LE RENDEZ-VOUS
Doudou avait eu une idée héroïque ce matin-là; celle de faire un grand nettoyage et de purifier la maison. Il avait comploté ce projet avec Adil et Jupiter, sans en rien dire aux autres serviteurs, et tous trois avaient déclaré qu'on ne pouvait rester plus longtemps, sans risquer de se damner, dans une maison qu'on négligeait de purifier selon les rites.
Donc, s'étant, la veille, procuré la quantité de fiente de vache nécessaire à la cérémonie, ils se levèrent dès Taube et, à pas de chat, accomplirent leur œuvre pieuse.
D'abord, sans faire le moindre bruit, ils lavèrent et frottèrent les parquets et le s dallages des galeries, des escaliers. Puis ayant délayé dans de l'eau la fiente sacrée, ils la répandirent très élégamment partout,
ayant soin d'en former de jolis dessins : des figùtes, des losanges, des ronds, des étoiles ; et, très fiers de leur travail, ils retournèrent dormir.
Quand Marion, en se levant, aperçut ce bel ouvrage, elle . demeura stupéfaite et consternée. Elle courut chercher Naïk et d'un geste, lui montra ces étonnantes arabesques ; mais le paria parut approuver leurs sinuosités savantes et ne trouver rien à redire au choix des motifs, exécutés selon les règles. La jeune fille, qui commençait à s'entendre avec lui, lui fit comprendre cependant que toutes ces horreurs devaient être enlevées au plus vite, avant le réveil du maître. Losanges, tètes d'éléphants, palmes et étoiles disparurent donc sous quelques seaux d'eau, et Marion, purifiant la maison à sa manière, emplit une corbeille de fleurs, et les effeuilla sur le plancher.
A peine avait-elle terminé, que Bussy parut sur la galerie, et s'y accouda pour respirer la fraîcheur embaumée du matin. Il était enveloppé d'un peignoir de forme orientale, en soie bleue légère, et il n'était coiffe que de ses cheveux noirs.
Depuis le bal, chez le gouverneur, c'était la première journée qu'il avait à lui, et il se promettait d'en jouir tout à son aise, paresseusement, au milieu des fleurs de son jardin et du babil afibctueux de ses eux fidèles serviteurs.
Ce hamac,, à l'ombre des tamariniers, comme il berce agréablement la rêverie I C'est là qu'il va s'installer. Vraiment, sous ce ciel ardent, ces heures de langueur nonchalante sont un besoin de la vie.
Naïk, tout joyeux de revoir enfin son maître, agite activement la queue de yak et ne laisse aucun insecte approcher ; Manon, assise sur un escabeau, tient un plateau chargé de mangues, ce fruit délicieux qui semble un sorbet fait de pèches de melon et de bananes ; et elle interroge curieusement le marquis sur le bal de l'autre jour. — Etait-ce bien beau ? y voyait-on des toilettes bien magnifiques? Quelles femmes avait-il remarquées ? Il répond complaisamment, décrit kC toilette de la fille du gouverneur et celle de mademoiselle de Kerjean.
— A propos, dit-il tout à coup, qu'est-il advenu du jeune galant qu'on semblait craindre si fort ? il s'est échappé du bal certainement, pour essayer quelque séduction.
La jeune fille rougit et baissa les yeux en souriant.
— C'est vrai, dit-elle, il est venu et m'a trouvée apprenant de Naïk un jeu d*échecs indien. S'il a été contrarié, il ne l'a pas fait voir et, avec beaucoup de gaité, voyant combien j'étais novice, m'a offert de m'enseigner le jeu.
— Mais quel prétexte donnait-il à cette visite nocturne ?
— Il a dit qu'il avait besoin de vous voir et qu'il vous attendrait. Puis il s'est mis à parler de vous d'une façon si éloquente que, malgré moi, j'ai pris plaisir à l'écouter et lui ai trouvé beaucoup d'esprit.
— Voyez-vous le rusé compère ! il ne veut pas se faire prendre en aversion et se croit sûr d'arriver par le
chemin le plus long.
Manon eut un hochement de tête qui disait clairement qu'il en serait pour ses peines.
Mais maintenant le marquis parle à Naïk ; il a hâte de lui raconter toutes ses aventures: la présence du fiancé d'Ourvaci, les prédictions du fakir, la rencontre de Tumara.
Marion, un peu jalouse, baisse la tête ; elle ne peut s*expliquer ces longues conversations de son maître avecNaïk, pour lequel elle a cependant une sympathie fraternelle ; que peuvent-ils se dire ? Elle a bien remarqué quel attrait le marquis trouve à ces causeries; l'expression de ses yeux, l'animation de sa parole ne lui ont pas échappé, et son cœur épris devine là quelque mystère d'amour.
Le jeune homme montre à Na'ik le parchemin que lui a laisséFumara ; ils le relisent ensemble.
— Que penses-tu de cela ? Ce sont ses paroles mêmes, m'a-t-il dit, et moi j'ai un plaisir insatiable à les relire. Ne trouves-tu pas que, malgré sa haine, elle me voit avec des yeux indulgents ?
— Une femme amoureuse ne décrirait pas autrement son bien-aimé, dit Naïk ; cependant, pour te faire reconnaître, il fallait bien te dépeindre tel que tu es.
— Alors elle admet que je suis un monstre capable, comme magicien, de prendre une forme assez agréable. Mais, comment m'ayant vu si peu, s'est-elle si bien souvenue de moi? La perruque poudrée Tétonne. C'est égal, le portrait est flatté. Que dis-tu de ces prunelles : « Deux coupes pleines où le ciel se mire » ?'
— C'est exact.
— Flatteur ! dit le marquis, en repliant le parchemin ; mais, vôis-tu, ce papier, je ne le donnerais pas pour toutes les pierreries de Golconde.
La sonnette tinta à la porte du jardin.
— Qui diable peut venir d'aussi bonne heure ? s'écria le marquis, avec un mouvement d'humeur.
Marion s'éloigna en courant et revint bientôt avec une mine surprise.
— Un Maure, très magnifique, accompagné d'un interprète, demande à voir monseigneur, dit-elle.
— Comment ! un Hindou ! s'écria le jeune homme avec une émotion qui n'échappa pas à la jeune fille.
Il sauta lestement hors du hamac et regagna la maison.
— Je ne. suis guère en état de recevoir dit-il, cependant ma toilette prendrait trop de temps. Fais venir cet étranger.
Le visiteur s'avança et fit le salut oriental.
— Sois le bienvenu, dit le marquis, et prends la peine de t'asseoir.
— C'est trop d'honneur, dit l'inconnu ; je ne suis qu'un messager qu'on envoie vers toi.
— Qui t'envoie ?
— Une très glorieuse princesse.
— Une princesse, dit vivement Bussy ; son nom, dis, quel est son nom ?
1^ Son nom, bien qu'illustre, est inconnu de toi et ne t'apprendrait rien.
-^ E3ibien ! quel est ton message ?
^ Je suis chargé de te conduire, à l'heure qui te
conviendra, au palais de celle que je sers. Ce qu'elle a à te dire, elle ne veut le dire qu'à toi.
— Où est situé ce palais ? demanda le marquis, intrigué au plus haut point, mais redoutant quelque piège
— Dans rintérieur de la ville.
— Soit I j'irai, à l'heure qui lui semblera bonne.
— Eh bien ! quand le soleil commencera à décliner, je reviendrai et j'aurai la gloire d'être ton guide.
Le messager se retira, laissant le marquis très étonné et désirant fort voir la fin de l'aventure.
— Qu'en penses-tu, Naïk ? Crois-tu à quelque ruse de la reine Ourvaci ?
— Peut-être a-t-elle pris pour complice le prince Salabet-Cingh, son fiancé, puisqu'il est à Pondichéry.
— C'est possible.
— En tout cas, il vaut mieux ne pas aller à ce rendez-vous.
— Y songes-tu ? Tout ce qui me rapproche d'elle, n'importe pour quel motif, m'intéresse par dessus tout.
— O maître, ce palais inconnu peut se refermer sur toi comme une prison. On peut t'égorger derrière ses murs sans que personne puisse te secourir.
— J'ai mon épée, dit le marquis ; de plus, tu m'accompagneras ; et, si tu ne me vois pas reparaître, tu signaleras le palais à mes amis, qui sauront me venger.
Marion était toute désappointée de ne pas comprendre ; Bussy eut pitié de sa curiosité : — C'est une princesse musuhnane, qui veut me dire un secret, et
Naïk a peur qu'elle n'ait rîntention de me faire assasiner.
-^ — Oh ! non, dit la jeune fille, pâlissant au mot de princesse ; c'est une dame qui, du haut de sa fenè*tre, a vu passer monseigneur et est amoureuse de lui.
^ La journée parut longue au jeune homme et sa douce flânerie n'eut pas la tranquillité qu'il espérait. Quand le moment fui venu, il s'habilla, apportant le plus grand soin à sa toilette. II fit jouer son épée dans sa gaine et attendit le bon plaisir de l'heure.
Le soleil touchait la cime des cocotiers du jardin, et brisait ses flammes à travers leurs feuillages, quand le messager reparut. Il amenait avec lui un palanquin et un jeu de porteurs ; c'est-à-dire les treize hommes qui desservent le véhicule.
— Si c'est ton plaisir, dit-il, ces honmies vont te porter là où l'on t'attend; ils ont l'allure douce et rapide.
— Allons, dit le jeune homme en s'installant dans le palanquin, qui était comme une boîte précieuse, un lit soyeux et parfumé.
Six des porteurs l'enlevèrent sur leurs épaules et se mirent en marche, tandis que les six autres couraient à droite et à gauche et que le treizième, guide le jour, et le soir porteur de torche, précédait.
— On ne me bande pas les yeux, il est plein jour el les rideaux du palanquin sont grands ouverts, se disait Bussy, cela n'a l'air ni d'une aventure amoureuse, ni d'un guet-apens, les craintes de Naïk n'étaient pas fondées ; je crois cependant le voir qui se glisse le long du mur et nous emboîte le pas.
La ville était en fête et toute pavoisée à cause de la victoire complète des Français sur l'armée du nab,ab, dont la nouvelle était arrivée la veille au soir ; et comme la brise de mer venait de se lever, il y avait beaucoup de monde dans les rues. Le marquis ferma les rideaux du palanquin pour ne pas être rencontré dans cet équipage oriental et n'en garda qu'un entr'ouvert pour voir le chemin qu'on suivait.
Toutes les cinq minutes les porteurs se relayaient, sans que la course fût interrompue. Ils entrèrent dans la ville par la porte de Valdaour et leurs pas sonnèrent sur les dalles chauffées de soleil. Il fallut ralentir l'allure, les chemins étant moins larges et encombrés de flâneurs en riches toilettes, assiégeant les marchands de friture, dont la graisse bouillante emplissait l'air d une acre odeur, formant des îlots devant la vendeuse de fruits, accroupie entre les pyramides savoureuses de son étalage, ou les débitants de boissons à la neige. Du haut des vérandahs, de riches Hindous, assis sur dès tapis, regardaient, d'un œil rêveur, toute cette agitation, en fumant nonchalamment le houka. Des bruits de chants et de musiques s'échappaient des cafés, fermés seulement d'un rideau, tandis que les cloches de l'église des jésuites sonnaient à toute volée. Bussy vit des prêtres gravissant en hâte les degrés du portail, et, plus loin, aperçut, sortant d'une pagode ramagée comme une dentelle, une troupe de bayadères serrant autour d'elles leur voiles de gaze noire parsemée d'or, et faisant bruire les anneaux de leurs chevilles.
En débouchant sur une place, ornée d'une fontaine
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SOUS un bouquet de palmiers, il se trouva devant une haute muraille d'une blancheur éblouissante, tout unie, percée seulement d'un majestueux portail, en ogive, revêtu intérieurement de faïences fleuries.
C'était le palais, but de la course. Les porteurs s'eng^èrent sous la voûte sonore du portail que plusieurs soldats gardaient, très noblement appuyés sur leurs lances.
Au moment ou il s'enfonçait sous l'ombre fraîche de l'ogive, Bussy aperçut la tète de Naïk s'allongeant, avec précaution, à l'angle de la place.
Le palanquin entra dans une vaste cour carrée, au milieu et aux quatre angles de laquelle un jet d'eau chantait, environné de beaux arbustes en fleurs ; il s'arrêta devant les premières marches d'un escalier tournant, et le jeune homme descendit. Un serviteur, vêtu d'une longue tunique de lin bleu, lui fit signe de le suivre, et monta devant lui.
L'escalier conduisait à une galerie bordée d'une ballustrade de bois découpée à jour et peinte en vert ; de là on le fit entrer dans une salle aux murs de marbre, ou tintait encore une fontaine, dont le jet clair s'élan^t très haut, vers l'ouverture sur îe ciel qui formait le plafondi Après avoir traversé cette salle, le serviteur s'arrêta et écarta un rideau qui fermait une baie découpée en festons, et, d'un geste, invita le jeune homme à entrer.
Le lieu où il pénétra lui parut d'abord complète-^ ment obscur; un chaud parfum d'essence de rose l'enveloppa et il chancela dans l'épaisse prairie de laine des
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tapis ; mais il vit clair bientôt sous ce demi-jour, tamisé et teint par de pâles vitraux ; un rayon s'accrocha, sur la muraille, au manche d'ivoire d'un chasse-mouches, piqua une lueur aux verreries de la lanterne multicolore qui pendait au plafond, et il aperçut de larges divans bas, couverts de brocards d*or, d'où s'écroulaient des monceaux de coussins. Il s'avança lentement, regardant autour de lui, se croyant seul ; mais un léger bruit de voix amena son attention sur un trâllis d'arabesques qui semblait séparer cette salle d'une autre plus obscure encore. Certainement il y avait là des fenmies, parlant à voix basse, et regardant curieusement, 'à travers les jours, le nouveau venu.
Il s'approcha, cherchant à voir aussi, à percer l'ombre où se dérobaient ces inconnues. Sous de certains angles, il apercevait quelque chose, des silhouettes blanches, mais si vagues.
— Suis-je donc dans un harem ? se dit-il.
Et il essayait d'entendre quelques mots de cette mystérieuse conversation. Dans ce gazouillis indistinct, il ne put rien saisir.
Au moment ou Bussy commençait à se lasser de cette situation et allait s'étendre sur un des divans, un rideau s'ouvrit du côté opposé à celui par où il était entré, et un être charmant s'avança d'un air un peu timide. C'était un jeune garçon de quinze à seize ans, qu'il prit tout d'abord pour une femme, dans sa robe de damas vert et or, serrée par une ceinture de pierreries. Cependant ses longs sourcils noirs, se rejoignant au-dessus du nez par une ligne déliée, donnaient une
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certaine expression d'énjrgi»à son visage, dont Tovale pur était encore un peu enfantin.
— Merci d'être venu, glorieux étranger, dit-il ; notre maison est la tienne, et s'honore de ta présence.
— Je suis touché de tant de bienveillance, dit le marquis, et confus d'ignorer quel est Thôte illustre à qui je dois ma gratitude.
— La princesse ma mère va venir : elle te dira ce que tu désires savoir. Moi je m'appelle Aly Résa, et rien ne me distingue encore des autres hommes.
Une négresse venait d'entrer, portant le café et les friandises. Aly Résa prit Bussy par la main, le fit asseoir près de lui sur un divan, et le servit.
— Décidément, se disait le marquis, ni amour ni haine. Que peut- on bien me vouloir ici ?
Du côté du harem, les verrous d'une porte, fermée intérieurement, furent tirés ; un eunuque poussa le battant et s'effaça pour laisser passer une femme enveloppée de mousseline. Elle était assez grande, et d'une taille élégante, autant qu'on pouvait en juger à travers ses voiles ; un cliquetis d'anneaux d'or accompagnait ses pas et les pierres de ses joyaux luisaient, comme dans un brouillard, sous les transparentes étoffes. De son visage on ne voyait que de magnifiques yeux noirs, languissants et doux, cernés d'antimoine.
Elle se plaça sur un divan à quelque distance. Bussy s'était levé à son entrée ; elle lui fit signe de se rasseoir.
— Noble Français, dit-elle, tu dois être surpris de
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la façon, peut-être indiscrète, dont je t'ai appelé sous mon toit. Je te dirai, pour m'excuser, que ton intérêt seul est en jeu, mais que, tout en te servant, je désirais autant que possible ne pas nuire aux miens, et qu'il faut de la prudence et de la dissimulation en ce temps d'intrigues et de crimes.
— Ne me fais pas Tinjure de t' excuser, princesse ; t'avoir inspiré un intérêt quelconque, sans être connu de toi, c'est une faveur dont je sens tout le prix.
— Je sais que tu es un officier de grand mérite, et que le gouverneur de Pondichéry a une profonde estime pour toi. Je suis, moi, la fille infortunée du nabab Sabder-Aly, la sœur non moins malheureuse de Seid- Mohamed, assassiné, comme son père, par le même traître payé par le même criminel. Pour fuir la mort, pour lui dérober surtout la tête chérie de mon fils, j'ai choisi Texil, et le nabab de Pondichéry a bien voulu nous prendre sous sa puissante protection. C'est pourquoi tout ce qui est Français est cher à nos cœurs. Le seul héritier de mon frère : Chanda-Sail) mon époux, loin de moi, hélâs ! errant et fugitif, par le courrier qui de sa part félicite le gouverneur de sa victoire sur notre ennemi, m'adresse une lettre où il est question de toi.
— Voici qui me plonge dans la stupeur ! s'écria le marquis ; par quel miracle ai-je la gloire d'être connu de lui ?
— Un heureux hasard lui permet de te donner un avertissement précieux. Mais je crois qu'il ne te connaît
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pas. Aly-Résa va te lire le passage de la lettre, qui te concerne. #
Elle tendit un rouleau de soie à son fils, qui le prit et le baisa.
— Voici les paroles de mon bien-aîmé père, dit-il : « Informe-toi d'un officier français qui s'appelle Charles de Bussy et dis-lui, de vive voix (tu comprendras pourquoi) qu'une personne «puissante, la jeune reine de Bangalore, le fait rechercher, par un de ses umaras, dans une Intention évidemment homicide. Allah est grand s'il me permet, par cet avis, de sauver de la mort un ami de notre très cher bienfaiteur. J'ai rencontré la iseine, voyageant sur la route de Sadraspatnam, où elle se rend en pèlerinage, et, sans y prendre garde, elle m'a livré son secret. »
Elle venait à Sadraspatnam ! à une journée à peine de Pondichéry ! si près de lui! Voilà ce que le marquis trouva plus précieux à savoir que le fait de ce complot contre sa vie, qu'il prévoyait d'ailleurs et qui l'inquiétait fort peu.
— Princesse, dit-il, tu ne peux t'imaginer combien l'avis que tu me donnes me remplit le cœur de grati-
• tude.
^^ Si nous avons le bonheur de t'avoir été utile, nos vœux sont comblés, dit-elle ; garde-nous le secret, car cette reine est fiancée à un parent du Soubab, que nous ne voulons pas avoir pour ennemi.
La princesse fit un signe à Aly-Résa qui se leva et présenta un léger cadeau à Bussy : une petite fiole d'essence de roses dans un étui de laque fleurie. Cela
signifiait qu'il pouvait prendre congé, un hôte ne se retirant jamais de chez un musulman que congédié.
— Présente mes remerciements les plus sincères à ton illustre époux, dit le jeune homme en saluant, et fais-moi Thonneur de me donner tes ordres, si jamais je suis assez heureux pour pouvoir t'être utile à mon tour.
— Vis en paix, noble étranger, dit la princesse ; souviens-toi, à l'occasion, du nom de Chanda-Saïb.