‹ La contagion: comédie en cinq actes, en proseChapitre 14 sur 96 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

a un flair surnaturel. Le rôle mystérieux qu'on lui prête, à tort ou à raison, lui donne beaucoup d'influence à la Bourse, et une afllaire patronnée par lui...

TENANCIER

Tu as de jolies connaissances. J'aime encore mieux d'Estrigaud.

LUCIEN

Nous commencerons par lui. Je te présenterai aujourd'hui même.

ANDRÉ

Merci, c'est entendu. — Allons, petite fille, prenons congé.

TENANCIER

Un moment, mon cher André. — Tu vas entrer dans une vie d'activité fiévreuse; la journée n'aura pas assez de douze heures pour toi ; tu la passeras en courses, en démai-ches de toute espèce , prenant tes repas où et quand tu pourras, ne rentrant chez toi que pour dormir. Que fera ta sœur pendant ce temps-là?

ALINE

Je Tattendrai. Soyez tranquille, je ne m'ennuierai pas ; je ne m'ennuie jamais.

TENANCIER

C'est possible ; mais une jeune fille toujours seule avec une bonne, c'est à peine convenable.

ANDRÉ

Je n'avais pas songé à cela, moi.

ALINE

Oh ! ne me renvoie pas à Poitiers ! Tu m'as promis que je ne te quitterais plus.

TENANCIEB.

Il y a un moyen de tout concilier. Prends, toi, une chambre à l'hôtel pendant le premier coup de feu de tes affaires; ta sœur viendra demeurer chez nous.

ALINE

Oh ! monsieur, que vous êtes bon !

Je suis très-touché, monsieur, de cette offre paternelle ; mais les convenances dont vous parliez...

TENANCIER, bas à André.

Lucien ne démeure pas dans la maison.

ANNETTB.

Mademoiselle Aline habiterait dans mon appartement ; trouvez- vous que je sois un chaperon suffisant?

ANDRÉ

Ah ! marquise , vous avez gardé le cœur de ma pelite. amie Annette ! Voyons, Aline, que te semble de cet arrangement?

ALINE

Oh ! moi, j'en serais bien contente. . . mais tu es le maître.

ANDRÉ, lui passant la main sur les cheveux.

Et un maître farouche, n'est-ce pas ? — Ma foi, monsieur, devant tant de cordialité, je serais un sot de faire de la discrétion. Vous nous traitez comme des parents, et vous avez raison : (Tendant la main à Lucien.) il y a des amitiés héréditaires, qui sont de véritables parentés.

LUCIEN

Et des meilleures... mais ne nous amollissons pas. J'ai précisément rendez- vous avec d'Estrigaud; accompagnemoi, nous allons emmancher ton affaire tout de suite.

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