‹ La conspiration de Cellamare; épisode de la RégenceChapitre 110 sur 121 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

travail l'ont présentée à nos yeux. Les historiens, privés des sources où ils pouvaient puiser la vérité, ou effrayés du nombre des pièces manuscrites en flivérses langues qu'il fallait consulter , ont glissé sur cet événement sans l'approfondir, comme

s'il était sans importance. Saint-sSimon lui-même , qui vivait dans l'intimité du régent, piqué du mystère dc(nt s'était entouré l'abbé Dubois, va jusqu'à jeter du doute sur l'exis*tence des documens les plus authentiques, tds que la lettre de Philippe V au roi de France, lettre qui existe, tout entière de la main de ce monarque ^ aux archives des affaires étrangères.. C'est d'ailleurs, le sort des conspirations d'apparaître immeur

ses quand elle» sont couronnées du succès, IL 18

a 74 CONCLUSION.

insensées et presque ridicules quand elles ne réussissent pas.

Si le régent eût été un prince vulgaire, il n*eùt tenu qu*à lui de donner à la conjuration de Cellamare une sanglante célébrité (i). Sous des dehors légers qui appartenaient au caractère du tems, sous l'appareil des plaisirs et des fêtes, une nouvelle ligue s'était formée pour rétablir en France la domination espagnole ; et c'était dans l'ombre et de longue main que la politique de FEscurial avait tendu le réseau

(i) « Il traita comme une intrigue ce que des hommes d*État moins humaius et moins habiles auraient puni •onraie une conspiration. »

(Lacretelle.)

cowcLUsiOK. 275

d'intrigues qui devait envelopper toute la France.

D'abord assise au chevet du lit . de Louis XI Y dont die épiait la mort, elle avait donné l'ordre à son ambassadeur de ^circonvenir les. dernières volontés de ce monarque, défaire fléchir les lois du royaume et d'arracher pour Philippe V la régence et la tutelle du jeune roi ; plus tard , décon- -certée par le courage du. duc d'Orléans, elle appela à son secours la guerre civile «t la guerre étrangère. Tandis qu'elle, cher- «chait à soulever l'Europe contre le cabinet du Palais-Royal, elle fomentait sourdement des troubles dans l'intérieur du pays , coudoyait les mécontens , excitait l'armée à la

révolte, les princes du sang à la trahison ^

276 COWCtMîOîT.

les partem^s à l'ouUi de leurs devoirs j enfiji parjure à tous ses sermens , elle rêvait ftudàdeufiieitieiit la couronne de France.

GerieS) jamâii» crime d'État ne fut mieu& t;àraetérisé : étendant tju'a £aiit le régent? Du haut dé sa péiisée, il a mesui^ la portée de ces coupables projets €ft les a divisés en deu^ parts, eefle qui ne concernait que sa pet*s6tii^> et celle qui iïitèressait l'État.

Comme duc d'Orléans^ 6on âme, dédain gneùsé du danger et avide de démence > ^rit ^Isisir à couvrir de son pardon et les ingrats qui avaient insulté làdËiement à sa gloire ) et les ii^t^sés qui avaient menacé sa puissance et sa vie.

€ommè régetA du ihoyaume ^ dépositaire de l'autorité rdj>fak et preiaier |;ardten ées

loi^ de l'Ëtat , de l'honneur du pays et des droits du jeune roi, il avait d'autres devoirs à remplir : il s'en est noblement acquitté.

Il a confié aux champs de batiiille le soin de venger les injures faites à la France ^ ^ la victoire a consacré la justice de sa cause* C'est que, malgré l'or et les caressqs de l'Espagne, il n'avait jamais pu croire que les soldats français seraient infidèles à kuril drapeaux, les par]e^)ens à leur dignité, la nation à sa haine pour l'étranger; il s'est souvenu qu'au tçms de la ligue , la France avait fui le joug espagnol pour se jeter dans le^ bras dlf^nri IV \ il n'a pas dput^ de l'honneur national, du dévouement de l'armée, de la probité des magistrats; et le peuple, touché de cette généreuse con-

2j8 coifCLUsioir.

fiance 9 Fen a récompensé par son amour et par son dévouement.

Si la cpnduite du duc d'Orléans, comme homme et comme prince, fut admirable dans ces graves circonstances , les résultats qu'elle entraîna furent d'un immease intérêt. Les prétentions de la maison d'Autriche au trône d'Espagne, celles du cabinet de Madrid aux possessions de l'empire en Italie^ menaçaient l'Europe d'une guerre nouvelle; le czar, jaloux de l'Angleterre, était impatient d'élever par une victoire la Russie au rang des grandes puissances ; l'inquiet Charles XII, dont Albéroni avait invoqué le courage, brûlait de promener ses armes aventureuses sur les bords du Danube et du Rhin , et Philippe V , couvrant de ses

CONCLUSION. a 79

flottes rOcéan et la Méditerranée , essayait de ressaisir par l'intrigue une couronne d'où l'avait exclu la foi des traités et des sermens. Là politique habile et puissante du régent triompha de tous ces obstacles.

Par son alliance avec l'Angleterre, il imposa aux puissances du ISprd; libre alors de se mesurer avec l'Espagne , il lui apprit qu'on ne se jouait pas impunément des renonciations , et qu'il y avait quelque danger à toucher à la couronne de France; il renferma Philippe V dans les Umites de ses droits et de ses États , le força à signer le traité de la quadruple alliance sur une base plus large, confirma ainsi les traités d'Utrecht et de Bade; et satisfait d'avoir rejeté dans l'impuissance d'un cloître le

i8o GoircLUsioiv.

prêtre turbulent qui voulait bouleverser le monde, il ne se réserva pour lui-même que la gloire de donner la paix à FEurope, et de faire grâce à ses ennemis.

Page 1