‹ La constitution hongroise; précis historique daprès le Dr. Samuel RadóChapitre 3 sur 4 · LA CROATIE ET FIUME · texte numérisé non relu

LA CROATIE ET FIUME

Les pays de la couronne de saint Etienne est une expression pour désigner, en opposition à la Hongrie proprement dite, Tenseinble des territoires différents qui, quoique parties intégrantes de Tempire unifié et indivisible, ont jusqu'à présent gardé leurs formes autonomiques d'un développement historique. A cet égard, c'est la Croatie (1) qu'il faut citer en premier lieu.

(1) C'est le territoire situé eatre la Drave et la Save que l'on appelle aujourd'hui Croatie, ou, plus exactement, le royaume croato-slavono-dalmate. Il s'est passé là une transfonuation radicale. On appelait Croatie, au douzième siècle, le territoire situé entre les fleuves de Kulpa et de Verbasz, comprenant la Bosnie actuelle, une partie de la Dalmatie et des contrées riveraines de l'Adriatique. C'est de cette Croatie que parlent les documents de cette époque. Ce territoire formait jadis un royaume indépendant conquis par le roi de Hongrie Ladislas, après la mort de Zwonimir, — le dernier roi autochtone (i091j, — et incorporé dans le royaume de Hongrie par Coloman.

Tenant compte de son indépendance antérieure et prenant en considération son caractère de contrée frontière, on accorda à l'ancienne Croatie une existence politique particulière en lui conservant sa division administrative en jupanies, sous le gouvernement d'un banus, et en permettant aux Etats croates de former une diète spéciale. Mais ils envoyèrent ^également des représentants à la diète hongroise, en partie dans la forme employée par les comitats hongrois pour y envoyer les leurs. La représentation de la Croatie prit cependant plus tard l'aspect d'une délégation de sa diète : elle était composée, à la chambre des ÉtaU de la diète hongroise, de trois députés, des représentants des chapitres et du district privilégié de Turopolya, Quant au banus et aux magnats ayant leurs propriétés en Croatie, ils siégeaient à la chambre des magnats, et cet état de choses a duré jusqu'en 1848.

Oii le développement de la Croatie prend un caractère particulier, c'est quand

L'article XXX de la loi de 1868 accorde une autonomie étendue à la Croatie, à la tête de laquelle il place le banus comme [jouverneur et chef de l'administration. Le banus ne possède qu'un pouvoir civil et ne doit exercer aucune

on voit que les Turcs s'emparent de cet ancien territoire croate et que la population se transporte sur le territoire hongrois, c'est-à-dire dans la contrée qui s'étend, au sud-ouest, entre la Drave et la Save.

Le territoire sur lequel sont situés actuellement les départeuients croates de Varasdin, de Kœrœs et de Zagrab (Agram), était de tout temps un territoire hongrois ; aussi dans l'article LIX de la loi de 1790 et 1791 sont-ils séparés de la Croatie proprement dite, car on le» y indique nominalement comme faisant partie du territoire hongrois. Il est cependant incontestable que la situation politique autonome de l'ancienne Croatie n'a pas subi de changement sur le nouveau territoire, et que l'union directe de ces départements avec la Hongrie a peu à peu complètement disparu. Constater le fait que les évêques de Zagrab et de Sirmium étaient jadis les suffragants de l'archevêque de Kalocsa, démontrer que les départements de Zala, de Baranya et de Somogy s'étendaient jadis au delà de la Drave, n'a pas en soi beaucoup d'intérêt; seulement, on peut en tirer la conclusion que la prétendue antique souveraineté de la Croatie n'est qu'une fiction, et que le caractère croate actuellement incontesté de ces territoires ne remonte en réalité qu'à une date relativement récente. Des transformations, comme elles ont eu lieu, concernant l'ancienne et la nouvelle Croatie, n'étaient pas rares à l'époque primitive des développements des Etats, et dans le cas présent elles ont pu d'autant plus facilement s'effectuer que la population des deux contrées appartenait à la même race serbo-croate. On retrouve les derniers vestiges de ce changement de territoire dans le fait que le diocèse hongrois de Pécs (Funfkirchen) s'étend sur une partie de la Croatie actuelle ayant appartenu jadis à la Hongrie.

L'étendue de l'autonomie croate n'a dans aucune époque de l'histoire dépassé les limites d'une importance assez relative. Comme trait caractéristique il faut citer le passage fameux de Verboczi dans lequel il déclare que les Etats de Croatie n'ont pas le droit de prendre des résolutions contraires à celles prise» par la diète hongroise.

u Dalmatini, Croatienses, Sclavonienses etTransylvanienses alia etalia coasuetudine a nostra longa discrepante utantur, utendi et fruendi habeant authoritatem. Contra tamen Generalia Statuta et Décréta Regni hujus Hungariae nil quodquani constituere possunt nullamque statuendi habent facultatem. » (T'/tpartitum, t. III, p. 2.)

D'ailleurs, c'était à la cour de cassation et à la cour des appels hongroises que revenait à juger en dernière instance les procès intentés en Croatie.

Le courant national qui s'est formé dans les années de 1830 à 1840, visant l'union de tous les Slaves méridionaux, avait une influence politique considérable. Se basant sur la dénomination générale des Romains, qui appelaient « lUyricum » tout le territoire partant de l'Adria vers l'est jusqu'à la Save, on affubla ce courant de lépithèle pompeuse à' illyrique. Aussi, quand, à la suite des mouvements de Mars, on introduisit en Hongrie le régime parlementaire et libéral complet, les coryphées de ces tendances illyriques crurent-ils, de leur côté, que le moment d'agir était arrivé pour eux aussi. De là l'adresse que la diète de

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fonction militaire, même s'il avait un grade d'officier dans Tarmée. Pour bien caractériser sa situation politique, il faut remarquer qu'il est nommé sur la proposition du ministre président hongrois, qu'il est membre de la Chambre haute

Zagrab envoya à la couronne le 5 juin 1848, où il est dit au sujet du ministère Battbyânyi nouvellement nommé :

« jNous autres Slaves méridionaux, nous ne voulons pas reconnaître un tel ministère qui est en train de déchirer les liens de l'union avec la monarchie. ■ -Mais le passage le plus important de ce document est cependant celui-ci : » Le loyaume triunitaire de Croatie, d'Esclavonie et de Dalmalie se réserve le droit de I cunir non seulement les peuples frères de race slave qui vivent sous la domination autrichienne en Styrie, en Carinthie,. en Carniole, en Istrie, en Goritz et dans les ilcs, mais ceux aussi qui habitent les contrées appartenant à la Turquie, si elles sont une fois reconquises, pour en créer un empire slave méridional. «

On annonça donc l'idée d'un empire slave méridional dans une adresse envoyée à la cour sans aucune retenue. Et cependant l'attaque non seulement contre la Hongrie mais aussi contre l'établissement de la monarchie autrichienne unifiée y était manifeste. L'opposition faite à la Hongrie formait le mobile de la lutte. Après l'avoir terminée, on accorda à la Croatie la même indépendance que l'on accorda à la Hongrie. Les tendances slaves méridionales reparurent alors avec plus de violence que jamais, et on put s'apercevoir aussi de l'existence d'abord dissimulée d'un mouvement oppositionnel contre la politique des centralistes autrichiens. La transformation du droit public qui avait fait de la Croatie une province distincte de la monarchie, ne satisfit point le pays. Le centralisme absolutiste pesa de toutes ses forces sur les Croates, habitués aux libertés du régime hongrois. » On nous offre comme cadeau ce que l'on inflige comme châtiment aux Hongrois « , s'écria-t-on à Zagrab en faisant allusion à la Constitution autrichienne de mars 1849, imposée à la fois à la Hongrie et à la Croatie. Comme on avait jadis accepté la lutte contre les lois hongroises de mars, on s'opposa plus tard avec la même véhémence au diplôme d'octobre et aussi aux lettres patentes de février. Les dures épreuves passées ont rendu la conscience publique clairvoyante. On reconnut combien on avait eu tort d'avoir dédaigné et repoussé les garanties libérales de la Constitution hongroise. Ce sont les préoccupations dont témoigne l'adresse du 24 septembre 1861, dans laquelle on lit après les plaintes amères émises au sujet de l'absolutisme :

« La nécessité de transporter toutes les branches de la vie publique dans le cercle d'action de la diète hungaro-croate se fit de plus en plus senùr, car le royaume triuni comprit déjà sous le règne autocratique de Joseph H qu'une union politique plus étroite avec la Hongrie donne plus de garantie constitutionnelle, puisqu'il est plus facile aux forces réunies de repousser les attaques de la politique absolutiste autrichienne. »

Le rescrit royal du 8 novembre 1861 ne pouvait laisser passer sous silence ce changement de front considérable. Voilà comment on y répond au passage cité plus haut :

« Votre diète a fièrement suivi l'exemple de vos aïeux chevaleresques, quand vous avez pris en main, dans l'année 1848, avec une loyauté prête aux sacrifices, la défense de l'unité de la monarchie, et quand vous avez exigé dans plu-

hongroise et qu'il fiçiire dans les cérémonies comme troisième seigneur à banneret du royaume. Déjà ce classement d'antique date du banus parmi les dignitaires hongrois démontre clairement que la Croatie forme une partie intégrante du territoire de l'Etat hongrois, comme, d'autre part, le droit de proposition du ministre président pour la nomination du banus assigne à la situation du plus haut dignitaire de la Croatie une place éminente dans l'organisme administratif du royaume de saint Etienne. D'ailleurs, le banus n'adresse pas ses rapports directement à la couronne; ils n'y arrivent que par Tentremise du ministre pour la Croatie, membre du ministère hongrois, responsable envers le parlement hongrois. C'est k la diète de Zâgrâb que le budget de la Croatie s'est discuté; elle possède le droit législatif dans un cercle d'activité autonome qui comprend la justice, le culte et l'enseignement, ainsi que l'administration intérieure.

Cette large autonomie de la Croatie lui a imposé des charges tellement lourdes qu'il a fallu en tenir compte sérieusement dans les compromis financiers jusqu'ici périodiquement renouvelés depuis dix ans. T^e dernier a été conclu en 1887 et en 1897 : on l'a provisoirement prolongé pour un an. D'après cette stipulation, il est convenu que la Croatie contribue aux dépenses communes dans la proportion des

sieurs adresses et articles de loi que l'on établît un lien direct avec le centre de la monarchie et que l'on vous permît de faire partie du « Conseil de l'enipire « aussi bien dans l'intérêt de votre indépendance nationale que dans l'intérêt de la monarchie.

Ci Nous sommes convaincu qne, si vous aviez mieux réfléchi aux intérêts politiques et nationaux de notre bien-aimé royaume triunitaire, vous eussiez pris une autre résolution au sujet de la question de droit public. "

Mais cet avertissement sortant de la plume de Schmerling ne fit aucun effet. Le courant, activé par ceux qui croyaient préférable pour le développement de la Croatie l'union avec la Hongrie, emporta toutes les hésitations. Le ministère Andrâssy considéra comme un de ses principaux devoirs de mener à bonne fin le règlement des relations hungaro-croates, que le violent choc des o|)inion8 diamétralement opposées avait rendues inextricablement embrouillées.

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