ACTE VI, SCENE XIV
KARL
Cette lettre est à votre adresse, je ne puis donc que vous la remettre : mais un homme -qui n'aurait rien à se reprocher, un honnête homme la lirait tout haut, monsieur.
édouaiid , décachetant la lettre et lisant tout haut.
«Stevens, ce n'est pas vous.... (il baisse la voix) qui partirez le premier, mais moi qui partirai la première. Je vais vous attendre sur la route de Manheim. »
KARL
Eh bien , monsieur ! .
EDOUARD
Karl.... il y a des fatalités....
KARL
Cette lettre, monsieur ... cette lettre !
EDOUARD
Je ne la lirai pas.
karl , voulant la lui arracher des mains. Mais je la lirai, moi.
EDOUARD
Prenez garde , monsieur, c'est le secret d'une femme que je suis chargé de défendre.
KARL
Dites le vôtre. Cette lettre encore une fois, cette lettre!
(Edouard traverse lentement le théâtre. Après un moment d'hésitation il déchire la lettre.)
Ah ! c'est à mon tour, moi, qui vous dis, prenez garde, monsieur! en même temps que cette lettre, vous déchirez votre honneur.
EDOUARD
Monsieur!
KARL
Vous partez et la comtesse Sophie part en même temps que vous.... Vous prétendez que vous ignorez ce départ! Elle vous écrit en partant, et vous n'osez lire tout haut ce qu'elle vous écrit !. .. Vous croiriez-vous insulté , monsieur, si je vous disais que vous êtes un hypocrite?
EDOUARD
Karl! t
KARL. '
Je viens vous trouver comme on vient trouver un ami : je vcus ouvre mon cœur comme on fait à un frère. Vous vous taisez devant ces confidences.... etvous aimez la femme que j'aime! Vous acceptez la mission que je vous confie avec l'intention de me trahir, et vous me trahissez!.... Vous venez supplier mon père de me donner la main de la comtesse Sophie.... et vous l'enlevez pendant ce temps-là!... Vous croiriez-vous enfin insulté, monsieur, si avec mon mépris je vous jetais mon gant au visage? (// le lui jette.)
EDOUARD
Une épée, baron!... uneépée!...
KARL
Allons donc, monsieur.... allons donc! (// s'élance dans la chambre à gauche, Nebel et Meyer sortent précipitamment par le fond.)
EDOUARD
Ah ! c'était trop de souffrance, mon Dieu ! et vous me deviez un dédommagement. Il Ta compris, lui, qu'il fallait verser la dernière goutte au calice prêt à déborder, afin qu'avant de mourir le patient que depuis quatre ans vous tenez sur la roue pût s'en prendre à un homme et non à la destinée de tout ce qu'il a souffert. [Courant à Karl qui rentre avec des épées et en saisissant une.) Mais venez donc, baron, venez donc ! Oh ! c'est bien un combat sans grâce, sans miséricorde, un combat mortel, n'est-ce pas? (Embrassant son épée.) Oh! merci, arme de délivrance! merci, fer avec lequel on tue ou par lequel on est tué! Allons!