ACTE IV, SCÈNE I
MEYER
Que, selon toute' apparence, le ministre est enfermé avec le nouveau favori.
LE CONSEILLER
Encore !
MEYER
Monsieur le conseiller, il se trame quelque chose contre nous.
LE CONSEILLER
D'où te vient ce soupçon ?
MEYER
Hier, le secrétaire était, comme aujourd'hui, enfermé avec Son Excellence. J'allais et venais comme de coutume dans le cabinet, essayant d'attraper par-ci , par-là , quelques bribes de la conversation : le ministre m'a dit de sortir.
Eh bien !
MEYER
Monsieur le conseiller , il y a trente ans que je suis valet de chambre de M. de Warden, premier ministre de Sa Majesté le roi de Bavière ; j'ai vu dans le cabinet de mon maître des comtes, des princes, des nrchiducs d'Autriche ; voilà la première fois que l'on me dit de sortir.
LE CONSEILLER
Oh ! oh ! El de quoi parlait-on , Meyer? car tu dis avoir saisi pai-ci, p;ir-là, quelques bribes delà conversation, et je te connais, tu es a>sez intelligent pour avoir reconstruit la phrase entière.
MEYER
On parlait.... tenez c'est une honte , monsieur le conseiller, que l'on parle de pareilles choses sans vous consulter. On parlait de supprimer les jeux.
LE CONSEILLER
Ah ! oui, qui sont donnés à ton beau-père, et dans lesquels tuas un intérêt.
MEYER
Oh ! monsieur, un intérêt bien minime.... la moitié !
LE CONSEILLER
C'est grave cela, Meyer; c'est grave.
MEYER
Depuis que ce nouveau secrétaire, ce M. Stevens est ici, on n'entnnd plus que ces mots : économies à faire , progrès à encourager, abus a détruire. Monsieur le conseiller, si l'on détruit les abus, de quoi vivront les honnêtes gens?...
LE CONSEILLER
Meyer, vous venez dédire un mot bien profond.... Chut!!!
Soyez sans inquiétude, c'est le maître de chapelle; il est des nôtres.