‹ La conversion [microform]Chapitre 38 sur 48 · Journal d'un converti^ p · texte numérisé non relu

Journal d'un converti^ p

2; Le Voyage du Centurion^ Paris, Conrard^ 1916', p. 190.

Da^a& ce magni&que dialogue entre le Maître du ciel et de la terre et le voyageur qui cherche; Ermest. Psichari ne faisait qu'exprimer une idée tout à fait conforme à la doctrine de saint Augustin sur la grâce^ et. très GÎiairement exprimée par son disciple^ saint Prosper, dans ses écrits contre les semi-pélagiens. « Avant, la grâce libératrice^, disait, ce docteur à Cassien et autres adversaires gaulois,, l'homme étendu au, fond de sa misère, &'y complaît; il aime ses faiblesses, il tient pour santé l'ignorance de la maladie>, jusqu'à ce qu'il reçoive ce: premier secours de commencer à. connaître qu'il est malade.;, et de pouvoir désirer: l'aide du médecin qui le mettra sur pied ^.. Se déplaire- à soi-même et avoir à charge son lourd passé de faiblesse,, c'est la première grâce saluta.ir exprima salus ; la seconde, c'est, de désirer la. guérison et de connaître lemédecin sauveur. Autant de bienfaits conférés à, Fâme avant sa guérison par Celui qui doit la guérir ^. ;; La grâce creusera cette

1. Responsianes ad capitula Galloram, c. vi, (P. L,, t. li, col. 161),

2. Liber contra Collatorem,c. iv{P. L., t, li- col, 223-22i).

indigence en la précisant, aiguisera ce désir en le purifiant, Dieu, remarque sai nt Augustin, étant d'autant plus proche que lame trouve plus d'amertume dans tout ce qui n'est pas luiV Et cependant, au dehors la Providence divine disposera la réponse appropriée, arguments et raisons de croire, jusqu'au jour où, suivant la comparaison du cardinal Dechamps, le fait intérieur et le fait extérieur s'embrasseront dans ce mystérieux hj^men qui constitue l'acte de foi.

Infinies sont les combinaisons par lesquelles Dieu achemine une âme de ces premières dispositions confuses et presque imperceptibles jusqu'à une foi vive et parfaite. Parlant de lui-même saint Augustin bénissait cette main très douce et très miséricordieuse qui peu à peu, dans ses ténèbres et ses misères , façonnait et transformait son cœur-. Il ne doutait pas que la grâce ne fût au principe de toute enquête pieuse et diligente et que cette même grâce ne dirigeât et ne soutînt la

i. Confessions, liv. VI, chap. vi. — Cf. ibid., liv, VIÏ chap. XVI : « Ego fiebam miserior et tu propinquior. » 2. Confessions, liv. VI, chap. v.

recherche pour délivrer l'homme de la difficulté qui torture et de l'ignorance qui aveugle^ C'est la grande loi de Providence, dont l'apologiste doit avoir la notion toujours présente, non pour faire sentir expérimentalement la grâce, mais pour implorer et faire implorer par la prière le secours divin, sans lequel les meilleurs arguments ne produiront pas leur effet, et aussi pour imiter dans ses rapports avec les âmes le Dieu à « la main très douce et très miséricordieuse ».

Des théologiens modernes, il est vrai, croient pouvoir briser cette continuité. Ils mettent la grâce à « i^intention de la foi », à la première orientation de l'âme vers la vérité divine, puis ils lui barrent l'accès pour constituer dans la genèse de l'acte de foi « comme un cycle à part, cycle ration-

1. De vera religione, c. x, n. 20 {P. L., t. xxxiv. coi. 131) « Intende igitur diligenter et pie, quantum potes : taies enim adjuvat Deus ». — Le texte est expliqué et élargi par saint Augustin lui-même, Re~ tract., liv. I, chap. xiir, n. 4 (P. L., t. xxxii, col. 603) : •« Quod non ita intelligendum est, quasi tantummodo taies adjavet, cum adjuvet etiam non taies ut sint taies, id est, ut diligenter et pie quaerant : taies autem adjuvat ut inveniant. » — Cf. Confessions, liv. VII, chap. vni.

nel fermé ^ », qui se boucle par un juge- Tnaent de crédibilité lui aussi purement rationnel ; et après ce looping the ^loop, on permet à la grâce de revenir pour l'atterrissage final.

Quoi qu'il en soit de la question ^héorique-, je doule que pratiquement aucun apôtre se range à cette conception du cycle rationnel fermé, d^où l'on croit pouvoir exclure la grâce et « les poussées du désir ». S'il est, au contraire, une assertion sur laquelle insiste saint Augustrii, c'est que la recherche de la vérité surnaturelle doit être une recherche pieuse et diligente ^, qui, loin d'exclure les poussées

1. J'empruate cesexpressionsaulivreduR, P. Gardeil, la Crédibilité et V Apologétique, 2» édit., Paris, 1912, p. 65.

2. Les partisans du cycle rationnel ferme n'en défendent guère que la passibilité purement abstraite .et concèdent que dans la réalité les choses ne se passent pas ainsi et que la Providence ne sait pas ces schèmes logiques. Dans un article précédent (iîec^e/:c/i<35cfeScie/ice religieuse, janvier-mars 1918), j'ai essayé ide montrer qu'il n'y avait pas désaccord entre l'ordre abstrait et la réalité concrète, entre la logique et la Providence,, mais que la perception de la crédibilitésupposait la -grâce en droit comme en fait.

3. Cf. le texte déjà cité du De ver a religiowe, c, x, n. 20 (rP. X., t. XXXIV, coLlSl) ; De utilitate credendi, c. xi, m" 25 (P. .L.,t. xxxrv, col. §1-83); De qaanUtateanimae, c, xiv, n-24(P. L., t. xLii, col. 1049).

du désir, les suppose et les requiert. « C'est par l%m0ur qu'on demande, c'est par l'amour qu'on cherche, c'est par l'amour qu'on frappe, c'est par l'aiiaour qu'on trouve la iumière, c'est par l'amour enfin qu'on demeure dans ce qu'on a trouvée «Suivant Pheureuse formule d'un converti contemporain, Jean Thorel, « le céleste ravisseur s'empare des âmes en une foudroyante seconde, seulement cette seconde est la suite de nos élans intérieurs, de nos divins désirs ^. »

Les récits de conversion ne font que confirmer cette vérité d'expérience. Déjà au XII^ siècle, le juif converti, Hermannde Cologne, le constatait naïvement :

« Voyez I moi, que ni les arguments présentés de différents côtés ni les controverses avec des clercs éminents n'avaient pu convertir à la foi du Christ, j'ai été entraîné par les dévotes oraisons de simples

1. De Moribus Ecclesiae, 1. I, c. xvii, n° 31 (P. L., t. XKXii, col. 1324). — Cf. l'article du P. Pierre Guilloux, les Conditions de la conquête de la vérité d'après saint Augustin, daas les Hecherches de Hcience religieuse (novembre-décembre 1914), p. 689 sqq.

2. Cité par ie P. Albert Bessières, De l'art à la foi, Jean Thorel (1859-1916), Paris, 1917, p. 46.

femmes... Grâce à leurs mérites et à leurs prières, la clarté de la foi chrétienne resplendit soudain à mon cœur et si vivement, qu'elle en chassa complètement les ténèbres du doute et de l'erreur ^ »

Les plus intelligents ou les plus intellectuels ne font pas exception. Pendant son séjour, à Littlemore avant son abjuration, Newman, tout en travaillant à dissiper ses dernières obscurités par son Essai sur le développement de la doctrine chrétienne^ menait une vie intense de pé-nitence et de prière. Dans la brillante galerie des convertis contemporains, pas un qui ait considéré le catholicisme comme une vérité d'école, de celles qu'on apprend dans les bibliothèques ou les laboratoires. « Une conversion est et doit toujours être une oeuvre divine, conclut Dom Bède Camm.

Quelque considérable que puisse être le travail de lecture ou de controverse, seul il n'apportera jamais à une âme la divine lumière de la foi. Elle restera dans les ténèbres jusqu'à ce que Dieu l'illumine.

Mais à une âme qui cherche humblement et prie instamment, sûrement il ne refu-

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