HÉRAULT DE SÉCHELLES ÉTAIT-IL DANTONISTE
Hérault de Séchelles était l'ornement du parti dantoniste.
(A. AvLAAD. Les Orateurs de ta Révolution.
La Législalwe et la Convention, nouvelle édition revue et corrigée, 1907, t. II, p. 567)-
Suffit-il pour qu'un homme soit rangé dans le parti dantoniste qu'il ait monté à Téchafaud avec Danton, qu'il ait été jugé dans la même fournée que la faction de Fabred'Eglantine? Si oui, Hérault de Séchelles est dantoniste.
Mais, si le mot dantoniste a une signification politique, si être dantoniste dans cet hiver de 1793-94, c'était prendre parti contre les hébertistes, les dénoncer sans relâche comme des désorganisateurs, des a^filisseurs de la Convention (nous dirions aujourd'hui des anti-parlementaires),
I . Cet article a été publié dans les Annales révolutionnaires de juillet-septembre 1 9 1 4 •
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si être dantoniste, c'était se ranger du côté de Bourdon de l*Oise et de Philîppeaux contre Bouchotte et les bureaux de la guerre et les généraux Sans-Culottes qu'on rendait responsables des défaites de la Vendée ; si être dantoniste, c'était déplorer le sang versé par la Terreur, réclamer avec le Vieux Cor délier un comité de clémence, l'élargissement des suspects, la fin des mesures d'exception ; si être dantoniste enfin, c'était attaquer les Vincent, les Mazuel, les Ronsin, les Proli, les Dubuisson, les Peréira,les Desfieux, les Maillard, tous les hommes d'action des clubs, tous ceux qui avaient fait les grandes journées, les représenter comme des « agents de l'étranger » et les faire incarcérer comme tels en vertu de la loi des suspects, alors, à coup sûr, Hérault de Séchelles n'était pas dantoniste. Il l'était si peu qu'il périra des accusations portées contre lui par le chef même de la faction, je veux dire par Fabre d'Eglantine, qui s'assoiera pourtant à côté de lui sur le même banc au tribunal révolutionnaire.
Si être dantoniste, c'est aimer la bonne chère et les femmes, jouir de la vie en épicurien, subordonner ses convictions à ses intérêts, s'adapter et s'apaiser avec souplesse, peut-être le bel Hérault, l'Alcibiade de la Montagne, l'ami de la Sainte- Amaranthe et de la Morency, d'Adèle de Bellegarde et de tant d'autres moins célèbres, l'ancien protégé de la Polignac et delà reine, peut-il être classé dans la catégorie des politiciens sans
convictions. Il s'enrôle sous la bannière populaire en 89, mais parce qu'il croit qu'elle le mènera à la victoire. Après la fusillade du Champ de Mars, il s'inscrit aux Feuillants. C'est comme Feuillant qu'il est élu à la Législative. Mais il ne tarde pas à comprendre qu'il fait fausse route, il rallie les jacobins bien vite et s'inscrit parmi les plus ardents. Oui, il se peut que dans ses évolutions successives Hérault se soit plus inspiré de ses intérêts et des circonstances que des principes. Par là je conviens qu'on peut le rapprocher de Danton.
Etait-il l'ami de Danton ? Aucun document digne de foi ne permet de le croire. Entre le clerc de basoche devenu le gendre du limonadier de la rue de l'Ecole et l'avocat général au Parlement, propriétaire du château d'Epônes, reçu à la cour, un lion du jour, la distance était énorme avant 1789 et rien ne dit qu'elle fut jamais comblée. Le dernier biographe d'Hérault émet l'opinion qu'ils ont pu se connaître à la loge des Neuf sœurs*, simple hypothèse qu'aucun texte ne confirme et que M. Dard ne présente d'ailleurs que comme telle. Il est infiniment probable au contraire que Danton et Hérault ne se connurent que très tard : « lisse lièrent sans doute, dit le même biographe, aux Jacobins sous la Législative, sûrement après le 10 août et dans les premiers mois de la Conven-