‹ La conversion d'un romantique, manuscrit de Jacques Delorme, publiéChapitre 39 sur 46 · LA NOURRICE · texte numérisé non relu

LA NOURRICE

» Madame !

JULIETTE

)) Tout-à-l'heure , me voilà. Je te supplie de cesser tes poursuites , et de m'abandonner à ma douleur. J'enverrai demain.

ROMÉO

)) Ainsi , mon âme soit sauvée !

JULIETTE

» Mille fois bonne nuit ! '

( Elle sort. ) ROMÉO.

» Mille fois mauvaise nuit, d'être privé de ta lumière ! L'amour s'élance de l'amour comme l'écolier s'élance de ses livres 3 mais

Fainour s'éloigne de l'amour comme l'écolier retourne en classe, les yeux tristes et pesants.

( Il se retire lentement. )

JULIETTE , reparaissant de nouveau.

» St ! st! Roméo! Oh! que n'ai-je la voix d'un fauconnier pour attirer ce gentil oiseau ; mais la voix enrouée de la réclusion doit être timide : autrement, je percerais la grotte où l'écho fait sa demeure ; je rendrais sa voix aérienne plus enrouée que la mienne , à force de lui faire répéter le nom de Roméo.

ROMÉO

)> C'est mon âme qui m'appelle par mon nom. Comme la voix de l'amour est harmonieuse dans la nuit ! elle flatte l'oreille comme une douce mélodie.

JULIETTE

)) Roméo!

ROMÉO

» Ma tendre ainie !

JULIETTE

» A quelle heure enverrai-je demain ?

ROMÉO

» A neuf heures.

JULIETTE

)) Je n'y manquerai pas. C'est vingt années jusque là. J'ai oublié ce que je voulais te dire quand je t'ai rappelé.

ROMÉO

)) Eh bien ! je reste ici jusqu'à ce que la mémoire te revienne.

JULIETTE

» Je l'oublierai de nouveau pour te retenir.

romantiquh:. 3f)<)

il |e te rappellerai seulement combien ta compagnie m'est chère.

ROMEO

» Et je resterai toujours, afin que tu oublies toujours, oubliant toi-même toute autre demeure que celle-ci.

JULIETTE

)) 11 est presque jour; je voudrais bien te voir partir, mais pas plus loin que l'oiseau qu'une jeune fille laisse sautiller à quelque distance de sa main, comme un pauvre captif; elle le retire bientôt èi l'aide d'un fil de soie, tant elle est jalouse de sa liberté.

ROMÉO

» Ali ! que ne suis-je ton oiseau !

JULIETTE

» Que ne l'es-tu , «non doux ami ! et toute-

36o SUR LA LITTÉRATURE

fois je te tuerais de caresses. Bonne nuit , bonne nuit ! Il y a tant de douceur mêlée à l'amertume des adieux , que je dirais bonne nuit jusqu'au jour.

( Elle sort. ) ROMÉO.

» Que le sommeil soit sur tes yeux et la paix dans ton sein ! Plût à Dieu que je fusse le sommeil et la paix , pour jouir d'un doux repos sur ton sein et sur tes yeux. Adieu! je vais me rendre à la cellule de mon père spirituel ; je vais lui demander son assistance et lui raconter mon bonheur. »

( Il sort. )

Les apôtres du genre romantique ne pourront me reprocher d'avoir pris trop d'avantage. J'ai choisi une scène des plus renommées du théâtre anglais ; et ceux qui entendent bien l'original av oueront , s'ils sont de bonne foi, que, loin d'affaiblir les pensées de Shakspeare , j'ai relevé par l'expression plusieurs

ROMANTIQUE. 36l

images dont la traduction littérale aurait prêté au ridicule.

La moindre connaissance du cœur humain suffit pour nous faire sentir que tout dans cette scène est aussi éloigné du naturel que des bienséances. Juliette n'a vu Roméo qu'une seule fois , dans un bal masqué , où ils n'ont pu se dire que quelques mots à la dérobée. Il est vrai qu'elle en a reçu un baiser : cet incident est dans la nature vierge de Shakspeare^ mais est-il bien naturel que cette jeune fille , seule à sa fenêtre , disserte à haute voix sur le nom de Montaigu , qui n'est ni une main , ni un pied , ni un visage , ni rien de ce qui appartient à l'homme ? Et que direz-vous de ces étoiles qui s'absentent pour vaquer à leurs affaires? Quel triomphe pour les ennemis de la littérature française s'ils trouvaient dans Racine, dans Voltaire, de pareils traits de naturel ! Que diraient-ils si , dans une de nos tragédies , une jeune fille demandait à son amant s'il a vraiment le projet de l'épouser? Avec quel soin ne feraient-ils pas ressortir cette emphase de comparaisons, ce cliquetis

de mots , cette ridicule subtilité de pensées qui tourmentent le dialogue , et sont si étrangers au langage des passions. Que Juliette soit la première à concevoir l'idée d'abandonner sa famille pour se livrer à Roméo , cet emportement ne blesse que les convenances ; mais comment ose-t-on nous proposer pour modèles des ouvrages d'un goût si faux , d'une morale si imparfaite?

Et remarquons ici l'influence du siècle sur le génie du poète : il vivait à une époque raisonneuse , dans un temps de controverse , où l'esprit consistait à jouer sur les mots, à envelopper la pensée de métaphores ambitieuses , et à semer d'énigmes les conversations. Cette manie, qui régnait à la cour d'Elisabeth , était nommé euphuisme , d'un ouvrage de Guillaume Lilly, intitulé Euphues ^ où il avait donné le premier exemple de ce style emphatique et obscur. On ne peut mieux le comparer qu'au langage de nos écrivains romantiques, et à celui des Précieuses ridicules , qui aurait peut-être envahi notre littérature, si Molière ne l'eut exposé à la risée publique.

BOMANTIQUE. 363

D'un côté , une affectation outrée dans le langage ; de l'autre , des mœurs fortement empreintes de barbarie : voilà ce qui existait du temps de Shakspeare ; voilà les influences auxquelles il n'a pu échapper; et certes, je suis loin de lui en faire un reproche. 11 ne pouvait que représenter la société telle qu'il était forcé de la voir. Ce qu'il a d'intéressant dans les situations , de grandeur dans les caractères, de sublime dons les pensées, lui appartient j mais ces justes concessions ne sauraient aller plus loin : je ne saurais trouver du naturel dans une pénible recherche de mots et de pensées. Que nos réformateurs l'admirent et l'imitent, je ne m'y oppose pas; mais qu'ils nous permettent de préférer à leur naturel celui de nos grands poètes , l'ordre à la confusion , l'expression vraie des sentiments à l'emphase puérile des idées, les pensées nobles aux pensées triviales, et le développement graduel aux mouvements brusques et invraisemblables des passions.

Je voulais opposer à la scène de Roméo et de

Juliette celle de Monime et de Xipharès dans Mitliridate. On peut faire cette comparaison, qui m'entraînerait trop loin. Je me contenterai de citer un simple passage de Racine. C'est le discours d'ipliigénie à son père. Ipliigënie esta peu près dans la même situation que Juliette; elle aime pour la première fois; elle aime un jeune prince digne de son amour, et qui est repoussé par son père. Voici comment elle s'exprime :

Fille d'Agameranoii, c'est moi qui la première ,

Seigneur, vous appelai de ce doux nom de père ;

C'est moi qui , si long-temps le charme de vos yeux,

Vous ai fait de ce nom remei'cier les dieux ,

Et pour qui tant de fois , prodiguant vos caresses ,

Vous n'avez point du sang dédaigné les faiblesses.

Hélas! avec plaisir je me faisais conter

Tous les noms des pays que vous allez dompter j

Et déjà , d'Ilion présageant la conquête,

Dun triomphe si beau je préparais la fête.

Je ne m'attendais pas que, pour la commencer.

Mon sang fût le premier que vous dussiez verser.

Non que la peur du coup dont je suis menacée

Me fasse rappeler votre bonté passée :

Ne craignez rien; mon cœur, de votre honneur jaloux,

Ne fera pas rougir un père tel que vous;

Et, si je n'avais eu que ma vie à défendre, J'aurais su renfermer un souvenir si tendre. Mais à mon triste sort , vous le savez , seigneur^ Une mère, un amant, attachaient leur bonheur j Un roi digne de vous a cru voir la journée Qui devait éclairer notre illustre hyménée : Déjà sûr de mon cœur, à sa flamme promis , Il s'estimait heureux; vous me l'aviez permis. Il sait votre dessein : jugez de ses alarmes. Ma mère est devant vous, et vous voyez ses larmes. Pardonnez aux efforts que je viens de tenter Pour prévenir les pleurs que je vais leur coûter.

Osez inainlenant comparer Shakspeare à Racine! Comparez l'exagération des pensées, la bizarrerie des images , le babil prétentieux de Juliette , à cette profonde vérité de sentiment , relevée par une expression toujours naturelle , poétique et harmonieuse , qui répand tant de charme sur les paroles d'Jphigénie. Mais pourquoi ces rapprochements dont je suis presque honteux? Qui se. serait jamais attendu qu'on put préférer aux chefs-d'œuvre de la poésie moderne les farces extravagantes qui rappellent l'enfance de Fart , Ja grossièreté d'un siècle ignorant et pédantesque?

A quel excès de déraison l'envie de rabaisser de grandes renommées ne peut- elle pas entraîner des hommes enthousiastes par calcul, et fanatiques de sang-froid? Si l'on se contentait de nous dire que le génie de Shakspeare et dé Caldéron fut étonnant pour leur siècle , qu'ils ont une sorte d'énergie sauvage qui plaît quelquefois malgré ses écarts , nulle voix ne s'élèverait pour contester ces vérités ; mais ce n'est pas ainsi que s'expriment les maîtres de la nouvelle école. Ecoutez M. Schlegel parlant de Shakspeare :

(c Ce Titan de la tragédie attaque le ciel » et menace de déraciner le monde. Plus ter- )) rible qu'Eschile , nos cheveux se hérissent » et notre sang se glace en l'écoutant 3 et )) néanmoins il possède le charme séducteur » d'une poésie aimable, il se joue gracieuse- )) ment avec l'amour, et ses morceaux lyri- )) ques ressemblent à des soupirs doucement » exhalés de l'àme ; il réunit ce qu'il y a de » plus profond et de plus élevé dans l'cxis- » tence : les qualités les plus étrangères , et » en apparence les plus opposées , semblent

» liées l'une à l'autre lorsqu'il les possède. Le monde naturel et le monde surnaturel lui ont confié tous leurs trésors.

y) C'est un demi-dieu pour la force , un » prophète par la divination , un génie tuté- » laire qui plane sur l'humanité , et s'abaisse » cependant jusqu'à elle , avec la grâce naïve » et l'ingénuité de l'enfance (i). :»

Voilà comme il convient de se mettre sur le trépied et de prononcer des oracles. C'est ainsi qu'il faut louer Shakspeare , un Titan , un prophète , un génie tutélaire ; telles sont les expressions dont il est bon de se servir ; elles sont dignes de l'idole et de l'adorateur. Il est vrai qu'elles ne laissent aucune idée positive dans l'esprit. Tant mieux ! C'est là le triomphe du genre; il se plaît dans le vague; il ne plane pas tout-à-fait sur l'humanité, mais il plane évidemment sur le sens commun.

(i) Cours de littérature dramatique, t. 2, p. 584.

Vous me demanderez peut-être la définition de ce genre romantique dont nous avons lu des éloges si pompeux ! La question est embarrassante ; les écrivains qui en sont les plus zélés partisans s'énoncent d'une manière si mystérieuse, qu'ils ont l'air de ne pas se comprendre eux-mêmes; ils quittent rarement le langage de l'inspiration. Essayons cependant d'en faire sortir quelques résultats.

(( L'esprit romantique, dit M. Schlegel, se )) plaît dans un rapprochement continuel des )) choses les plus opposées : la nature et l'art, y) la poésie et la prose , le souvenir et le pres- )) sentiment j les idées abstraites et les sensa- » tions vives , ce qui est divin et ce qui est )) terrestre , la vie et la mort , se confondent » de la manière la plus intime dans le genre )) romantique. On présente dans le drame ro- » mantique le spectacle varié de tout ce que » la vie humaine rassemble ; et tandis que le )) poète a l'air de ne nous offrir qu'une réunion » accidentelle , il satisfait les désirs inaperçus » de l'imagination , et nous plonge dans une

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y> disposition contemplative par le sentiment » de cette harmonie merveilleuse qui résulte , » pour son imitation , conmie pour la vie » elle-même , d'un mélanijje , en apparence )) bizarre , mais auquel s'attache un sens pro- » fond, et il prête, pour ainsi dire, une âme » aux différents aspects de la nature (i). »

Je ne me chargerai pas de vous expliquer ce (juc l'auteur entend parl'àme d'un aspect, ou par des désirs inaperçus ; mais dans le peu de lumière qu'il a jetée an milieu de ce désordre d'idées et d'expressions je vois que la littérature romantique est l'assemblage d'éléments hétérogènes, et la confusion de tous les genres. Ces nouvelles doctrines se réduisent au principe qui admet (( le rapprochement continuel des choses les plus opposées. » Voilà donc cette grande découverte annoncée avec tant d'appareil, et qui doit opérer une révolution dans la république des lettres.

(i) Cours de littérature, etc.

3^0 SUK LA LITTÉRATURE

Certes , il ne fallait pas un eflPort extraordinaire de génie pour arriver à un tel résultat : la découverte en a été faite depuis longtemps.

Et nous aussi nous avons des poètes romantiques dont les productions dorment , il est vrai , dans la poussière des bibliothèques, mais qu'il ne tient fju'à nous de réveiller. Nous ne manquions pas, dans le quatorzième et dans le quinzième siècle , de Calderon et de Shakspeare. Nos mystères et nos moralités sont de véritables drames romantiques : ils offrent un rapprochement continuel des choses les plus opposées. On y trouve le divin et le terrestre , la vie et la mort ; les règles n'y sont point respectées; il y a même du vague dans l'expression , de la mélancolie dans la pensée; enfin, ils réunissent les conditions les plus rigoureuses du genre.

On y peut admirer aussi des jeux de mots , car ce genre merveilleux ne repousse pas le calembour. «Ceux, dit M. Schlegel , qui rejettent les jeux de mots comme un raffine-

IIOMAINTIQUF.. 3-^1

ment contraire à la nature , trahissent leur ignorance à cet égard. Les enfants et les peuples, dont les mœurs sont les plus simples , ont toujours manifesté leur goût pour les calembours On en trouve dans Homère ; les livres de Moïse, qui sont les plus anciens monuments ccrils du monde primitif, en sont remplis. Des poètes d'un goût très cultivé, tels que Pétrarque, des auteurs, tels que Cicéron , se sont livrés à ce genre avec complaisance (i). »

Le genre du calembour et le genre romanti([uc étaient bien faits pour aller ensemble. L'un est sans doute comme l'autre un mélange en apparence bizarre, mais auquel s'attache un sens profond. J'avoue à ma honte que j'étais du nombre de ces ignorants qui regardent les jeux de mots dans l'expression des passions comme un raffinement contraire à la nature ; me voilà bien revenu de celte erreur, et je ne manquerai pas d'admirer les

(i) Cours de littérature dramatique , t. 2, p. 283.

quolibets dont Shakspeare a enibelii le dialogue de ses tragédies. Vous voyez qu'il m'est impossible de réfuter sérieusement de pareilles opinions. Pour en faire justice, il suffit de les dépouiller de cette enveloppe fastueuse et mystique sous laquelle on s'efforce de les déguiser ; c'est l'idole exposée à l'adoration du vulgaire : les dehors en sont brillants ; l'intérieur n'est rempli que de matières viles et grossières.

Cervantes, contemporain des poètes romantiques espagnols , jugeait en ces termes de leurs productions : c'est don Quichotte luimême que j'oppos'j à M. Schlegel; l'aventure sera moins périlleuse que celle des moulins à vent, ce La comédie, dit notre brave che- « valier, doit être un miroir de la vie humai- )) ne, un exemple pour la conduite des mœurs, )) et une image de la vérité. Je vois cependant )) qu'elle ne présente aujourd'hui que des tx- )) travagances. Quoi de plus bizarre que de » faire voir dans la première scène un enfant )) au berceau, qui, dans la seconde, livre un » combat. IS'est-il pas impertinent dépeindre

^1 un hoiimic extrêmement vigoureux dans » une extrême vieillesse , de flaire un poltron » de celui qui est dans la force de l'ài^e , de » représenter un valet orateur , un pai;e qui » donne des conseils, un roi qui fait le métier » de baladin , et une princesse servante de » cuisine. »

11 est évident que Cervaîites n'attachait pas autant de prix que M. Sclilegel « au rapprochement continuel des choses les plus opposées ; » il était même assez dépourvu de goût et de génie pour reconnaître la nécessité des règles du bon sens.

(( C/est une chose étonnante, ajoute-t il, » (|ue l'ordre qu'on observe pour le tenqjs et » le lieu où se passent les actions qu'on re- )) présente. J'ai vu un drame où le premier )) acte se passe en Europe . le second en Asie, )) et le reste s'achève en Afrique. Si la pièce )) eût eu plus de trois actes , il est probable ï) que la scène aurait été transportée en Amé- » ri([ue. Si le vraisemblable doit être l'objet » de la comédie, comment peut-on supporter

3^^ sua L\ LITTÉRATURE

r> que, dans une action qu'on suppose s'être )) passée du temps de Pépin et de Charlema- )) gne , le héros soit Héraclius , qu'on lui » fasse conquérir la Terre - Sainte , et qu'il » entre dans Jérusalem avec la croix? Quel )) galimatias! Quel mélange de fables et de » vérités historiques ! Quelle confusion de na- » tions, de caractères et de temps! Et com- )) ment peut-on excuser des fautes si gros- )) sières? Ce qu'il y a de bon, c'est qu'il se » trouve des gens qui accusent les autres de » trop de délicatesse, et cjui disent cjue c'est ):) là la perfection (]). »

Il serait difîicile de faire une critique plus judicieuse et plus pic^uante de ces drames monstrueux de Sliakspeare et de Calderon , qu'on veut nous faire admirer conrme des chefs-d'œuvre. De quelque génie que soit doué M. Schlegel , il nous pardonnera de lui préférer le bon sens de don Quichotte, Il y

(i) Don Qiiicliotlc , Ii\. 4i t*''- 44-

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a cependant quelque rapport entre eux : le genre romantique est la Dulcinée du professeur allemand : il ne déraisonne que lorsquil s'agit de l'objet de ses amours, car je me plais à reconnaître que sur d'autres sujets il montre du jugement et des lumières.

Je ne m'étendrai pas davantage sur une question qui me paraît suffisamment celai rcie. Je crois que c'est vainement qu'on s'efforcera d'élever ces conceptions avortées , d'une époque d'ignorance , au-dessus des immortels chefs- d'œuvre de l'esprit humain, dans toute la perfection et l'énergie de ses facultés. L'amour de la nouveauté, l'impuissance d'atteindre au vrai beau, la facilité de se livrer aux caprices de l'imagination en bravant toutes les règles du goût, peuvent égarer quelques jeunes gens dans des routes trompeuses; mais la partie éclairée du peuple français ne renoncera point aux titres les plus honorables de son illustration. La littérature romantique pourra triompher sur les tréteaux des boulevarts : c'est là sa véritable patrie. Espérons qu'elle n'envahira point la

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