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prc^re et consens à sacrifier mille libertés misérables pour conquérir, par la connais* sance et l'exaltation de toi-même, la liberté qui s'oflx» à celui qui sait accepter des hommes qu'ils soient ce qu'ils sont et de luimême ce qu'il est.
Servitude partout, pauvre homme I Quand tu crois supprimer un esclavage, tu ne fais que le déplacer. Si le maître est vaincu, voici les passions: Si les passions sont refoulées, voici qu'une idole invisible mange jusqu'aux cendres de l'ftme. Tu ne veux plus obéir, mais tu n'as pas appris à t'obéir, tu t'écoutes beaucoup moins que tu n'écoutais ton maître.
]S'étant plus défendu par lui, tu te livres sans résistance aux mille tentations du monde qui émoussent ta force et t'avilissent peu à peu.
Si tu brises tes sens pour te rendre inapte à la lutte, voici que tu deviens l'esclave de tes propres mutilations. Souviens-toi de tous ceux qui se sont condamnés à l'esclavage du cilice et du lit d'épines pour échapper à l'esclavage de la chair. Souviens-toi de Pascal brisé par la misère physique pour avoir voulu préserver sa richesse morale et succombant de
se haïr. Souviens-ioi de François d'Assise demandant à son frère le corps pardon de l'avoir offensé.
Si tu te retires au désert pour fuir la tyrannie des hommes, c'est que tu es devenu l'esclave de ta Iftcheté. En renonçant à conquérir ta liberté sur les autres, tu fais un aveu d'impuissance qui t'abaisse à janiais. Tu te condamnes à des servitudes sordides dont t'affranchirait le consentement aux servitudes nécessaires que tu dois accepter pour vivre avec ceux qui sont nés et meurent dans le même cadre que toi. Tu ne vois plus d'autres buts à ton activité que le pauvre souci quotidien de la nourriture et du gtte. Tu n'as plus d'échelons à faire gravir à ton âme, la misère la guette, et la bestialité. Pour éviter le passage brutal d'un chef de guerre ou de pensée, tu consens à passer ta vie à te battre contre les mouches, ou à te construire un mauvais abri contre les vents d'hiver. La liberté n'est pas un renoncement, pauvre homme, c'est une victoire. A. mesure que tu grandis, tu conquiers, au milieu des honunes, cette admirable solitude. Si tu ne veux pas mourir avec
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le remords de l'avoir cherchée dans la fuite, U te faut vivre avec l'orgueil de la saisir dans le combat.
Crois-moi. L'homme libre est le victorieux.
U n'en est pas d'autre sous le ciel. Rien n'étant libéré de la vie, il n'est de libre dans la vie que ce qui contraint la vie à concourir joyeusement à sa propre exaltation. Que tu sois celui qui agit, que tu sois celui qui pense/ tu ne commenceras à être libre que quand tu sentiras les forces éparses du monde, après avoir hésité dans leur course errante, graviter autour d'un centre avec qui tu te confondras. Consens, si tu veux être libre, à modeler ta volonté sur ce qui est vivant en toi. Débarrasse-toi par la lutte de tous les préjugés d^édu-^ cation et les scories ataviques qui servent de barrière à ton élan vers ton être réel, afin de permettre à ta vie instinctive d'affluer, seule et rajeunie, dans les mouvements harmonieux de cette chose personnelle qu'on nomme, sans la connaître, puisque tu l'ignores toi-même, ta raison. Conquiers cet ensemble mystérieux et complexe de sentiments^ de facultés de connaître et d'agir, de puissance
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% Aimer et à vaincre qui est ta nature à toi seul dt qu'on gravit comme une cime.
Et pour cela, ô mon frère homme, exerce 4'abord tes passions. Gomment sauras-tu «qu'elles asservissent, si tu ne les questionnes pas P Si tu ne risques rien, comment connal- .tras-tu ce sentiment du risque qui est la source de la maîtrise de toi-même et de la générosité active de ton cœur ? Ecoute. Si tu entretiens ce sentiment dans la dangereuse aventure, cela signifie que tu montes.
Et si tu le perds, tu descends. Le contact avec le danger accroît la liberté de Thomme libre. Il restreint celle de Tesclave qui n'a plus d'autre recours que de remettre en d'autres mains le soin de sa défense pour se préserver du danger. Sans doute, le choix est tragique, surtout lorsque tu sais que la récompense n'est pas en haut de la montée, le châtiment au fond de la descente, mais là l'enivrement cruel de l'intelligence du monde, ici le geste assoupissant et machinal de s'enivrer. Si le choix n'était pas tragique, comment grandirais-tu en acceptant, les deux yeux ouverts, le combat P
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Va donc vers le sommet parmi les tentations multiples auxquelles tu céderas souvent pour connaître ta force et te griser d'avance des luttes qu'elles te promettront à la prochaine étape. Si tu ne vas pas par les routes ardues, tu n'écraseras pas du talon la vipère entre les roches. Si tu n'as pas soif, tu ne connaîtras pas la volupté de boire l'eau des hautes sources. Si tu n'es pas très fatigué de la journée,; tu ne jouiras pas de voir monter du fond de la vallée la fumée du toit sous lequel tu es attendu. Va vers le sommet. La liberté, je te le dis, c'est la sensation des hauteurs. Pour y atteindre, il fiiut côtoyer les abîmes, chanceler quand une pierre cède, sentir à ses poumons la morsure du vent. Si l'on dit à l'en* font : « Tu n'atteindras pas sans danger le sommet de la montagne si tu ne prends pas ce chemin tracé par tes pères avant toi », jamais il ne goûtera l'ivresse conquise des cimes.
Laisse-le donc chercher sa route, vaincre les difficultés, jouir de ses victoires sur tous les dangers qu'il traverse. A la descente, sois-en sûr, il aura, dans le geste, le regard, la voix, l'attitude, le signe de la liberté.
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Va donc, ô mon frère homme. A mesure ïiue tii t'élèves, ta joie monte avec toi et 8'enivre du péril. La pasûon, désir du som* met, te semble, quand tu te retournes vers les étapes dépassées, pareille à ces chemins qu'an suit dans les hauts vallons. On te les avait dits presque impossibles à vaincre. D'en bas, ils paraissaient à pic. Maintenant, tu les regardes avec dédain. On les vcHt plats d'où tu te tiens, tu n'aperçois plus la pente, ni les orties, ni les pierres tranchantes, ni l'herbe sèche où tu glissais. D'ici, tu contemples la foule refusant de les affronter. Les uns se sont soumis sans honte à ceux qui leur disaient :
« Crois-moi, ce sommet n'est pas accessible. » D'autres — et tu les aimes — ont cru le sommet accessible, et ils ont été vaincus. Toi seul sais qu'il s'éloigne à mesure que tu montes, et seul aussi tu sais que ce n'est pas dans sa possession qu'on goûte la volupté, mais dans l'espace qu'on respire en allant vers lui, la marche qu'on fait pour l'atteindre, l'effort que vous impose son approche et son désir.
Va donc vers le sommet, mon frère .Tes passions t'auront révélé ta nature spirituelle