JE N N'Y
Espère encore.
GEIiMAINE.
.le ne veux plus espérer. Il y a une sorte de jouissance à se sentir la victime d'une chose dont on n'est pas responsable... On se ; rattrape par l'org-ueil du désastre de sa vie. ,
JENNY. I
Comme tu es tendue, mon enfant. Cela te ■ ferait du bien de pleurer.
GERMAINE
Je n'ai pas une larme... Depuis hier, deux coups terribles m'ont frappée en plein cœur.. . Le premier quand on m'apprit... la vérité , le second, tout à riieure. quand on m'en ré-, vêla les conséquences... A ces deux moments, j'eus comme un grand vertige, mais l'énergie me revint avec cette idée : Tout cela n'est pas ma faute ! Qu'on me méprise soit ! Je ne
suis pas méprisable! Qu'on nie refuse par délicatesse, je ne suis pas indélicate! Qu'on niejug-e indigne d'épouser unhonnète homme, je ne me reconnais aucune indignité personnelle !
JENNY
Mon enfant, j'approuve que tu sois fière dans l'épreuve... mais je voudrais t'entendre parler autrement... Tu ne parles pas en femme... Germaine, sois vraiment forte, mais comme nous le sommes, nous autres, avec un fond de pitié et de tendresse... Sois innocente, mais simplement, sans orgueil et sans colère...
GERMAINE, regardant sa mère avec admiration.
Maman, je n'ai pas ton incomparable bonté.
JENNY
C'est-à-dire que ta bonté n'est pas encore
130 LA conscienckJdk l'enfant
née. Elle sortira un jour, quand tu auras vraiment souffert et vraiment aimé. Ma chérie, je comprends l'idée qui te hante, mais il faut la cliasscr! Je connais ton père et j'affirme qu'il n'est pas coupable!
GERMAINE, presque à voix basse.
Grand-père m'a raconté...
JENNY, vivement.
Il a été trompé, j'en suis sûre, par des calomniateurs !
GERMAINE, regardant fixement devant elle.
Hélas! il m'a dit des faits précis... des faits qui m'ont déchiré le cœur I Oh ! tu ne peux pas t'imaj^iner combien j'ai souffert 1 Moi I qui étais si hère du nom que je porte! Je sais maintenant que ce nom est maudit par des désespérés ! C'est avec des larmes que toutes ces belles choses ont été payées I Notre fortune n'est faite que de ruines !
Elle se cache la ligure dans les mains.
LA CONSCIENCE DE L'EiNFANT loi
JENNY
Oh ! non I non ! cela n'est pas ! Les ennemis de ton père sont habiles, mais ce qu'ils disent ne prouve rien ! je jure que ton père n'est pas l'homme qu'on t'a dit! Pour ma part, rien no pourra ébranler la confiance qu'il m'inspire! Notre seul devoir, dès qu'on l'attaque, est de nous grouper autour de lui et de le soutenir de notre affection f
GERMAINE
Oh! comme je voudrais te ressembler!
l'-omme je t'aime, toi!
Elle embrasse sa mère.
JENNY, tenant Germaine dans ses bras.
11 ne faut pas m'aimer seule...
GERMAINE
Peut-on répondre de ses sentiments?
JENNY
J'entends ton père (|iii vient... Tu vas l'embrasser !
GERMAINE
Non, non, pas en ce moment... Je ne me sens pas assez... assez bonne... Ce soir, demain... je tâcherai... Comme je t'aime!
toi!...
Elle einbrasie vivement sa mère et se sauve.