‹ La conquête du bonheurChapitre 48 sur 133 · VALEUR DE LA PAUVRETÉ · texte numérisé non relu

VALEUR DE LA PAUVRETÉ

Ne nous occupons donc pas de^ déchets humains, hélas trop nombreux ! Nous n'avons ici à étudier que la pauvreté, lot du grand nombre, qui laisse son homme debout.

La pauvreté n'a de pénible que l'insécurité de la route qui côtoie le sombre abîme de la misère où une chute est toujour^s possible par suite de la maladie, de la mort prématurée des parents...

Un jeune homme pauvre mai« courageux et bien portant doit gagner sa vie : il est dans de bonnes conditions pour développer harmonieusement ses plus hautes facultés. Sa seule inquiétude profonde est Tappréhension d'une perte soudaine des forces. De plus, il a l'amer sentiment de dépendre de l'arbitraire de patrons ou de chefs qui peuvent être légers ou malveillants. Il dépend souvent de politiciens que les hasards de la politique font émerger d'une région «basse où sévit la loi du plus

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rusé, et qui arrivent au pouvoir Tame comme boueuse. Que cela soit possible — et ce Test, hélas! cela suffit pour détruire le sentiment de sécurité : c'est pourquoi, actuellement, un fonctionnaire ou un employé, même de grand mérite, n'a ni indépendance ni sûreté du lendemain. Mais on entrevoit le moment où, par le développement de la solidarité professionnelle, les fonctionnaires conquerront la sécurité, et du même coup une liberté équwalenteà celle des personnes qui possèdent Vindépendance pécuniaire.

En attendant ce moment, le sentiment que le lendemain n'est assuré ni pour la femme qu'on aime, ni pour les enfants, ni parfois pour une vieille mère, cause une souffrance cuisante. Savoir que la mort ou une maladie du chef de la famille, ou un abus de pouvoir d'en haut peut plonger des êtres chéris dans l'abîme de la misère, c'est insupporlable. Aussi quelle joie le jour où par le travail du père, par l'économie intelligente de la mère, on est arrivé à la sécurité du lendemain!

Par conséquent, l'argent prend une valeur morale quand il assure la famille contre la maladie, contre la mort, contre la vieillesse, contre l'arbitraire; quand il garantit les enfants contre la misère physiologique, contre l'ignorance, et qu'il les sauve du milieu dépravant des miséreux. Ces garanties, une organisation sociale meilleure les donnera. Assurances et mutualités, quand elles seront des services sociaux richement dotés, donneront en sécurité l'équivalent de ce que ^l'argent individuel seul peut donner aujourd'hjuî. Un ouvrier habile peut aller partout dans le monde civilisé : il est sûr que sa valeur technique et son énergie lui donneront de quoi vivre. Sa vie simple a une souplesse, une liberté, une indépendance, une saveur que n'a pas la vie du fonctionnaire ou de l'employé, vie comme attachée à un piquet. N'avoir pas peur de la pauvreté, c'est simplifier l'existence jusqu'à l'héroïsme. La bourgeoisie, par son

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