‹ La conversion d'Alceste; comédie en un acte, en versChapitre 9 sur 11 · SCÈNE V CKLIMKNE, PHILINTE · texte numérisé non relu

SCÈNE V CKLIMKNE, PHILINTE

Célimério et Pliilintc restent seuls. Souilain l'Iiilinlo rouioiito. va coller son oreille à la porte du fond. Il écoule, redi^scend en scène; va à la fenêtre qu'il^uvre, se penclic; regarde au dehors; puis, rovemi j (leliniène f|ui l'a regardé faire sans rioii dire :

l'ilILIME

Et maintenant, madame, à nous deux !

CÉLIMÈNE

Oh, Philinto, Ne renouvelez point votre éternelle plainte. J'en ni l'oreille lasse, à ne vous rien larder, Et ne suis plus d'Iiinncui- ;"i m'en accommoder.

l'IlM.I.NTK

Vous souirriiez pouitiinl...

CI^MMÈNE

Silence !

PIIILINTE

Mais..

CÉLIMÈNE, môme jeu.

Silence !

Parbleu, c'est trop d'audace, et c'est trop d'insolence ! Le ton où tu le prends, que l'arrogance emplit...

CÉLIMÈNE

Ne me tuteyez pas. Nous croyez-vous au lit?

PUILINTK

Madame, on sedoit rendre aux rendez-vous qu'on donne.

CÉLIMÈNE

La paix !

PHILINTE

Je vous l'impose

CÉLIMENE

Et moi, je vous l'ordonne !

PIIILINTE, cxaspéri'.

Oh :

CÉLIMÈNE

Quel besoin, l)on Dieu, de jeter les hauts cris? Un galant comme vous l'-gale trois maris.

PHILINTE

La peste vous t'-toulVo, •>! vous et vos pareilles !

CÉLIUÈNE

Mais parlez donc moins fort ; les murs ont des oreilles. Si j'eus, pour mon malheur, le tort de vous aimer, 11 n'est pas à propos de les en informer. Aussi bien, avec vous, je veux être sincère ; Une explication qui devient nécessaire Me contraint à vous dire en bonne vérité Que vous marchez tout droit vers Timportunité. Votre ombrageux amour, trop prompt à la querelle. Change de plus en plusClitandre en Sganarelle, Philinte. Sur ce point, qu'il daigne ouvrir les yeux. Le mien n'y risque rien, que de s'en porter mieux. Tenez- vous le pour dit.

l'IUI.lNTE

Alceste...

CÉLIMKNE

En cette affaire Je conçois assez mal ce qu'Alceste vient faire. Je vous trouve plaisant, mon cher, quand vous venez Me bailler froidement de ce nom par le nez. Osez donc, s'il vous plait, me regarder sans riro. Et m'épargnez des mots inutiles à dire.

PHILINTE

Le pauvre homme!

CKUMK.NE

Plait-il ?...Vousavezdit? Comment?...

Le pauvre homme?... Ouais! le mot p;irt d'iui bon sen-

[timent!

A « Pauvre homme », sans doute, il faut rendre les armes, Kl ce paiivro «Pauvre homme» attendrit jusqu'iiux larmes. Tout au plus, j'osnrai vous demiinder p(Mirqut)i Vous prenez, en parlant, l'air de parler pour moi.

Alceste, de vos soins, eut sa part, ce me semble,

Et nous l'avons un peu sacré « Pauvre liomme » en-

Modérez donc l'ardeur d'un si noble courroux, [semble.

(Un petit temps.)

Est-ce que, par hasard, j\ai commencé sans vous?

(Mouvomciit de Pliilintc.)

Eli ! quelle rage, aussi, île me prendre pour cible? Qu'ai-je donc fait, mon Dieu, de si répréhensible ? Pourquoi ces airs de dogue et ce ton irrité ? Je ne vous comprends pas, Pliilinle, en vérité. On croirait qu'avec vous en coucliant cote à côte J'aurais fait quelque mal et commis quelque faute.

PHILINTE, stupOlait.

Pourtant, vos torts. . .

CÉLIMÈNli:

Quels torts ?

PHILINTE, avec graiulcMi- il'ànie.

S'aveugler à tel point?...

C'est les avoir doux fois, que ne les sentir point ! (Jue le cœur de la femme est fait d'étrange sorte, Et que l'homme, sur elle, en loyauté l'eniporte 1 Quoi donc! 11 faut qu'ici je me voie obligé De prendre cause et fait pour l'époux outragé? C'est à moi, — triste effet de l'humaine fail)lesse, — (J'en conviens sans détour mais non pas sans noblesse), Qu'il faut, d' Alceste..;?

celimene;

Au temps où me faisant sa cour Alceste à mes genoux rugissait son amour, Ce troubadour transi, doublé de belluaire, Eut parfois l'art et Theur de ne me pas déplaire. Outre qu'à franc parler la peur qu'il m'inspirait N'était pas à mes yeux sans charme et sans attrait. A sentir sous mon pied cette bête matée Se débattre à la fois soumise et révoltée Et son regard chargé de haine et de poison Du matin jusqu'au soir m'insulter sans raison, Vainquant avec péril et dès lors avec gloire, Je goûtais à son prix l'orgueil de la victoire. D'accord. — Mais aujourd'hui qu'il montre, humanisé. Les talents d'agrément d'un ours apprivoisé, Apte à la contredanse et souple à la voltige. Ce qu'il acquiert en grâce, il le perd en prestige. Tel vainqueur de tournoi cesse de me toucher. Qui, déposant l'armure avant de se coucher, Désormais sans haubert, sans casque et sans cuirasse. N'est plus qu'un crustaré veuf de sa carapace. Dans l'emploi des Acaste et des Prince Charmant, Notre homme à m'émouvoir tâche inutilement. Il y marque une ardeur à nulle autre seconde. Mais n'étant plus quelqu'un, il devient tout le monde, Et tournant au fâcheux, d'irritant qu'il était, Il ne garde plus rien du peu qui lui restait. Alceste converti n'a plus de raison d'être. Le mari n'est jamais qu'un laquais ou qu'un maître. La femme a, sur ce point, des raisons qui font loi. Le ciel, rpii les voulut, en sait seul le poiircpuii.

(Cependant, depuis un instant, Alceste est rentré sans (pio (;<Mimi\no et Pliilinte s'en soient aporms. Il demonro ininmliile, au Tond du tliéiUre. )

PiiiLiNTE, après un silence.

Tout en ne voyant pas, lorsque je m'examine, Que la malignité soit le but où j'incline, Et bien que mon humeur se complaise fort peu A jeter, comme on dit, de l'huile sur le feu. Il me faut confesser de faron simple et nette Que vous avez raison des pieds jusqu'à la tête. Oui, mon cœur de droiture et de justice épris Se rend à des griefs dont il sent tout le prix, Madame ; et de regret mon âme tourmentée Gémit de vous avoir un moment disputée. L'amour est quelquefois prompt à l'emportement, Mais on sait ce que c'est qu'un courroux d'un amant, Et...

GÉLIMÈNE

Philinte, il suffit. Ces paroles sensées Font l'honneur de celui qui les a prononcées.

(En gage de réconciliation, elle lui présente sa main, que Pliilinto couvre de baisers.)

Vous comprenez enfin?

PHILINTE

Je vous comprends si bien Que votre sentiment concorde avec le mien. Je me serais gardé d'en rien mettre en lumière ; Mais puisqu'il vous a plu de parler la première, Je ne vous cache pas qu'Alcesfe, ù mou avis. Est vraiment ridicule autant qu'il est permis.

CÉF.IMÈNE

Il eut toujours un peu la sottise en partage.

IMIILI.NTE

Oui; mais s'en cruvant moins, il on ii diivaiiliiirr.

CÉLIMKNK

D'autant plus que ses airs d'amnistier los gens, Pour ceux qui n'ont rien fait sont l'ort désobligeants.

IMIILINTE, avec éclat.

Je me disais aussi : «Ce donneur d'eau bénite

(( A quelque chose en soi qui me blesse et m'irrite ! »

CKLIMÈNE

L'euuuN iMix animal !

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