ACTE TROISIÈME
LUCIEN
Et je viens dans l'intention expresse de te sonder adroitement à ce sujet.
d'estrigau 0.
Quelle est cette charge?
LUCIEN
Rien de plus solennel. Le mariage est-il absolument exclus de ton programme, oui ou non? *
d'estrigaud.
Absolument, non...
Eh bien, si tu admets la possibilité de te marier, voilà le moment. Tu peux encore choisir, dans quelques années tu ne le pourras plus. J'ai un parti pour toi ; une veuve de vingt-cinq à trente ans, fort riche, très-belle, avec un nom aristocratique.
d'estrigaud.
Taratata ! Tu ne m'as pas laissé développer ma pensée. (Il se lève.) Le mariage est pour moi la manœuvre désespérée de la frégate qui s'échoue à la côte plutôt que d'amener son pavillon. C'est l'expédient suprême auquel je ne recourrai qu'à la dernière extrémité ; et si je m'y prends en effet trop tard, il me restera toujours la ressource héroïque du capitaine : je me ferai sauter.
LUCIEN
C'est ton dernier mot?
D^ESTRIGAUI).
Le premier et le dernier.
LUCIEN
Alors, mon cher Raoul, je te prie amicalement de mode- > rer tés assiduités auprès de ma sœur.
d'esthigaud.
Comment! c'est d'elle qu'il s'agissait? Tu voulais être mon frère, petit Caïn?
LUCIEN
Ce m'eût été une grande joie, je l'avoue; mais ne pouvant être ton frère, je tiens à rester ton ami; et c'est pourquoi je te prie...
d'estrigauo.
Bien, bien ! c'est convenu. Je ne croyais pas mes assiduités excessives; si tu en juges autrement, il suffit.
LUCIEN
Tu ne m'en veux pas, j'espère?
d'estrigaud.
Au contraire ; je serais désolé de compromettre une femme quelconque, à plus forte raison ta sœur. Mais, dismoi, est-ce qu'elle n'est plus résolue à rester veuve?
LUCIEN
Si bien, mais nous l'aurions fait changer d'avis à nous
deux.
d'esthigaud.
Je n'ai pas la fatuité de le croire... Elle a de trop bonnes raisons de ne pas se remarier! Je m'étonne môme que tu l'y pousses. Je comprendrais plutôt qu'au besoin tu l'en détournasses dans l'intérêt de ses enfants comme dans le sien propre.
LUCIEN
Note bien que je ne tiens pas autrement à la voir se rengager. Je dirai même que je ferais une guerre achai'née à tout prétendant qui ne serait pas toi.
d'estrigaud.
Merci, mon clier. Mais permets à un homme absolument