INTRODUCTION
Avant de donner à la France et au monde le grand conquérant et le grand organisateur que fut Napoléon, la Corse, peu d’années auparavant, avait produit un héros national, dont la gloire, plus personnelle, pour ainsi dire, et moins mondiale se confondit, avec celle du pays qui lui avait donné le jour.
On connaît beaucoup Pascal Paoli, comme le chef des patriotes corses qui au milieu du xvir siècle chassèrent après une lutte ardente et continue, les Génois, leurs maîtres, de l’antique terre de Cyrnos. On se le représente volontiers comme un de ces montagnards pleins d'énergie et de courage qui, animés par le souffle guerrier de l'indépendance nationale ont si souvent, au cours de l’histoire, rallié autour d’eux leurs compagnons d’esclavage, pour se dresser contre les maîtres ou les envahisseurs, et ont dans un élan de fierté et de dévouement patriotiques libéré leur pays du joug de l’étranger. Mais on sait beaucoup moins
que Paoli fut plus un législateur et un homme d'Etat
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qu'un guerrier et un général. Bien peu probablement se doutent qu’il a été pendant quatorze ans le chef d’une petite République, jalousée par quelques-uns, admirée par tous, parce qu'elle était quarante ans avant notre Grande Révolution, un modèle vivant et ressemblant de l'idéal vers lequel se tournaient les regards des novateurs les plus hardis. Il introduisit chez les bergers, les montagnards et les paysans corses, dont les sentiments d'égalité et de justice politiques étaient, il est vrai, plus développés peut-être que partout ailleurs, mais qui n'avaient encore subi aucun apprentissage de la vie publique, des institutions au libéralisme desquelles maintenant même, à cent cinquante ans de distance, ne sont point parvenus la plupart des Etats de l’Europe.
Nous nous proposons d'étudier ici la forme de Gouvernement que Paoli donna à la Corse et lui conserva de 1755 à 1769. Après avoir exposé dans des préliminaires un aperçu de l’histoire de la Corse, afin de mettre le lecteur mieux à même de comprendre l’esprit général des citoyens auxquels notre héros s’adressait, nous envisagerons successivement dans la constitution du généralat de Paoli, les trois Pouvoirs dont on reconnaît d'ordinaire la manisfestation dans les études de droit constitutionnel. Il ressortira de notre étude, nous l’espérons du moins, l'impression et même la conviction pour tous ceux qui nous feront
l'honneur de nous lire, que Pascal Paoli doit être
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compté parmi ceux qui se sont le plus efforcés de donner au Peuple la liberté dans l'Ordre public, et qui, par conséquent, ont le plus contribué à la marche en avant de la civilisation.
Heureux, si nous aurons contribué, ne serait-ce que pour une faible part, à la glorification de la Corse,
notre petite patrie bien-aimée.
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