CHAPITRE QUINZIÈME
Et cependant Bertin, estant en la nef, enuoia le bastard de Blesi et aucuns autres de ses allez au chastel de Rubicon et trouuèrôt le batel de Gadifer, lequel il auoit transmis pour quérir viures pour lui et pour ses compaignons qui estoient demeurez en Tisle de Louppes, côme dessus est dit. Les compaignons de Bertin, pensans du tout d'accomplir leurpropos, se tirèrent deuers aucuns gascons, qui estoiôt de leur alliance, lesquels, àl'aide les uns des autres, se saisirent du dit batel, et entrèrent dedans ; mais Remoûet de Leuedan couru là pour le rescourre. Là estoit le bastard de Blésy qui couru sus à Remoûet, Tespée en la main, et le cuida tuer. Si élargirent le batel bien auant en la mer, et les autres demeurèrent dehors, disans ainsi : u S'il y a tant hardi des gens de Gadifer de mettre la main au batel, nous les tuerons sans remède, car à qui qu'il poise ne a qui non, Bertin sera requeilli en la nef et toutes ses gens, ainsois que Gadifer ne ses gens siens mangeassent jamais. » Aucuns des gens de Gadifer, doubtans la mort de leur maistres, requéroient ainsi : « Beaux Seigneurs, vous sauez bien que Gadifer n'a deuers lui ne vin, ne pain, ne farine, ne eaue doulce, et si n'en puet point recouurer, se n'est par le batel. Non plaise
1. Texte de Jean V de Bétbenconrt. Chapitre xv. Édition normande, p. 24 et 25. Titre du chapitre: COment les compagnons de Bertin prindrent le batel que Gadifer avoit transmis pour vivres.
VOUS que nous laions pour lui transmettre aucunes vitailles pour lui et pour ses gens, ou autrement nous les tenons pour mors. » Euls responans: « Ne nous en parlez plus, car nous n'en ferons riens. » C'est à bref parler ainsois sera Berlin et toutes ses choses du tout retrait en la nef Tranchemar.
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