SCÈNE IV
TA VERNIER, l’interrompant.
Allons, c'est bien!. ..Il n’y a rien de nouveau au quartier?
LANDREMOL.
Y a rien de nouveau, mon supérieur.
TAVERNIER
Personne n’a manqué à l’appel ?
LANDREMOL.
Personne... ah !... seulement, il y a Berluron...
TAVERNIER, qni s’occnpo de sa toilette.
Berluron!... Eh bien... Qu’est-ce qu’il a fait?...
LANDREMOL.
Berluron... il s’a brindezingué...
TAVERNIER
Brindezingué!...
LANDREMOL.
Il élait pochard, Berluron... il ne pouvait pas se tenir sur scs jambes... Le lieutenant Dugosquet lui a dit: « Tu t’es brindezingué... Non, qu’il disait... Tu feras huit jours dans la salle de police... Non, qu’il disait... Il voulait pas... on l’a mis tout de même dans la salle de police... Moi, je me grise pas... je peux pas boire I quand je bois, ça fait mal... je peux pas boire.
TAVERNIER, mettant sa craT&to devant ta cheminée.
Eh bien, ne bois pas.
Je bois pas... inaisjo mange!...
TAVERNIER, riant.
Tête carrée, va!...
LANDREMOL.
Oui, mon supérieur.
TAVERNIER
Tu n’as pas de choucroûte à la cantine ?
LANDREMOL.
On soit pas le faire! mais je le mangerai bientôt, le choucroûte, dans mon village.
TAVERNIER, s’habillant.
Comment ça?
LANDREMOL.
J’ai mon congé illimité... dans quinze jours, je retourne chez mes parents... dans mon village...
TAVERNIER
Ah bahl
Geisbaeh près Phalsbourg... Vous connaissez pas, mon capitaine?
TAVERNIER
Non...
LANDREMOL.
C’est joli. Je reprendrai mon état... un bel état... Je suis en rapport avec le maire, avec la femme du maire, avec tous les gens distingués de l’endroit.
TAVERNIEB.
Qu’esUce que tu es donc ?
LANDREMOL.
Cordonnier 1
TAVERNIER, lai tirant l’oreille.
Ah! mon gaillard, tu as quelque amoureuse par là-bas, hein ?
LANDREMOL.
Des amoureuses! non, mon supérieur... J’ai pas d’amoureuses. ...On peut pas vivre tranquille avec les femmes.
TAVERNIEB, finissant sa toilette.
Allons donc, Tartuffe 1 tu n’as pas eu quelqu’ aventure... hé?...
LANDREMOL.
Jamais !
TAVERNIEB, passant ï ganche.
Cherche bien !
Il roule nne cigarette.
LANDREMOL.
' Ah! si... une fois... avec la grande Gretly... Elle disait toujours : « Landremol, mon petit Landremol, tu es genlil. » Moi je répondais pas. Pour lors, elle me donne rendez-vous à la’ fontaine, je vais au rendez-vous, je lui dis : quoi que c’est?... « Mon petit Landremol, qu’elle me dit, tu es bien genlil... » Et voilà qu’elle veut m’embrasser... je me défends, je lui donne un grand coup de poing sur la tête... Elle m’en rend un. ..je tape, elle tape, je-pioche, elle pioche,et voilà que nous tombons tous les deux dans la fontaine... c’était à crever de rire!... c’est égal avec les femmes, on peut pas vivre tranquille!...
TAVERNIER, riant.
Tu OS bien raison. (Allant écouter à la porte de sa femme.) Il me semble qu’elle pleure... Sapristi!... si par hasard, elle allait s’apercevoir de ma petite fugue... si elle se doutait de quel-