‹ La ConscienceChapitre 84 sur 114 · ACTE V, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE VI

SOPHIE

Eh bien ?

Que m'importent ma vie, mon honneur, ma position, du moment où je vous perds?

SOPHIE

Du moment où vous me perdez? mais , vous êtes fou, Edouard.

Edouard, lui présentant un papier.

Lisez !

SOPHIE

Un projet de contrat de mariage entre moi et le comte deMeldensteim.

EDOUARD

Que le ministre m'a chargé de rédiger.

SOPHIE

Et vous lui obéirez?

EDOUARD

Je suis son secrétaire, c'est mon devoir.

SOPHIE

Vous avez raison, Edouard, et chacun fera le sien, rassurez-vous; jamais je ne serai la femme du comte de Meldensteim.

EDOUARD

Sophie! que dites-vous là?

SOPHIE

Ne vous ai-je pas avoué que je vous aime? ne vous ai-je pas promis d'être votre femme ? ne vous ai-je pas juré, si je ne pouvais tenir ce serment, de n'être, du moins, jamais à un autre?

EDOUARD

Mais votre père ? mais le comte?

SOPHIE

Le comte n'est pas mon père; je n'ai jamais connu mon père. Un jour, on m'a fait venir de France, le comte m'a embrassée, m'a conduite ici et m'a dit qu'à l'avenir je vivrais près de sa nièce; il m'a donné, comme à elle, un titre ; mais tous ces bienfaits, Edouard, n'engagent que mon cœur; ils n'engagent pas ma personne. Du jour que le comte me demandera le sacrifice de mes sentiments les plus chers, la rupture des engagements pris , je supplierai d'abord le comte de ne point faire, par une alliance sans amour, le malheur de ma vie , et , s'il ne veut pas me donner à celui à qui je me suis fiancée moi-même dans la religion de mon cœur , je lui redemanderai, pour le reste de mes jours, cet oubli dans lequel j'ai passé les quinze premières années de ma vie.

EDOUARD

Mais, s'il repousse votre prière , s'il exige que vous épousiez le comte?

SOPHIE

Alors, je dirai : Edouard Stevens , je suis votre fiancée devant

Dieu et devant les hommes ; je rends au comte le titre que je tiens de lui, je refuse la dot qu'il m'offre, je redeviens la jeune fille sans parents , sans fortune , sans appui ; quittons la Bavière et allons vivre dans quelque coin ignoré, riches de votre mérite et de notre amour.

EDOUARD

Sophie, vous feriez cela , sans hésitation , sans remords?

SOPHIE

Sans remords.

EDOUARD

Sans connaître celui auquel vous unissez votre destinée autrement que vous ne le connaissez?

SOPHIE

Edouard , un certain orgueil qui est en moi me dit que je ne saurais aimer un homme indigne de moi !

^ EDOUARD

Sophie !

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