‹ La ConscienceChapitre 93 sur 114 · LOUISE, LE MINISTRE · texte numérisé non relu

LOUISE, LE MINISTRE

le ministre , V embrassant au front.

Tu me fais demander audience, chère enfant ?

LOUISE

Non, mon oncle. Je désirais seulement savoir si vous n'aviez personne avec vous.

LE MINISTRE

Si je n'avais personne avec moi? Il y a donc derrière ces belles lèvres-là une confidence cachée qui demande à sortir?

LOUISE

Mon oncle, vous avez toujours été si bon, si indulgent pour moi, que vous le serez encore aujourd'hui, j'en suis sure.

LE MINISTRE

Indulgent ! Jamais, depuis que je t'ai reprise aux mains de ta mère mourante, de ma pauvre sœur, ma chère Louise, jamais tu n'as eu besoin de mon indulgence.

LOUISE

Oh ! mon bon oncle !

Voyons, où en est notre cœur? Si joyeux hier, pourquoi paraît-il si triste aujourd'hui ?

LOUISE

Ah! vous sentez donc que c'est ma tristesse qui m'amène près de vous?

\. Louise, le ministre.

LE MINISTRE

Y a-t-il besoin de le demander? Seulement je cherche vainement, la cause de cette tristesse. As-tu vu Karl?

LOUISE

Oui.

LE MINISTRE

Eh bien! que t'a t-il dit?

louise, retenant ses larmes.

Oh! il n'a nullement été question entre nous de vos projets; seulement, en causant, il m'a dit — ce qu'il savait déjà, lui — qu'il m'aimait comme on aime une sœur, et je me suis aperçue de ce que j'ignorais, c'est que je laimais comme on aime un frère.

LE MINISTRE

Toi!

LOUISE

Oh! pas autrement, mon oncle, je vous jure.

LE MINISTRE

Lève un peu sur moi tes beaux yeux, et regarde-moi, Louise. Tu aimes Karl comme on aime un frère, pauvre enfant!

LOUISE

Du moins , je ferai en sorte... j'y parviendrai... [Tombant à genoux.) Oh! mon oncle, je suis bien à plaindre... Karl aime une autre que moi.

LE MINISTRE

Une autre que toi? une autre que ma Louise? Oui quelque

amour de jeune homme.. . quelque caprice que l'on prend pour une passion quand le cœur est désœuvré.... quand on a vingt ans.... Mais un amour vrai , un amour qui résiste au tien, un sentiment qui puisse balancer le bonheur que tout homme aurait à te nommer sa femme, ma Louise !... Non , Karl ne l'a jamais éprouvé, ce sentiment.... non.... son cœur fût il plein d'une autre, un de tes regards suffirait à l'en chasser pour toujours.

LOUISE

Il en aime une autre ; et ce n'est point, comme vous dites, une fantaisie du moment, un caprice passager comme l'heure qui l'aurait vu naître. La femme qu il aime ne saurait inspirer qu'un amour profond et durable, et vous ne pouvez lui faire un crime de cet amour, .te ne puis m'en plaindre Est-ce sa faute si son cœur a parlé? Sais-je quand et comment j'ai aimé, moi? Et ce sentiment qui dormait au fond de mon âme, en soupçonnais-je la force avant d'avoir été si heureuse d'une espérance et "si malheureuse de la réalité?

LE MINISTRE

Mais cette femme, la connais-tu? Quelle est cette femme?

LOUISE

Cette femme est digne de vous; elle est digne de lui. C'est la comtesse Sophie!

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