LOUISE, LE MINISTRE
le ministre , V embrassant au front.
Tu me fais demander audience, chère enfant ?
LOUISE
Non, mon oncle. Je désirais seulement savoir si vous n'aviez personne avec vous.
LE MINISTRE
Si je n'avais personne avec moi? Il y a donc derrière ces belles lèvres-là une confidence cachée qui demande à sortir?
LOUISE
Mon oncle, vous avez toujours été si bon, si indulgent pour moi, que vous le serez encore aujourd'hui, j'en suis sure.
LE MINISTRE
Indulgent ! Jamais, depuis que je t'ai reprise aux mains de ta mère mourante, de ma pauvre sœur, ma chère Louise, jamais tu n'as eu besoin de mon indulgence.
LOUISE
Oh ! mon bon oncle !
Voyons, où en est notre cœur? Si joyeux hier, pourquoi paraît-il si triste aujourd'hui ?
LOUISE
Ah! vous sentez donc que c'est ma tristesse qui m'amène près de vous?
\. Louise, le ministre.
LE MINISTRE
Y a-t-il besoin de le demander? Seulement je cherche vainement, la cause de cette tristesse. As-tu vu Karl?
LOUISE
Oui.
LE MINISTRE
Eh bien! que t'a t-il dit?
louise, retenant ses larmes.
Oh! il n'a nullement été question entre nous de vos projets; seulement, en causant, il m'a dit — ce qu'il savait déjà, lui — qu'il m'aimait comme on aime une sœur, et je me suis aperçue de ce que j'ignorais, c'est que je laimais comme on aime un frère.
LE MINISTRE
Toi!
LOUISE
Oh! pas autrement, mon oncle, je vous jure.
LE MINISTRE
Lève un peu sur moi tes beaux yeux, et regarde-moi, Louise. Tu aimes Karl comme on aime un frère, pauvre enfant!
LOUISE
Du moins , je ferai en sorte... j'y parviendrai... [Tombant à genoux.) Oh! mon oncle, je suis bien à plaindre... Karl aime une autre que moi.
LE MINISTRE
Une autre que toi? une autre que ma Louise? Oui quelque
amour de jeune homme.. . quelque caprice que l'on prend pour une passion quand le cœur est désœuvré.... quand on a vingt ans.... Mais un amour vrai , un amour qui résiste au tien, un sentiment qui puisse balancer le bonheur que tout homme aurait à te nommer sa femme, ma Louise !... Non , Karl ne l'a jamais éprouvé, ce sentiment.... non.... son cœur fût il plein d'une autre, un de tes regards suffirait à l'en chasser pour toujours.
LOUISE
Il en aime une autre ; et ce n'est point, comme vous dites, une fantaisie du moment, un caprice passager comme l'heure qui l'aurait vu naître. La femme qu il aime ne saurait inspirer qu'un amour profond et durable, et vous ne pouvez lui faire un crime de cet amour, .te ne puis m'en plaindre Est-ce sa faute si son cœur a parlé? Sais-je quand et comment j'ai aimé, moi? Et ce sentiment qui dormait au fond de mon âme, en soupçonnais-je la force avant d'avoir été si heureuse d'une espérance et "si malheureuse de la réalité?
LE MINISTRE
Mais cette femme, la connais-tu? Quelle est cette femme?
LOUISE
Cette femme est digne de vous; elle est digne de lui. C'est la comtesse Sophie!