Le ministre, Edouard
LE MINISTRE
Et connaissant son refus de m'obéir, le mépris qu'il fait de mes plus chères espérances, vous n'avez pas jugé à propos de m'en informer, de m'iustruire de l'état de son cœur?
EDOUARD
Monseigneur, il est certains moments, certaines circonstances où l'on hésite à faire même ce que l'on (onsidère comme un devoir.
LE MINISTRE
Et croyez-vous, monsieur, qu'il m'eûtété plus pénible d'apprendre de votre bouche le refus de mon (ils, que d'en être instruit par cette enfant? Vous ne savez donc pas qu'elle l'aime, monsieur, et que la douleur qu'elle ressent aujourd'hui on aurait pu la lui épargner, si vous m'eussiez prévenu? J'aurais fait appeler mon fils, j'aurais anéanti d'un mut ses projets insensés. Mais peut-être avez-vous rêvé comme lui, pour lui un autre mariage!... Je vous dis , moi , que ce mariage ne se fera jamais , que je ne le veux pas, qu'il est impossible.
EDOUARD
Karl aime la comtesse Sophie, monseigneur.
Ne me dites pas cela.
EDOUARD
11 l'aime , et quand il m'a fait l'aveu de ses sentiments....
LE MINISTRE
Vous ne les avez point combattus?
EDOUARD
Je ne le pouvais pas, monseigneur.
LE MINISTRE
Vous ne le pouviez pas?
EDOUARD
Non ; car il m'a dit que le bonheur de sa vie était attaché à cette union.
LE MINISTRE
Et, dès lors, vaincu par cet aveu, vous avez gardé le si lence !
EDOUARD
J'ai fait plus, monseigneur; j'ai cédé à la voix d'un ami, à sa prière; je lui ai donné ma parole de l'aider, de le servir.
LE MINISTRE
Malheureux! mais savez-vous s'il n'y a pas un secret.... une raison terrible qui s'oppose au mariage de mon fils avec la comtesse Sophie, et d'ailleurs ne vous avais-je pas fait connaître mes desseins, ma volonté? Qui donc vous a dégagé des devoirs que votre position, sinon votre reconnaissance, vous impose? Avez-