LES DYADKS ET TRIADES MYTHIQUES
A l'époque1 de Thaïes, six siècles avanl noire ère, le monde antique tout entier était arrivé au concept d'une matière ou substance primordiale <lu monde, au sein de laquelle tous les êtres s'étaient organisés. Cette matière première universelle était l'élément liquide», les grandes eaux primitives, fécondées par un principe actif.
Tel est le rôle de ces grandes dyades divines qu'on trouve au sommet de tous les panthéons antiques, chez les nations où des sacerdoces, puissamment constitués, avaient développé, sous formes de mythes symboliques, leurs premières spéculations sur l'ordre cosmique.
Ces dyades qui, à l'origine, n'avaient été que la divinisation du couple céleste, soleil et lune, en vinrent à symboliser les deux principes générateurs du monde: le principe mâle actif: ciel, air, éther, feu céleste ou terrestre: le principe passif : eau, t'Trc ou nature.
En somme, c'était toujours la matière s'organisant ellemême en vertu de ses activités propres.
En Egypte, c'était la vieille Isis, d'abord lune, puis terre ou matière, dans la dyade cosmique, qui, dans les grandes triades de Mempbis, de Thèbes ou de Sais, devenait Non, N'ont ou Albor, les grandes eaux primitives au sein desquelles flottaient les germes des choses.
2 INTKOIM CTION
(/est le même1 concept qu'on retrouve en Chalelée sous les noms d'Anaïlis ed parfois sous les formes masculines d'Anou et de Xoali.
Dans l'Inele védique c'est Prakriti ou Maïa; en Lycie et dans le* sanctuaire de Samolhrac-c c'est K\>ZUr, Cvhèle1); à Eleusis Ar.ayiry.p Gérés* ; à Sparte, comme» dans les îles de Cypre et do Cythère, c'est ko^Ji-rr, l' Vénus'., qu'on retrouve on Phénicie sous le nom d'Aslarlé; à Ephoso, à Délns, c'est kçrvxii i Diane1 s ieie»nliquc à «totér, iPluehé;; à Argos fi?a -Junon) et dans le Latium Dijana Diane; ou Ê*arY, la Iriplo Hécate, qui régnait à la fois au ciel, sur la terre et dans les enfers.
Sous des noms divers, c'était partout la grande, la honni* déesse, la mère des dieux et des hommes, la farouche divinité» des mystères. On la suit dans les panthéons harhares du nord sous les noms, à peine altérés, de Hertha '.'analogue de iip*, dlsis et d'Aiicmis'1, ou dcFrigga analogue d'Àv^irr,, de Vénus).
Partout, aussi, à coté delà déesse mère, de la grande1 femelle primordiale1, à la fois ou successivement lune, terre, nature et matière, se retrouvait le principe mâle, actif et fécondant, soleil, ciel, feu terrestre ou céleste, air ou éther impondérable* et fulgurant.
En Egypte, c'était le vieil Osiris, d'ahord dieu solaire, dont oûsxvs'; Uranus chez les Grecs, Varouna ouDvauschezles Arvas védiques, sont des formes peu altérées. Sur l'Euphrale, c'était Ea ou Bel ; en Lvcie Arw Atvs ; en Cilicio, en Svrie Â^«viç (Adonis ou Adonaï, le Seigneur .-, en Phénicie ChamosouMoloch, qui dans la trinité incmphite devenait Phlah, type du grec ilvatro; (Vulcain), qu'on retrouve» élans les panthéons du nonl sous les formes eh1 Thor, Thedh, Teul, Tuislon e>u Tentâtes. Devenu femelle chez les Etrusques sous le nom ele Vesla, il est en ou Ire le lvpc ele1 VP.ua; d'Hésiode, devenu méconnaissable chez le petit Gupielo eh*s Latins, Ceux-ci, à coté de leur Dijana, elée'sse1 à la fois céleste et chthemicimc, avaient le niàloDijaiius, soleil, mesureur Aos jours e't du lemp>, ed <pii regardait à la fois le» passé ed l'avenir, ('/était à la fois Jovis ed Véjovis. Comme le1! il était analogue aux deux Harmachis d'Egypte, soleil levant ed sede'il couchant, aux doux jumeaux céh'sles de Sparte», Caste)]* ed Polluw ed aux cahiresde Sauiolhracc.
Le Diespiter anliepie, père1 des jours, devenu plus tard Jupiter ed identifié au z»6;-Atc; eh's Grecs, devenu lui-même fils ele»
INTRODUCTION H
Kf&'vo; et polit-fils <l'o6favo';, se substitua à ceux-ci comme chef du Panthéon olympien dans le culte national «les Hellènes.
Mais primitivement, Argos, à coté <tc ftp*, avait ft?*x/f,;. Sparte, à coté de Àçpc&Tr., avait À?r,;. Àp7s;i'.;-<i>ci£r. h Délos avait pour frère jumeau fotëc;-A™xx»v. Tous deux avaient pour mère Ar,™ (Latonc , qui fut évidemment, au principe, une grande divinité femelle, une ïsis-mère des Délions.
Ce sont toutes ces grandes dyades h>cales primitives «pie tendit à hiérarchiser en une seule famille de divinités, nées les unes îles autres, le travail synchrétique des aèdes vers l'époque, peu antérieure à la guerre de Troie, où de petites trihus indépendantes de Pélasges, d'Achéens, d'Ioniens et de Dorions, parlant des langues proche alliées, prépareront la fédération ou amphictyonic hellénique.
La dvade primitive était le symbole d'un concept dualiste de la nature Les deux principes dont il faisait dériver le monde étaient à l'origine les deux forces génératrices, la dyade sexuelle ; deux modes d'action plutôt que deux entités distinctes.
On peut mémo saisir une tentative d'unification des deux principes chez les vieilles déesses qui. comme Mafcou Àrjir.-rrs, furent à l'origine des vierges mères, enfantant par leur propre énergie1 les premiers êtres et les premiers dieux, et ayant pour premier époux leur propre fils, comme Kjoïàt.. mère iW "Arj;.
Cependant la tendance à identifier le principe femelle à la matière passive et l'élément niàle à la force motrice ou à l'esprit, s'accusa de plus en plus avec la subordination de l'un à l'autre.
Dans la triade égyptienne ce travail d'abstraction est accompli. Isis reste le principe féminin fécondé par Osiris, dieu soleil, devenu juge des morts, un dieu moral: tandis que son fils Horus hérite de son rôle, comme soleil vivant et principe fécondant, ayant pour symhole le jeune taureau Apis, toujours renaissant plutôt qu'éternel.
Dans la triade memphite le symhole se développe encore. Athor ou Non n osl plus que la matière passive: Phtah est le principe dynamique qui répand la vie. et au-des>u>de la dyade physico-physiologique >'élève une troisième entité, l'esprit ou l'intelligence, Im-lio-lep.
Partout où se. sont développés ces mythe> cosmogoniques.
INTRODUCTION 7
In suhslaiie»c ereismiquc ne pouvait être continue: que si elle pouvait être» unique et identique en essence1, elle devait être immériepu»mcnt multiple et, par conséepie»nt, constituée» de parties élémentaires, indépendantes et individualisées, pouvant se mouvoir dans l'espace les unes relativement aux autres. I/atomisme était ainsi inclus logiquement dans le monisme dynamique des Ioniens.
(Test sur ce problème que la philosophie ionienne1 se divisa en deux écoles dont les tendances divergeantes devaient s'accentuer successivement jusqu'à devenir irréductibles.
Tandis que de l'école d'Ionie sortait légitimement Vatomisme de1 Moschus et de Leucippe, développé par Démocrile, qui accordait h Tatome la force motrice, Anaximandre faisait dévier le monisme1 d'AnaximîMic ve»rs le» mécanisme et devait aboutir au dualisme d*Anaxafrore.
Dans l'infini, Àrrtipsv, <|ui n'était que l'espace» vide», Atiaximanelre concevait eh»s substances éléme»ntaire»s, multiple»* e»t elive»rse»s, dont les asse»mblap»s donnaient naissane'e» à la diversité de»s êtres. (Vêtaient ele'»jà le»s homéomrrirs el'Anaxa^rore», spéetifhpie»ment eliderente's par e»sse»ne'e», mais epii, peuir Anaximanelre». re»staie»ut actives e»l capable»s ele» s'assrmbler, se» chedsir, se- mouvedr el Vlle>s-mémeks peuir elonne»r naissance aux f«>rme»s ilive»rse»s eh»s être»s. (Vêtait un atomisme» pedysuhstantialisle» e | u i , e»n re»stant dynamique, de»venait inconséepie'ul. Car ele»s e'»léme»nts préformés «If >nt le»sforme»s constanle»s ne» peuvent être» altéreVsni par le»ur mouve»me»nt, ni par h»ur juxtapnsiliem, étant incapables eh» cemtae'l absedu, ne pe»uve»nt se» mmivoir b»s uns le»s autre»s> e»t emceire meiins se» mouverir eux-mêine's sans points irappui.
Le» dualisme mée'anistc était elonc e»n ^re»rme» ehe»z Anaximandre». Anaxa^ore» le» elévehqipa à Alignes. e>ù il eut la fortune» ele» répeuielre» aux ee>nee»ptiems ele» Socrale» e»l ele» Platon. Il re»e.Hit sa Forme» classiepie» définitive» d Aristide epii, pe»ut-ctre» par antipathie» pour Uémoe-ritc, ne se»mhh» pas avedr cennpris que» le dualisme platonicien fendait italurclh»me»ut à un niée-anisine atomique.
Kpicure» qui, il'aprè»s tons le»s témoi^rna^re»s cemli»mpe)rains. a gAlé la eleiclrinc ele» Démocrite. fut ele» son e-nfé ine-nnséepieiit t»n ne» voyaut ]kis épie» se»s atomes sedid<»s. préformés. ine*rtes t»t passifs, e*omme» les hométniwrivs d'Anaxatrore». exigeaient.
INTHODICTION 15
Pour les dualistes grecs, la matière n'était plus la substance ih»s choses,* -.vr.a, ou le suhstralum intelligible ilrs phénomènes sensibles, mais seulement une matière amorphe, r. •/>.: quelque chose comme le marbre ou le bois pour le sculpteur: matrria rerum. Considérée comme solide et pesante, ou « tendant en lias »>, elle ne se distinguait que par ce caractère de l'esprit, spirilus, <;JXt;, >c0;f qui u tendait en haut », n'était jms pesant. Leur concept de L'esprit ou de lame était en cela identique à celui qu'ils se faisaient des gaz ou des vapeurs, que la science moderne considère, au contraire, connue tout aussi matériels que les corps solides les plus pesants, quoique d'une densité bien inférieure, mais qui sont en réalité pourvus d'une activité physique et dune énergie dynamique beaucoup plus grandes.
Pour continuer à distinguer l'esprit de la matière et le spi ritualiser dawiutagc. les dualistes modernes ont été conduits à en faire une suh>tance, non seulement sans poids et sans niasse, mais &>uus étendue, c'est-à-dire un néant de substance, une abstraction absolue, connue le point géométrique.
('.est ainsi qu'à force de subtiliser la sulislaucc spirituelle, elle se résout en un zéro inintelligible dont le> activités ne se comprennent plus. Dépourvues de tout substratum étendu, ces activité* ne sauraient agir sur la matière étendue et m* peuvent exister nulle part.
D'un autre coté, pour nos chimistes, la matière pesante ellemême s'est diluée, s'ot faite de plus en plus ténue, tendant sans cesse à la dispersion dans l'espace, eu dépit même de la pesanteur, comme si la fluidité lui était seule naturelle et que l'état solide fut pour elle un état de gène. Celle tendance à la dispersion, constatée de nos jours chez tous les corps, même les plus pesants, eM en contradiction flagrante avec le vieux concept de l'attraction, comme avec ceux de solidité et d'inertie. Kn somme, pour la science moderne, la matière, même pesante, et l'élher, bien plus encore, dont pourtant la nature matérielle et étendue n'est pas douteuse, tendent à prendre les propriétés accordées par les anciens à l'e>pril: tandis que celui-ci, d'abstraction en attraction, se réduit à u\\ pur néant substantiel, à un non- être véritable. Pour les modernes, il n'est plus que l'intelligence, l'entendement. >-.*;;
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