B) EXPLOITATION MINIÈRE. — TRAVAIL IDÉAL SANS QUITTER LA SUPERFICIE
Une fois le gisement reconnu d'une façon quelconque, il faut aller l'exploiter; et alors, dans la presque totalité des cas, sauf dans quelques-uns dont je vais parler d'abord pour n'avoir plus à y revenir, on ne peut réaliser cet idéal trop théorique d'un travail faisant venir le minerai à lui spontanément de la profondeur ; il faut à peu près toujours aller le chercher là où la nature l'a déposé et comme pouvaient le faire les mineurs d'il y a 2 ou 3.000 ans. avec un peu plus de facilité et de commodité seule ment.
Exploitation à distance. — Les substances que l'on sait attirer depuis leur gisement jusqu'au jour sans descendre sous terre sont encore entrés petit nombre. Il n'est pas absolument impossible d'imaginer, tout au moins en tant que roman à la Jules Verne, une certaine extension future de procédés semblables. Les essais, qui ont tout dernièrement réussi à appliquer un tel système dans les cas indiqués plus loin du soufre ou de l'asphalte, auraient, en effet, fort étonné les mineurs d'une génération précédente, comme nous pouvons être surpris d'une idée encore plus hardie qui paraîtra naturelle à nos descendants.
Eau salée, pétrole, acide borique. — Les premiers cas où l'on a appliqué la méthode dont il s'agit ici
formé par une baire de 1er autour de laqueUe on avait enroulé un fil conducteur et qui, descendu au fond du trou, a, quand le courant y fut lancé, attiré automatiquement l'objet cherché.
étaient très simples. On a commencé par aller chercher en forant des nappes d'eau artésiennes, que leur pression hydrostatique faisait alors jaillir à la surface. On a ensuite imaginé d'introduire, jusqu'à un gisement de sel gemme profond, de l'eau venant du jour, qui dissolvait le sel autour du sondage et que l'on remontait au jour pour en retirer le sel en l'évaporant. Le procédé est courant et se comprend de lui-môme. Il . en est ainsi à plus forte rafson pour les sondages où l'on va chercher profondément une substance déjà liquide, comme le pétrole ou l'acide borique, ce dernier exploité par sondages dans les soffioni de Toscane, soit que la substance jaillisse, soit qu'il faille la pomper. Là où la méthode commence à devenir plus étonnante, c'est lorsqu'elle consiste à aller, non pas dissoudre, mais liquéfier souterrainement une substance solide et fusible à assez basse température, comme le bitume ou le soufre.
Bitume et soufre. — On a ainsi exploité de l'asphalte dans rUtah, sur la rive ouest du grand lac salé, au sud de Promontory. En injectant de la vapeur dans les forages, le. bitume liquéfié remontait à la surface et donnait un débit de plusieurs barils par jour. Mais c'est dans le cas des soufres de Louisiane qu'a eu lieu l'application vraiment curieuse et en grand de cette méthode. Il y a là, à 150 ou 200 mètres de profondeur, un banc de minerai de soufre à 70 ou 80 7o) ayant près de 80 mètres d'épaisseur, que, depuis 1905, on est arrivé à exploiter par des sondages, dans lesquels on lance de la vapeur d'eau surchauffée à 168°, de manière à liquéfier le soufre (qui fond à 114^) et à le faire remonter fondu jusqu'au jour,
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OÙ il coule alors directement dans des réservoirs. La grande difficulté pratique a été l'énorme dépense de force, près de 2.400 chevaux par trou de sonde, qu'exige ce procédé, où il faut comprimer de la vapeur à 7,5 atmosphères de pression et la lancer à cette profondeur ; mais on a réussi après quelques tâtonnements et on voit maintenant des puits débiter jusqu'à 500 tonnés de soufre par jour. Le développement de cette industrie a été rapidement tel, qu'il a incité le gouvernement italien, pour sauver l'industrie concurrente de Sicile, à des mesures présentant un caractère quelque peu révolutionnaire dont j'aurai à reparler*.
Il est à remarquer que, si le soufre fond à 118**, certains minerais comme la chalcosine ou la stibine (sulfures de cuivre et d'antimoine), qui fondent à la flamme d'une bougie, pourraient, par extension, donner l'idée d'essayer une méthode semblable, si leurs gisements n'étaient pas d'ordinaire beaucoup trop irréguliers, trop minces et trop discontinus; de même, le cuivre natif du Lac Supérieur, etc.