II. a
35 i PIÈCES JUSTIFICÀTITES. "^
f^nitf qu'il «Iloit du côte d'Orléaua voir une lerre qu il avoit dessein d acheter. Je crois qu il alla en Poitou e% en Anjou. Je ne me souviens pas qu'il in ait dit quil ait poussé jusqu'à la Bretagne; mais je sais parfaitement qu'il ne m a jamais dit qu il eût fait aucune mention du roi d'Espagne, ni qu'il eût révélé, à qui que ce soit, les liaisons que j'avois avec l'ambassadeur. S'il la fait, ça été de son propre mouvement, et il mè l'a entièrement caché.
Je ne sais dire autre chose de ce dernier voyage ) si ce n'est qu'il fut question de plusieurs réflexions critiques sur le gouvernement, qui, je crois, furent faites verbalement; car je crois me souvenir qu'il ma dit qu il n'y avoit porté aucun, écrit. J'ignore donc qu'il y ait eu aucun parti formé dans les provinces; mais j'ai su seulement qu'il y avoit de l'indisposition dans les
esprits*
A l'égard àe la Bretagne , je n'y ai eu de mat vie aucun commerce, et n'ai jamais vu que deux gentilshommes de cette province une seule et unique fois, et voici comment cela est arrivé. MM. de Bonamour et de Noya n, qui étoient çxités à Paris, me firent proposer de venir chez moi ; mais, craignant que cela ne tirât à conséquence, je les refusai. Ils me firent dire qu'ils
PIÈCES XUSTIFIGATIYBS. 355
me prioient au moins de trouyer boi) qu'ils me fissent la révérence dans les Tuileries, où ils aavoient que j'allois souvent me promener les soirs après souper. J'y consentis, et un soir, après que la compagnie, qui étoit à la promenade avec moi, se fut retirée, je restai dans le jardin , où j'attendis ces messieurs , qui me joignirent un moment après. Ils m'entretinrent fort des affaires de la Bretagne et de leur mécontentement du maréchal de Montesquiou; ils. me firent une proposition fort étrange, dont je leur fis voir le ridicule ; ils me demandèrent si je n'avois pas quelques liaisons avec l'Espagne; je leur dis que non , et leur cachai très-soîgneu-. sèment mon commerce avec l'ambassadeur, ce que l'on ne doit pas avoir de peine à croire, puisqu'il eût été de la dernière imprudence de dire à des gens que l'on n'a jamais vus, et que Pou ne connoit pas, des choses de cette conséquence. Je leur fis seulement beaucoup decomplimens , et' leur dis que je souhaitois fort que ia noblesse eût salis&ction dans les choses qu'elle désiroit. Ils me parurent même fort fâxîhés de ce que je ne leur proposois rien, et de ce que je ne leur ouvrois aucun avis. .Voilà la pure vérité sur cette visite , qui a été la seule Ibis que j'aie vu ces messieurs.
356 FISCES JUSTIFICATITBS.
Il m'est .revenu que M. Duglesquier, le troisième des gentilshommes exilés à Paris avec MM. de Noyan et de Bonamour, avoit dit en Bretagne qu'il m'avoit vue en particulier à Bercy^ dans le jardin de madame la duchesse de Rohan, et que je lui aTois promis beaucoup d'argent et de pierreries pour entretenir là révolte de Bretagne. C'est la plus noire des calomnies, et je demande en grâce à M. le Régent d'approfon* dir le fait ; et s'il se trouve vrai que j'aie eu aucune conversation particulière avec lui , en quelque endroit que ce puisse être , et que je lui aie fait les moindres offres , je consens qu'on me tasse les punitions les plus sévères. Voici la manière dont j'ai vu M. Duglesquier. J*allai souj>er à Bercy y chez madame la duchesse de Rohani avec plusieurs personnes dont je donnerai la liste si Ton veut ; comme je traversois la galerie avec toute la compagnie pour monter en carrosse, M. et madame de Rohan étant à mes cotés , je vis entrer un homme que je ne connoissois pas. Madame de Rohan me dit : « C'est M. Duglesquier, gentilhomme breton, qui m*a demandé en grâce de vous faire la révérence un moment. Je n'ai pas voulu qu'il assistât au sou* per que je viens de vous donner. Je lui ai seulement permis de se présenter à vous, lorsque
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VOUS monteriez en carrosse, comptant que cela n*étoit d'aucune conséquence. » Je fis la rérérence de loin à M. Duglesquier, qui n'approcha pas de moi. Je lui fis un très-léger compliment , et continuai ma marche avec la compagnie et montai dans mon carrosse. Voila le seul instant que M. Duglesquier a paru devant moi , et si quelqu'une des personnes qui étoient avec moi à Bercy peut dire que j'aie parlé un seul instant en particulier à cet homme , que j'aie disparu un seul moment, je consens , comme je l'ai dit, que M. le duc d'Orléans ne me fasse ja<mais de grâce.
Je savois que cet homme avoit la tète trèslégère, et c'étoit la raison pour laquelle il n'accompagna pas MM. de Noyan et de Bonamour dans la visite qu'ils me rendirent dans le jardin des Tuileries , parce que nous ne voulions pas , ni eux ni moi, qu'on sût qu'ils m'avoient vue, à cause qu ib étoient fort suspects. Je n'ai jamais offert ni donné d'argent à qui que ce soit au monde , si ce n'est au baron de Walef , à qui j'envoyai, comme je l'ai dit, environ deui( mille livres , que j'eus une peine infinie à ramasser. J'en fournirai la preuve fiicilement eh faisant voir les mémoires de toutes mes dépenses. Et coipment aurois-je pu donner de mes pierreries ,
358 PIBGES JUSTIFICATIVES.
«ans que M. Dubois s en aperçût et plusieurs autres personnes qui en savent le compte ! Quelques diamans n'auroient pas suffi pour la ré^ Yolte d une province* Il les auroit fallu tous don*ner, et ce n auroit pas été méilie un secours suffisant pour une telle entreprise. Enfin, je le répète, je n'ai jamais ni donné ni offert d*ar» gent ni pierreries à qui que ce soit sans ex* ception.
Tout ce que j'ai su de la Bretagne sur l'affaire d'Espagne, le voici. M. de Laval me dit un jour ' qu'il lui étpit revenu que plusieurs gentilshommes bretons , dans le tems des niouvemens de la province , avoient envoyé en Espagne offrir leurs services au roi, et lui faire des plaintes de ce qui se passoit à leur égard. M. de Laval ne me dit ' pas comment il l'avoit su. Il m'en parla copnpie d'une chose qu'il avoit apprise par hasard. J'avoue que je n'en crus pas un mot.
Ce qu'il y a de bien certain , c'est que cela n'avoit pas le moindre rapport avec les démarches que j'avois faites, que je ne voulois pas absolument que Ton confiât à personne. On peut donc être sûr que l'affaire de Bretagne est absolument indépendante des choses dont je me suis mêlée, à moins que les personnes qui étoient dans ma confidence n'en aient abusé à mon insu , ce que
je ne crois pas. M. le duc d'Orléans peut être assuré que je lui avouerois cette affaire comme lés autres, si j*y avois la moindre part (i).
Voilà, dans la pure vérité, tout ce que jai fait et tout ce que ]^i su de la malheureuse affaire d'Espagne. Si quelques circonstances étoient échappées à ma mémoire , je supplie M. le duc d'Orléans qu'on me remette sur les voies, afin que je puisse me les rappeler pour lui en donner l'éclaircissement, que je lui ferai avec la même sincérité que je vien5 de faire ce détail; à l'égard de tout ce que je viens de citer, ce sont des faits certains qui sont très«présens à ma mémoire. Si quelqu'un en contredit la moindre circonstance, je supplie M. le duc d'Orléans de vouloir bien m'admettre à lui donner des preuves certaines de tout ce que je viens de lui avancer. 11 verra quelle est ma sincérité et le désir
(i) «On prut juger par ces détails avec quelle légèreté Duclos reproche à la duchesse du Maifiç d'avoir conduit à Téchafaud les quatre Bretons qui furent exécutés à Nantes. Non-seulement la déclaration de madame du Maine est insignifiante, non-seulement elle ne dénomme aucun des quatre gentilshommes qui furent punis de mort, mais encore elle est postérieure de trois mois à l'emprisonnement de ce» che£s de révolte et à rétablissement de la chambre royale à Nantes. L'injustice de Duclos et de ses copistes sera encore plus avérée quand on consultera les troubles de Bretagne. » (Histoire de la Régence).
36o PIÈCES JUSTIFICATITES.
ardent que j'ai dé réparer tous mes torts et de rentrer dans ses bonnes grâces.
Je dois une justification authentique à M. le duc du Maine , et qui me tient infiniment plus à coeur que ma liberté et que ma propre vie ; c'est qu'il n'a jamais su le moindre mot de tou* tes ces intrigues, que je me suis cachée de lui plus que de personne au monde , que je lui ai tpujours dit que mon commerce avec M. de Laval n'avoit été fondé que sur les affaires qui regardoient son rang, et que nous nous contentions, lui et moi, de parler des affaires du tems sans qu'il fàt question d'aucune cabale. Je lui ai dit la même chose sur M« de Pompadour, et lorsque M. du Maine entroit dans ma chambre dans le tems que je parlois avec ces messieurs de ces sortes d'affaires , nous changions de discours. J'avoue que j'ai dit témérairement à l'ambassadeur d'Espagne que le roi son maître pouvoit être assuré de M. du Maine ; mais je déclare que je l'ai dit de moi-même, et sans qu'il m'en ait jamais parlé. Je dois même dire que M. du Maine m'a défendu plusieurs fois de voir MM. de Pompadour et de Laval, par la crainte qu'il avoit qu'il ne m'embarquassent dans quelques intrigueSi Je supplie donc M. le duc d'Orléans, avec les plus fortes instances, de lui rendre sa liberté
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sur le témoignage que je lui rends de son entière innocence.
Je n*auroi9 pas attendu si tard à rendre à M. du Maine la justice qui lui est due, si je n'ayois eu à accuser que moi seule. }*ai donc été obligée d'attendre que je . trouvasse un moyen de faire savoir à M. le Régent le désir que j'avois de me confesser ehtièreiiient à lui, pour lui marquer mon véritable repentir, sous la condition qu il auroit la bonté de me donner parole qu'il pardonneroit à tous ceux qui avoient eu le malheur d'entrer dans cette afifaire , ce qu'il m'a fait la grâce de m'accorder, en me' faisant porter cette parole par M. de La Billarderie, me promettant en même tems de me remettre à Sceaux pomme j'y étois après le lit de justice , et de me rendre ses bonnes grâces, que je dé* sire mille fois plus que ma liberté.
Je n'ai pas cru devoir mêler dans des faits aussi graves que cevtt dont je viens de parler, un article très-peu important qui regarde un de mes valets de chambre, nommé Davranches.
Dans le tems de l'affaire des princes légitimés , je lus, dans un lardon de Hollande , un article qui disoit que l'on alloit incessamment juger cette afXnire. J'écrivis deux lignes qui contenoient à peu près ce qui suit : « On ne dqute pas que
36â FIBCBS JUSTIPICATIVBS.
<9 Ton ne resToie 1 afFaire des princes I^itimés « à la majorité du roi , et on est persuadé qu'oâ K ne la jugera pas à cause des conséquences. »
Je donnai à mon valet de chambre ces deux ou trois lignes d'écriture et lui ordonnai d aller en Hollande, et de tâcher de les faire imprimer dans tine des gazettes. Il les donna à madame Dunoyer,^ qui les inséra dans le lardon appelé la Quintes^ sence (i). Il est aisé de le savoir d'elle. Je crois même qu'il ne seroit pas difficile de retrouver ce lardon à Paris. Je jure que le voyage de mon domestique n'a eu aucun autre motif. On peut le savoir de lui-même. Pour ne rien omettre, je He puis m'empécher de faire un récit très-long et «rèsoennuyeux sur l'abbé de Yérac. Outre que JH. le Régent sait que c'es^un fripon^ ^*ai conté plusieurs fois à madame la princesse, en détail > tous les efforu que cet homme a faits pour s'in* «tioduire chez moi, y envoyant une madame Dupuy pour' m^en faire la proposition , et me faisant offrir par elle de travailler à tels ouvrages que je voudrois. Je n'ai jamais douté que ce ne
(i) Madame Fetit-Dunoyer, calviniste réfngiée en Hollande, y tenait bureau de nouvelks et de calomnies. Elle ieooi|velait le rôle que Pierre Antin avait joué au seizième siècle. Le roi George ne venait jamais sur le continent sans la voir, et plusieurs souverains pensionnaieni sa plume satirique.
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fût un panneau que mes ennemis m'avoient ten» du 9 et loin d*y donner , j ai refusé net de yoir l'abbé de Vérac^ et lui ai fait dire que je n avois pas besoin de sa plume , ne faisant composer aucun ouvrage* Cette même femme y après le lit de justice , trouvant un de mes gens dans la rue > lui dit que labbé de Yérac s'en alloit incessamment en Espagne , que si je voulois lui donner des commissions y il les exécuteroit fidèlement. Je fis fort gronder ce laquais de s'être chargé d'une pareille commission. J'en donnerai la preuve à M. le Régent quand il voudra. A l'égard du valet de chambre que j'envoyai chez lui, voici le fait : Un certain abbé , appelé Lecamus , qui m'avoit apporté quelques remarques qu'il avoit Élites sur }es affairesi des princes légitimés , et qui par là s'étoit introduit chez moi , me vint avertir que l'abbé de Yérac étoit l'auteur d'un certain petit libelle, qui courut dans le tems de TafÊiire des princes légitimés, par lequel on disoit qu'il n'appartenoit qu'aux Etats-Généraux de la. décider. Je savois que Ion disoit que cet ouvrage avoit été fait chez moi | ce qui me donna envie de tâcher d'en avoir l'original de l'abbé de Vérac. Je chargeai ce même abbé Lecamus de faire ce qu'il pourroit pour me le faire donner ; mon dessein étant de le porter à M. le Régent poui^
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ma justification. L*abbé de Vérac, ayant envie de s'introduire chez moi, me fit promettre pendant long-tems, par la dame Dupuy, qu'il medonneroit cet ouvrage. Enfin , voyant que je ne pouvois le tirer de lui , j'envoyai un valet de chambre , nommé Davranches, qui prit un nom emprunté, dont je ne me souviens pas, et qui fit semblant d'avoir une généalogie à lui faire composer, afin de tâcher par la suite de lui attraper ce libeUe. Mais comme l'abbé de Vérac eut de la défiance de cette première visite , j'abandonnai ce projet, qui ne me parut pas fort important. Cependant j'ai su que ce fripon àvoit dit que j'avois voulu l'employer à beaucoup de choses , et principalement que j'avois voulu l'employer à fiiire un ouvrage contre le gouvernement dans le dessein de l'imputer à M. le Duc. Je me flatte qu'on ne me croit pas capable d'une action aussi basse et aussi indigne. Pour peu que l'on eût de soupçons, je demanderois en grâce que l'on confrontât l'abbé de Vérac, la dame Dupuy, l'abbé Lecamus^ mon valet de chambre et mademoiselle Delaunay , à qui madame Dupuy a souvent parlé , et je ne dédaignerai pas d'être moimême confrontée plutôt que de laisser le moindre soupçon d'unechose aussi affreuse. Cette madame Dupuy, qui a voulu me parler deux ou trois
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ibis de la part de Tabbé de Yérac, en noie près* sant de lui donner entrée chez moi, me dit de sa part que M. le Duc faisolt faire plusieurs ou* vrages , et qu'il alloit faire beaucoup de choses contre nous. Je lui dis' que , pour me prouver ce qu elle m avançoit de la part de Tabbé de Yérac, il falloit que je visse les écrits quHl pretendoit que M. le Duc faisoit faire contre nous; qu'à moins de cela, il n'auroit pas l'entrée chez moi ; et jamais , en effet , je ne l'ai voulu voir. La veille que je fus arrêtée, madame Dupuy, à qui j'avois défendu plusieurs fois d'entrer dans ma maison, ne laissa pas que d y venir , et ne voulut jamais s*en aller qu'elle ne m'eût parlé. Je la fis entrer un moment. Elle me dit que l'abbé de Vérac me mandoit que j'allois être arrêtée, et M. du Maine aussi; qu'il y avoit plusieurs gardes-du*corps et plusieurs mousquetaires de commandés, et que, si je voulois voir l'abbé de Vérac , il me diroit plusieurs autres particularités. Quoique je n'eusse pas de peine à croire cet avis , qui me venoit de plusieurs autres endroits , je pensai néanmoins qu'il ne m'étoit donné qu'à mauvaise intention de la part de l'abbé de Vérac , et je ne voulus pas le voir. Dès la première démarche qu'il a faite pour s'introduire chez moi , j'en ai rendu compte à madame la Princesse, comme je l'ai dit, et l'ai
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ennuyée plusieurs fois de ces récits, que j^ai prié M« du Maine de faire de son côté à madame la duchesse d'Orléans, afin que l'abbé de Yérac, que je connois pour un fripon , ne me fît aucune affaire par des récits remplis de mensonges et de calomnies.
A l'égard de Fabbé Lecamùs, je n'ai jamais reconnu qu'il f&t un fripon. Il a feuilleté quan«* tité délivres d'histoires, dont il m'a donné des extraits pour l'affaire des princes légitimés. Voilà tout le commerce qu'il y a eu entre nous.
^Je certifie avoir dicté ce Mémoire à M. de La Billardene^ qui contient la pure vérité {i). »
LOUISS-BÉNÉDIGTE DE 'BOURBON.
(i) Ces derniers mots sont écrits de la main de la duchesse.
^■•.-Mt