TAPER
+ Comme chante l'oiseau qui plane dans les cieux.
Belle déesse, viens répandre sur mon âme,
Un accord de ton luth pour calmer ma douleur. Je voudrais t’adorer par dessus toutes choses,
Je voudrais te chanter, comme un prêtre son Dieu,
Pour “ Françoise” RE LE POÈT:
Je t'invoque, ô ma Muse, et mon cœur te réclame, | | Comme un zéphir léger, comme un souffle enchanteur ; + À \ | |
Comme l'abeille d’or les parfums de ses roses,
O ! je souffre trop, viens, tout mon cœur te réclame | Ma Muse, où donc es-tu, défaillante est mon âme.
LA MUSE
Pauvre enfant, me voici pour chasser ta douleur, Me voici pour calmer cetie heure de souffrance.
Quel est donc le sujet qui fait saigner ton cœur ? Je puis le supposer, c’est une main de femme,
Ce sont elles toujours qui sèment les douleurs.
Par elles donc aussi tomberait ta vaillance,
Et ton sang amolli:se changerait en pleurs ?
Redresse ton orgueil, fais revivre en ton âme,
Les superbes efforts qui font les grands vainqueurs.
Mais pleure, si tu veux, ne suis-je pas la femme Qui peut te consolek? Conte moi donc ta peine, Conte moi longuement tes intimes douleurs,
Et malgré ta faiblesse et le mal qu’elle-entraîne,
Je te donnerai moï ma meilleure pitié,
LE POËÊTE
O ma Muse, mer:i de ta sainte amitié.
Puisque tu veux savoir, écoute mon martyre, Ce martyre cruel qui fait pleurer ma lyre.
Jamais tu n'as connu cet effrayant dégoû!,
Que mon cœur fatigué perçoit au fond de tout: Muse, tu ne sais pas ce que mon âme souffre, Elle va vers l’abtme, elle va droit au gouffre,
Je suis dans le désert, je marche sans repos, J'ai le cœur désoiffé, j'ai le cœur au tombeau.
Pourtant il fut des jours où vibrant de jeunesse, Je me sentais rempli d’une brûlante ivresse ,
Il fut des jours heureux où je sentais mon âme, Chanter comme un luth, sous les regards d'une femme, Il fut des jours heureux où j'avais mes vingt ans ; J'aimais et je croyais et tout plein d'espérance, Je-bravais l'avenir, ignorant ses tourments.
Cet avenir fut dur et bâti de souffrance,
Comme un soc dans la terre il laboura mon cœur, Et mon & eur tout saignant dut pleurer son bonheur, Son amour et sa foi, sa force et sa vaillance.
Et maintenant sans rêve, et maintenant sans vie, El se tord écrasé sous d’atraces malheurs,
Je bois ma coupe amère et sens mon agonie,
Je suis le Prométhée au Caucase enchaîné,
Mon Caucase est la vie et je.sens le vautour, Qui me ronge le cœur. J'ai perdu l'espérance, Mes vingt ans sont bien loin. — Désillusionné, Je traîne dans le monde une atroce souffrance. J'ai voulu tout goûter et tout est sans saveur, L'amour, cet idéal et ce consoliteur,
Ce guérisseur toujours n'est rie qu'une chimère, C'est l'éternel mensonge en un rêve trompeur, C'est là bouche qui dit ce qu’elle devrait taire,
C’est la bouche qui ment sans rien sentir au cœur. Je renonce à l'amour, çar l'amour est mensonge, .. Je veux vivre pour l'art, là seul est le bonheur, .
Je veux quitter la terre et.nager dans.le Songe, RER
Je veux goûter en toi l'oubli. de mon malheur.
Je serai ton vassal, Muse, toi seule est belle,
Toi seule est divine et toi seule. m'est fidèle.
LA MUSE DR
Pauvre enfant ! Je le sais, au sein du désespoir : On se tourne vers moi ; l’on. me dit : “ Je vous aime,” ‘ Je veux vivre pour vous.” Mais larsque vient le soir: On ne se souvient plus des verbes de la nuit,
Les promesses sans fin et les amours extrêmes Ont vécu pour jamais. Hélas, toujours tout fuit. C'est la commune loi de la nature humaine.
Pourtant qui me veut pour unique souveraine
A des bonheurs sans fin, qui seuls sont faits pour lui. Mais il ne les acquiert qu'après un long martyre.
Il est comme un vaisseau battu par la tempête
- Attendant vainement le calme du matin.
O poète, es-tu prêt à recevoir ma lyre, Veux tu livrer ton âme.au rire des humains ?
M Ss
— ef
Tes intimes bonheurs et tes douleurs secrètes: Seront broyés par tous sous des rires hautains.
Le poète est un fou, souvent l'a dit le monde,
Le poète est un fou, car son: rêve est: trop beau, :
Il veut jeter partout une clarté profonde,
Et son rêve se meurt aux porte: du tombeau.
Apprends-le mon enfant, éloignée est la gloire, . Car elle n’est qu’un leurre, un soleil sans rayons, Un mythe ténébreux, sans clarté, sans victoire,
Un flambeau qui s'éteint, une cloche sans son.
La souffrance au poète est la seule auréole, Il's’échauffe au grand rêve dont son cœur est hanté, Il veut chanter partout en divines piroles,
Et son âme s'énerve et son verbe s'éteint. :
Le poète est un fou, dans son âme enfantine, - Il croit aux rêves d’or, aux amours, aux beautés, Il sent vibrer en lui des cloches argentinés, ‘ Pour célébrer sans fin de mystiques clartés,
Et le monde se rit et puis le monde passe,
Sans jeter un regard au luth qu’il sent vibrer,
Le monde est trop petit et le monde se lasse, Quand il doit réfléchir et qu’il doit écouter.
Et pourtant, Ô mon fils, c’est un sceptre la lvre. C’est la couronne d’or immortelle des rois: ,
Roll
C'est la voix qui commande aux homines en délire C’est le phare éternel de la foule qui voit.
Es-tu prêt, ô mon fils, à devenir poète?
Es-tu prêt à règner comme règnent les rois ?
Mais à souffrir aussi ton âme est-elle prête,
‘Car la lyre est pesante et pareille à la: croix.
LE POÈTE
À genoux je reçois les verbes de ta lèvre,
Je veux souffrir pour toi les suprêmes douleurs,
Je veux mon âme en sang et tout en sang mon cœur, Car je t'aime, ma muse, en une folle fièvre,
Je veux*saigner pour toi des déluges de sang,
Je veux souffrir pour toi les plus larges supplices,
Et je dirai quand même un hymne triomphant
Pour te bénir, ma reine et mon inspiratrice.
LA MUSE
Pauvre enfant affolé, mon idéal amant,
‘Certes je t'aime aussi, moi, la belle déesse.
Ecoute ton destin dans toute sa détresse,
‘Tu sentiras pleurer ton cœur agonisant,
dleurer, pleurer encor ; pleurer, pleurer sans cesse,
Et tu seras tout seul, prêtre, vierge, martyr,
Et nul ne sera là, pour essuyer tes larmes,
Pour assécher tes pleurs par son chaste sourire, Pour pleurer avec toi quand tu devras souffrir. Enfant, n'accepte pas ces tourments de la lyre, Récuse, tu Île peux, ce don ‘qui fait frémir, Enfant, n'accepte pas ces peines, cés alarmes, Rejette de ton front mon rayon étoilé,
De ma main qui s'avance, Ô, détourne les lèvres, Sa saveur est néfasie ; elle fait isolé,
L'homme que Dieu créa pour sentir d’autres fièvres.
LE POÈTE
Muse, c'est à genoux que j'accepte ta main, C’est à genoux aussi que-ma lèvre s 'yY pose, En la baisant ; je vois l'aurore du matin,
Et mon cœur fatigué largement se repose.
LA MUSE
Mon poète, eh bien, va, demeure mon anant,
Je te donne pour tout d'immortelles lumières, “Traverse l’univers, chez les nains sois géant,
Marche comme les dieux au pays des chimèéres.
LE POÈTE
Ta main a mis en moi des {orces inconnues, Je me sens triomphant méconnaître la peur. 4 Je suis loin de la terre et vogue dans les nues, . f Et je me crois plus fort que toutes les douleurs. | Je te bénis, ma reine, et je le'dis sans cesse, l Je te bénis, déesse, et je le dis tout haut, HO 2 ": Muse, je te bénis dans toute mon ivresse, Hip ao
Car mon rève est rempli, ce vieux rêve si Detiu.… LA MUSE
Hélas, pauvie emporté, poète, atteint d’un mal Incurable et sans terme, enivré de souffrance, Brillant astre levant, toi matin auroral,
Pourquoi clamer si haut ton hymne de dut D | Pourquoi jeter à tous les secrets de ton cœur ? h Pourquoi prosiituer les trésors de ton âme? . Ph Pourquoi livrer à tous tes secrètes ardeurs,
Et le rêve idéal, plus aimé qu’une femme ? | Pourquoi? Pourquoi ?
LE POËIE
: Ma Muse, 6 soleil rayonnant.
O toi principe et fin, 6 port de mon rivage,
«, Poète, il faut donner,
Je briserai
Etoile dans ma nuit, éclat illumina
nt, ‘© flot où Va,tremper mon mollissant co Ma femme, mon aimée,
urage, ange de mon esprit, Je veux clamer à tous ta troublante présence,
Je veux clamer à,tous l'esclavage béni,
Je veux rendre jaloux d'avoir ta Préférence, Et veux garder pour moi cet idéal divin Qu'on atteint Près de toi, ma déesse et ma femme.
LA MYUSE
donner de tes deux mains Les rêves flamboyants qui germent dans
Il faut donner toujours, car donner est d À ton intelligence unis les malher.reux,
Partage ton esprit à tous ceux ay Donne, donne à chacun ; Il relève, il console,
ton âme.
ivin.
ant faim ;
le poète est un prêtre, aux pauvres i] fait fête,
Il donne des deux mains à tous les malheureux, Et les peuples courbés dévront le reconnaître,
L'acclamer et l'aimer En Son cours glorieux.
LE POÈTE
Eh bien, Muse, Pour toi, je donne mon génie,
le rêvé et pour le Partager, - . é 7 S
D EN es |
Je donnerai partout, je donnerai ma vie, (Femme, si c’est pour toi, qu' ‘importe l'abréger, ) A tous je jetterai mes plus sublimes rêves,
Je sèmerai partout, tout le sang de mon cœur, Et puisque c’est pour toi, je donnerai sans trêve, Ma joie et mes sanglots, mes rires et mes pleurs.
LA MUSE
Mon poète, eh bien vas, demeure mon amant, “Aime-mci,.chante-moi, moi, moi seule-et.sans cesse,
Je saurai te garder, car je suis la déesse,
Dont le cœur idéal, à l'amour tout puissant,
Fait goûter le bonheur dans l’immortelle ivresse.