‹ La conversion d'Alceste; comédie en un acte, en versChapitre 5 sur 11 · AI.C.ESTE · texte numérisé non relu

AI.C.ESTE

ORONTE

Engraissé ;

ALCBSTE

Mais...

ORONTE

J'admire en vous...

ALCESTE

De grâce !

ORONTE

... Ce soupçon d'embonpoint qui n'exclut point la grâce;

ALCESTE

Monsieur...

OUONTE

,.. Ce regard vif...

ALCESTE

Laissons là...

ORONTE

... Ce teint frais...

ALCESTE

Uli!

OUONTE

, .. Kl Pair de jeunesse épandu sur vos irails!

ALCESTE

Vous me flattez.

ORONTE

Touchez encor là, je vous prie.

Flatter?... Moi?... Serviteur à la flagornerie. Je dis ce que je pense et paye argent comptant.

ALCESTE

C'est fort bien.

ORONTE

Devant Dieu...

ALCESTE

Permettez.

ORONTE

, qui m'entend.

ALCESTE

J'en conviens.

ORONTE

... me voit...

ALCESTE

Oui.

ORONTE

... lit dans mon cœur...

ALCESTE

Sans doute

ORONTE

Comme en un livre...

(AIccstc l'ssîuo do placer un mut.) ... ouvert...

ALCESTE

Bien entendu.

ORONTE

Donc, me juge...

ALCESTE

Il est vrai.

... m'écoute,

Or, vous avez bon pied...

ALCESTE

ORONTE, la main haute.

je n'ai jamais menti I

Je reconnais..,

Monsieur

ORONTE ALCESTE

bon appétit. ..(1)

ORONTE

bon œil...

ALCESTE

Souffrez que...

ORONTE

... bon visage!

Mou cœur, do tout ceci, tire un heureux présage. Oui, j'exuilo de joie ù vous voir liien portant. Jy prends plaisir.

ALCESTE

Tant mioux.

(Il lliiiie donlciise en a|)par('iirc. (latiillc Mi-ndi's mn la sC'vbrcmcnt roprorlirp, au nom do la l'igueiir ciassi(iiii\ .l'ubjoctc qnr Moli(Te liii-iiiôiiK' fait dire i\ Oronto coci :

Jr rietis, pour cummenrcr entre nnint cr hcnn nœud, Vovs vumlrer un sonnet iiun j'ai fait depuin peu.

ORONTE

Vous m'en voyez content !

ALCESTE

Bien obligé.

ORONTE

Charmé !

ALCESTK

Merci.

ORONTE

... ravi !... tout aise !

ALCESTE, bas à Pliiliiite.

Philinte, au nom du ciel, obtenez qu'il se taise.

ORONTE, qui suit son idée.

Enchanté !

PHILINTE

Voulons-nous nous asseoir ?

ORONTE

Grand merci.

(Les trois hommes s'assoient.) (A Alceste.)

Or ra...

(Brusquement, à IMiilinte.^ Mais je vous trouve à souliait, vous aussi.

PHILINTE

Moi?

ORONTIC

Gros, gras, le teint frais, l'œil vif!

ALCESTE, bas.

H recommence!

Au poids de l'or, Philinte, achetez son silence !

ORONTE

Vous ne me croyez pas?... Je veux bien, si je mens, Que la foudre...

PHILINTE

Il suffit. Laissez les compliments, Et veuillez, sur le but où tend votre visite...

ORONTE

Je nrexj)lique.

ALCESTE et PHILINTE, satisfaits.

Ah!

ORONTE

Messieurs, l'orgueil, ce parasite, Fils du sot amour-propre et de la vanité, l'onseille mal les gens dont il est écouté ; (lar le fiel, son cousin, la haine, sa cousine, Compliquent de poisons les venins qu'il cuisine.

(Alcestc et Philinte échangent un coup d'œil désespéré.)

Ennemi des vains mots, des discours superllus, Des exordes lassants qui n'en finissent plus, l'^t des péroraisons que leur pédanterie Allonge de l'aris jusqu'à La O'icue-en-Brie, Je viens à vous tout franc, et je vous dis :

(Lui tiMKl.iiil la main.)

Vuilà!

P(jur la troisième lois, s'il vous pluîl, touchez là. Touchez!

l'IlII.INTK, ■\ part.

Touchant !

ALCESTE

Touchons! Je touche! Sans rancune?

ORONTE, très franc.

Sans arrière-pensée et sans aigreur aucune !

ALCESTE

Vrai?... Les griefs d'hier?... L'histoire du sonnet?... Et les sévérités prises sous mon bonnet?... Et ma mauvaise foi de parti pris butée A là sotte chanson que je vous ai chantée...?

ORONTE, rintcrronipiiiit.

Point! Elle est excellente et j'en ai beaucoup ri.

L'âme simple du peuple y parle au roi Henri I

Ah ! « Reprenez Paris ! » Ah ! « J'aime mieux ma mie! »

Quant au sonnet, c'était une simple infamie,

Dont les tercets fâcheux et l'absurde huitain

Fleuraient â quinze pas leur petit Trissotin.

Ma verve, qui vous doit de s'être corrigée.

Reste donc, croyoz-le, votre bien obligée.

Je fais d'ailleurs de vous un cas tel que j'entends

Vous en donner ici des gages éclatants.

(Alccstc veut parler mais déjà Orontc a tiré un papier de sa poche.)

Ce deuxième sonnet, par le fond, par la forme, A votre poétique est de tous points conforme, Et vos justes conseils dont j'ai su profiter M'en ont dicté les vers faits pour vous contenter. Comme il a trait aux yeux d'une mienne parente Qui voulut bien pour moi se montrer tolérante. J'ai cru de mon devoir d'y semer â foison L'hyperbole, l'image et la comparaison.

(11 aniioncc4}

Sonnet sur les beaux yeux d'une jeune cousine.

(li lit.) « Ce ne sont pas des yeux, ce sont plutôt des dieux, « Ayant dessus les rois la puissance absolue. « Des dieux?... Des cieux, plutôt, par Ifur couleur de nue « Et leur mouvement prompt comme celui des cieux. »

PIIILINTE

Ah ! très bien !

ALCESTE, à part.

Serviteur au français de cuisine.

(Haut.)

L'agréable quatrain !

PHILINTE

J'en reste transporté!

Je confesse qu'il plaît par sa simplicité.

(Il reprend.)

« Des cieux?... Non!... Deux soleils nous ofTusquanl la vue « De leurs rayons brillants clairement radieux!... M Soleils?... Non!... mais éclairs de puissance inconnue, « Des foudres de l'amour, signes présapieux... »

ALCESTB

Plait-il?...

PHILINTE

Présagieux?...

ALCESTE

Ah ! permettez, de grâce, Que pour «présagieux», monsieur, on vous embrasse !

ORONTE. poursuivant.

« Car, s'ils élaionl des dieux, fciaicnl-ils tant de mal? « Si des cieux? Ils auraient leur mouvement égal! « Des soleils?... Ne se peut! Le soleil est unique.

« Des éclairs alors ?... Non! .. Car ces yeux sont trop clairs!

« Toutefois je les nomme, afin que tout s'explique :

« Des yeux, des dieux, des cieux, des soleils, des éclairs ! » (1)

l'HILlNTE

C'est grand comme la mer.

ALCESTE, à part.

Et bête comme une oie, Mais de ce malheureux pourquoi gâter la joie?... Qu'il soit grotesque en paix!

OROINTE

Eh bien, sur mon sonnet?

Franchement, il est bon à mettre au cabinet De lecture. (2)

OKONTE, ivre d'orgueil.

Non?

ALCESTE

Si!

OllO.NTE

Cela vous plaît à dire.

(Humblement.)

Sans doute, il a charmé tous ceux qui l'ont pu lire, Mais...

(1) Honorai Laugicr de Porchères. Soiiiief à lu durliessi' de licaufort.

(2) Le mot est en avance d'un siècle, mais la parodie excuse l'anachronismo.

ALCESTE

Je suis du parti de tous ceux qui l'ont lu. Et le ciel m'est témoin que le sonnet m'a plu.

PHII.INTE

La langue en est hardie, et franche et décidée!

ALCESTE

L'idée avec honheur y succède à l'idée.

PHILINTE

Il est plein d'un aimable et tendre sentiment.

ALCESTE

J'en aime fort la fin... et le commencement.

PIIILINTE

i^uis, la rime au bon sens s'adapte et s^associe.

ALCESTE

C'est une qualité (piil faut qu'on apprécie.

PHILINTE

Il est assui'i'mcnl meilieiii' que le premier.

ALCESTE

Par l'agrément surtout, de son ton familier.

PHILINTE, à. AlcPStC.

C'est sagement juger! Je veux payer un gage Si la même raison ne tient un le! langage.!

ALCESTE, à Philinte.

Je prête les deux mains au discours que voici, Et c'est fort bien à vous de lui parler ainsi.

OUONTE

Le plaisir de briller, propre aux gens du vulgaire, Présente des douceurs qui ne me tentent guère ; Mais quoi ! Fauteur toujours aime à voir imprimés Et livrés au grand jour les vers qu'il a rimes. Vous estimez les miens?

/ De faron singulière !

ORONTE

Le soin vous revient donc de les mettre en lumière!

En lumière?

Oui.

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