‹ La Constituyente et les ColoniesChapitre 110 sur 146 · Séance du 11 janvier 1792 ; Monileur du 12 janvier · texte numérisé non relu

Séance du 11 janvier 1792 ; Monileur du 12 janvier

plusieurs noirs, une sorte de carte d'affiliation portant le mot d'ordre des révoltés, et ce mot d'ordre était : « Vive le roi! » L'Assemblée coloniale, elle-même ?, est forcée de faire cet aveu : « Nous avons accusé la philanthropie et cependant les noirs portent la cocarde blanche ; leur cri de ralliement est « gens du roi », et ils ne veulent conférer qu'avec des commandants militaires. S'il n’y a pas contradiction, il y a au moins quelque chose d’inexplicable ». Un important témoignage recueilli par la municipalité de Jacmel, le 30 mai 1792, laisse entendre que « quatre agents sont venus de France pour former la conspiration contre la colonie, qu'ils ont poussé les noirs aux violences sur les indications de M. de Coustard, chef du parti des Pompons blancs, et que leur projet était de rétablir l’ancien régime ».

Ces agents, au lieu d’être des Amis des Noirs, ne seraient-ils pas plus vraisemblablement ces émigrants qui, aussitôt après la fuite du roi, se sont embarqués à La Rochelle, et dont Brissot mal informé niait honnêtement la présence parmi les

1. C'était un papier plié en quatre : à gauche, lettres moulées M. D. M. ; à droite, les mots : « Le préjugé vaincu, la verge de fer brisée, vive le roi! »; à gauche, en bas, lettres majuscules : J. B.; à droite, en bas, lettres majuscules: M. N., entrelacées ét

surmontées d'un cœur. — Pièce communiquée à la Législative par les Jacobins de Bordeaux (4rch. parlem., séance du 20 novembre 1191, XXXV, 259). — Les initiales signifient sans doute :

Mulàtres, Noirs, Domingue, Jean (François), Biassou.

2. Mém. contre Blanchelande du 26 septembre 1792; — Arch. nation., Dxxv, 46.

3. Témoignage de la femme de Vissière, capitaine général des noirs libres de Jacmel (Arch. nation., Dxxv, 1).

noirs!? Il répugne de croire que la passion antirévolutionnaire ait pu pousser des Français à provoquer une guerre servile, toujours atroce. Mais n’a-t-on pas vu les émigrés se joindre aux étrangers pour envahir la France et se mettre au service des Anglais pour leur conquérir Saint-Domingue*?? En vain le ministre Bertrand de Molleville, volontairement optimiste, prétendra-t-il qu'un projet de contre-révolution, ridicule en France, le serait bien plus à 1.800 lieues d’elle *. La contre-révolution pouvait d'autant mieux s’essayer à Saint- Domingue que c'était alors le seul point où la Révolution fût tenue en échec et qu'une défaite ou unexcès d’anarchie sur ce point pouvait avoir un grand retentissement en France. N'était-ce pas avec le spectre de la guerre servile que Barnave avait glacé l'esprit réformateur de la Constituante ? Et quel puissant « levier contre-révolutionnaire » qu'une dévastation qui amènerait « la stagnation du commerce maritime, l’obstruction des manufactures nationales, l'inoccupation de 7 à 8 millions d'ouvriers, de cultivateurs, de matelots, réduits ainsi à la plus affreuse indigence !... N'en pouvait-on espérer quelques mouvements violents qui, dirigés avec intelligence,

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