Ibid., p
Î12 LA CONTREFAÇOxN DU CHRIST.
Que de découvertes prodigieuses dans cette petite page ! que de filons d'or dans ce quartier de roche !
J'y apprends que notre civilisation européenne est caractérisée par une vie isolée et tout individuelle, ce que j'avais cru jusqu'alors le fait des nomades du désert. J'y apprends qu'en Orient les hommes d'école sont des pédants, des mal élevés (il ne manquait plus que de leur accrocher le ruban violet! Était-il bien nécessaire de nous conduire jusqu'en Orient pour nous faire découvrir cette espèce de gens-là?) mais de plus que, dans cet étonnant pays, les ignorants sont des gens bien élevés, et que de la rencontre de ces ignorants qui n'ont eu aucun maître, naît un grand mouvement intellectuel et même littéraire. J'y découvre enfin que pour être original il faut être ignorant comme tout le monde.
Je ne m'étonne plus dès lors de voir sortir
cette conséquence : « Jésus ne sut rien du
progrès.... il ne différait en rien sur ce point de ses compatriotes, belles erreurs qui furent le principe de sa force ; car si elles devaient un jour le mettre en défaut aux yeux du physicien et du chimiste, elles lui donnaient sur son temps une force dont aucun individu n'a disposé avant lui ni depuis^ »