‹ La Contemplation mystique d'après Saint Thomas d'AquinChapitre 51 sur 227 · A LA CONTEMPLATION MYSTIQUE · texte numérisé non relu

A LA CONTEMPLATION MYSTIQUE

Ne voyons pas dans la contemplation mystique l'une de ces faveurs extraordinaires, dites gratiœ gratis datœ ou charismes, telles que le don de prophétiser, d'avoir des visions, de parler des langues inconnues. Ces grâces, que saint Paul distingue nettement de la charité et que saint Thomas étudie bien à part dans la Somme théologique ^, sont en effet d'un ordre tout à fait spécial.

1. I» II»e, qu. 171-178. — Voir encore De Veritak, qu. 13, a. 2, ad 9 où

Dieu les donne pour des raisons d'utilité publique. Si de fait elles sont souvent accordées à des saints qui en tirent profit personnellement, elles ne sont pas, de soi, en rapport avec l'état de perfection de celui qui les obtient, et n'ont rien à voir avec son salut ^. Il suffit de citer l'exemple de Balaam et de son ânesse.

De plus, ces grâces sont purement gratuites. Vis-à-vis d'elles nul n'a jamais d'aptitudes. L'âme, même sanctifiée, ne possède à leur égard que la simple « puissance obédentielle » ; c'est-àdire que sa nature d'âme peut se plier à une telle intervention du Tout-Puissant ; voilà tout. Dieu le voulant, ces grâces pourront donc la traverser instantanément, mais sans que rien en elle les ait appelées, et sans que rien en demeure pour les renouveler ^

Au contraire, la contemplation, due à l'exercice des dons du Saint-Esprit, fait partie intégrante de la perfection chrétienne, et toute âme qui jouit de l'état de grâce possède en elle-même de quoi y parvenir un jour.

Ce n'est pas dans le secret d'un Cénacle, entre disciples choisis, que saint Paul parlait de l'habitation du Saint-Esprit dans les justes. Il la prêchait dans des lettres publiques qui se lisaient le dimanche aux assemblées des chrétiens de Corinthe, de Rome, ou d'Éphèse. Et nous connaissons l'existence en nos âmes de ces dons divers parmi lesquels trois ont la contemplation pour objet. Serait-ce afin de rester en face du Saint-Esprit comme des aptitudes toujours disponibles, et presque toujours sans emploi, que les dons de science, d'intelligence et de sagesse nous sont accordés ? Non, évidemment, tel n'est pas le dessein de Dieu.

On peut donc désirer la contemplation mystique, et l'on a le droit, parfois le devoir ^, de s'y disposer, A qui y verrait de la présomption, nous répondrons par deux pensées de saint Thomas, rehatives à certains mouvements d'âme qu'il faut se

s. Thomas distingue explicitement la contemplation de celui do ces charismes qui s'en rapproche le plus : la vision extatique à ses degrés divers.

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