.

Donnez*moi un point d'appui, disait Ârchimède et au moyen du levier, je soulèverai le monde! Donnez-moi un point d'appui, c'est-à-dire une volonté ^t au moyen du levier qu'est la loi de causalité, je transformerai une âme humaine.

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— Mais il faut 1q prûat d'appui f

— Oui, mais oe poiut d'pppui ^KisU*

Dans l'âme la plus débile, il y a, sous l^agilatton des passions et sous la couche des habitudes yçulfs, une volonté presque ruinée, mais que Ton peut consolider.

En d autres termes, un peu de volonté suffit pour eu conquérir un peu plus, puis un peu plus. SI les éducateurs aidaient, avec autant d'attention (}ue le fait un horllculleur, les jeunes pousses de la volonté à prendre racine, à se renforcer et s'ils les défendaient contre le gel et contre les insectes qui sont ici les passions et la dissipation, les volontés seraient plus nombreuses et plus fortes. Mais, héritiers de générations de « turbatifs m, nous sommes inattentifs â cette autre grande vérité vitale de la vie spirituelle, qui est qu'on ne fait rien sans le temps, que le temps a une puissance lente mais irrésistible et qu'en l'obligeant à faire travailler pour nous le déterminisme des associations, nous avons à notre service une prodigieuse puissance de libération spirituelle.

« Le temps est un trésor plus grand qu'oQ ne peut êr<9ire^ n

L'homme vraiment intelligent séfit que la toi de causalité crée la vie morale; de plus, il le croit et il se soumet humblement à cette loi qui fonde l'ordre dans les choses et dans les esprits.

Hélas! cette vérité primordiale, nombre de philosophes ont tout fait pour l'obscurcir, afin de défendre une absurde liberté d'indifférence, qui, non soutenue p^tiô déterminisme, aurait la fragilité du verre t Aussi le grand public est-il éU*anger à la tof de la cause et ^p^ effets. '

« On domptait à Paris, avant là guerre, 3^.00^ sôitiiiambules^ voyantes, tireuses de cartes, devins ou

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