‹ La coqueluche du quartier: vaudeville en un acteChapitre 2 sur 22 · FRANÇOISE, ROBERT · texte numérisé non relu

FRANÇOISE, ROBERT

l'OBERT, la repoussant . Un instant!... ces épanchements familiers me semblent déplacés à l'heure qu'il est.

ruANÇOiSE. Que voulez-vous dire?

ROTîERT. Je veux dire... que le militaire français ne manque jam;iis d'être à son poste à l'heure qu'il a indiquée... j'ai promis d'être ici aujourd'hui à deux heures. {Tirant sa montre.) Voyez... pardon, elle est arrêlée... n'importe.

FRANÇOISE. Tout ça ne me dit pas la cause...

ROBERT. Du froid dont j'ai usé à votre égard?

FRANÇOISE. C'est cc quc je demande.

ROBERT. Vous allez le savoir : n, i ni, c'est fini... plus de conjungo, je reste garçon... du moins eu égard à vous.

FRANÇOISE. Comment! vous ne m'épousez pas ?

ROBERT. Pas le moins du monde.

FRANÇOISE. Et pourquoi donc, s'il vous plaît?

ROBERT. Parce que je veux une épouse h moi tout seul, et non une moitié partagée eu plusieurs parts.

FRANÇOISE. Expliquez-vous, monsieur; qu'avez-vous à me reprocher?

ROBERT. J'ai à vous reprocher qu'on ne pnrie que de vous dans le onzième arrondissement.

FRANÇOISE. Et qu'en dit-on?

ROBERT. On dit que vous êtes la plus jolie fille du inarché h la volaille.

FRANÇOISE. Le beau malheur !

ROBERT. Que tous les hommes sont fous de vous.

FRANÇOISE. Qu'y puis-je faire?

ROBERT. Enfin toutes les femmes du quartier vous accusent d'avoir enjôlé leurs maris et leurs amoureux.

FRANÇOISE. Voilà le grand mot... les femmes sont jalouses de moi... est-ce ma faute si je suis plus jolie qu'elles?... si j'ai plus de goût pour m'atifer?

ROBERT. Mais leurs maris passent leur temps à vous regarder.

FRANÇOISE. C'est qu'ils s'y connaissent, ces braves gens... Est-ce une raison, à cause qu'on est marié, de n'avoir pas des yeux?... Qu'elles fassent comme moi... quand j'aurai un mari.

Aiu : Je ne vois pas d'autre moyen.

Toujours mon regard sera doux,

De soins je veux être remplie;

J' tàch'rai d'être toujours jolie,

Afin de plaire à mon époux.

Au moment de s' laisserséduire,

J'veux qu' que'qu' chos* lui crie : Halte là!

Et qu'il soit forcé de se dire :

Ma fin', chez moi j'ai ben mieux qu* ça.

ROBERT. Tout ça c'est des mots dépourvus de raison.

FRANÇOISE. Dites plutôt que vous avez changé d'idée... Il y a un mois, quand vous étiez en garnison à Paris et que vous me faisiez la cour... comme je résistais à votre amour, vous m'avez offert votre main... mais une fois sûr de moi, votre flamme s'est éteinte... Et vous vous ê'cs dit : Je suis bien bête de m'enchaîner éternellement. .. une maîtresse, on la change quand on veut. .. au lieu qu'une femme, c'est pour la vie... Françoise m'ai ne, c'est vrai !.. mais que m'importe?... Elle pleurera, elle sera malheureuse; je m'en moque bien,je serai libre, moi, je rirai avec une autre des larmes de cette >otte, qui aime mieux être sage, laborieuse et estimée que riche, paresseuse et méprisée de tout le monde.

ROBERT, ému. Françoise, assez, assez...

Vous êies cause que je verse des pleurs, et rien n'est bête comme un militaire ému... les larmes ne doivent être le propre que des femmes, des enfants, des vieillards et des biches.

FRANÇOISE. Vous n'avcz rien à répondre?

ROBERT.Rienà répondre!... mais j'aurais de quoi parler pendant six semaines, si je voulais me justifier de fond en comble; mais je me contenterai de vous exhiber ces deux objets.

FRANÇOISE. Qu'est-ce que c'est?

ROBERT. Ceci, Françoise, c'est un congé que je dois à la munificence du ministre de la guerre... et au moyen duquel je peux pendant trois mois me loger, me nourrir, me chauffer et m'éclairer à mes frais, si mes moyens me le permettent, sans que le gouvernement y trouve à redire.

FRANÇOISE. Et l'autre papier?

ROBERT. C'est le cadeau de noces du ivicme ministre de la guerre.

FUAixçoiSE. Un cadeau de noces!

ROBERT. Oui, Françoise... l'autorisation de ni'unir à une femme et de confectionner des défenseurs de la patrie!... en grand nombre, toujours si mes moyens... vous voyez que je venais bien pour la chose du mariage.

FRANÇOISE. Mais vous avez écoulé quelques mauvaises langues, et votre amour n'a pas été assez fort pour me défendre contre des propos calomnieux.

ROBERT, tendrement. C'est donc moi qui ai tort?

FRANÇOISE. Et qui donc?

ROBERT , la câlinant. Veux-lu signer un traité de paix ?

FRANÇOISE , après un peu d' hésitation. J'y consens... mais voici à quelles conditions.

ROBERT. Je les ratifie d'avance.

FRANÇOISE, c'est bien facile... vous allez retourner à votre caserne, et vous ne reviendrez ici que demain matin , pour me conduire à la mairie.

ROBERT. Votre ordre du jour est diablement sec. . C'est égal , on s'y conformera. Qu'un baiser fasse savoir qu'il est accepté de part et d'autre.

Air des Amours de Michel.

J'en ai l'assurance , Nous serons heureux , Car le destin a comblé tous mes vœux.

FRANÇOISE

Ah ! cette espérance Fait battre mon cœur ; Il est si doux d'êtr' certain' du bonheur!

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