SCENE IX
CAUVELIN, MONTRE!, JENNY, MADAME CAUVELIN.
Montret et Oauvelin restent un moment seuls. Un grand silence. Jenny entre avec sa mère.
CAUVELIN, à sa femme.
Pourquoi viens-tu, ma chère?
MADAME CAUVELIN.
Je viens voir...
CAUVELIN.
Retourne chez toi. Il n'y a ici que des choses pénibles.
MADAME CAUVELIN.
Je ne donne pas ma part de douleur... Je veux être là...
Elle se met dans un fauteuil.
iiOG LA CONSCIENCE UE L'ENl-'AiNT
GAUVELIN, ù Montret.
Voici ma lillc, monsieur... Veuillez lui parler.
MONTRET, anxieux.
J'ai tenu à connaître directement ta résolution, Jenny. Dis-la hardiment : elle sera respectée. Mais réfléchis bien. Prends garde d'exprimer ta volonté et non celle d'un autre.
Je me joins à ton mari... Képonds avec ton sentiment.
JENNY> d'un accent profond.
Nous ne pouvons plus vivre ensemble...
MONTRET.
C'est bien. Je no crois pas que tu agisses librement, mais je ne veux pas discuter, et je m'incline.
JENNY
Espérais-tu donc une autre réponse?
MONTRET.
Oh! l'espoir et moi, nous sommes brouillés I II sera facile d'obtenir le divorce contre moi. Je promets de n'opposer à l'action judiciaire aucun moyen dilatoire et de faire en sorte que tu sois libre dans le plus bref délai.
JENNY
Je suis aise de voir que cette rupture te coûte peu...
MONTRET.
Ce qu'elle me coûte ne regarde que moi, car, maintenant, je suis seul !
GAUVELIN, ironique.
Il en coûte plus que tu ne crois à ton mari, ma chère!
20<S LA CONSCIEiNCE DE L'ENFANT
MONTKET.
Auriez-vous la pensée, monsieur, que je cède à vos menaces ? Je les méprise! Je me retire devant la seule volonté qui compte ici pour moi. Je me retire surtout pour ne pas être un obstacle à la destinée de Germaine.
JENNY
Le sentiment paternel n'est donc pas tout à, fait mort en toi ?
MONTRET.
Pourquoi aurait-il reçu la moindre atteinte ?
JENNY,' avec jalousie.
Parle franchement. Tes larmes d'hier n'avaient-elles pas d'autre cause que celle que tu m'as dite?
MONTRET, la regardant.
Ma faiblesse te surprend? Oui, je n'ai pu maîtriser ma douleur quand j'ai découvert
que mon enfant me hait et me méprise.
C'était la banqueroute suprême de ma vie, cela... c'était le dernier échelon descendu de mes déceptions et de mes angoisses. Je suis plus fort, aujourd'hui, (a cauveiin.) Avez-vous autre chose à me demander, monsieur?
11 reste à signer ce papier par lequel vous me déléguez vos pouvoirs paternels et promettez de ne jamais revoir Germaine, [même si le jugement de divorce vous accordait un droit de visite.]
MADAME GAUVELIN.
Ceci est-il indispensable ?
GAUVELIN.
Indispensable! Richard l'exige. Cet acte n'a pas de valeur légale, mais il vous engage à nos yeux et surtout aux yeux de l'enfant. Je garde en main, d'ailleurs, un
dossier assez armé pour que vous ne sdyez point tenté de l'oublier.]
MADAME CAUVELIN, arrêtant Montret qui va signer.
Vous ne pouvez pas signer cela !
Gauvelin fait un mouvement d'impatience.
MONTRET.
Pourquoi ne signerais-je pas? C'est convenu, (il signe, puis jette le papier sur la table, avec un énervement douloureux.) Tenez, monsieur! Voici ma fille... Adieu!
JENNY, agitée.
Où vas-tu aller? Que vas-tu faire?
MONTRET, fièrement.
Sois sans inquiétude! Demain, je quitte la France, pour n'y jamais revenir... Partout oii je serai, je saurai me faire ma place.
JENNY, d'un mouvement spontané.
Tu n'embrasserais pas Germaine, avant de partir?
MONTRET, revenant.
Je ne l'aurais pas demandé, mais... Je veux bien!
JENNY, s'élançant au dehors^ appelant.
Germaine I
GERMAINE, au dehors.
Maman !
[G AU VELIN, énervé.
Nous n'en finirons pas! ]
MADAME GAUVELIN.
Do la pitié, mon ami.