‹ La coqueluche du quartier: vaudeville en un acteChapitre 6 sur 22 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

Le MÊME, PL\SON, GEIGNEUX, MINET.

MINET, entrant.

Me voici dans sa boutique; J' la séduis d'autorité.

PINSON, entrant.

Je l'empaum' par mon physique.

GEIGNEUX, entrant.

Si j' peux, pas de timidité.

ENSEMBLE

Avpc finesse

A la maîtresse

Faut que j'adresse

Un compliment.

Puis avec grâce.

Avec audace,

J' demande en grâce

D'êtr' son amant. <

PINSON. Peut-on savoir ce qui vous conduit ici, mes chers voisins ?

MINET. Et vous ?

PINSON. Je suis si délicat! je viens chercher de la volaille.

GEIGNEUX. Et moi de même.... j'ai les jambes si faibles!

MINET. Et moi, au contraire, je suis si fort qu'il me faut de la nourriture légère... aussi je vais prendre des mauviettes... je SUIS tout nerfs.

ROBERT , à part. Je te les calmerai , tes nerfs.

MINET. Oh !

GEIGNEUX. La belle Françoise est ciinciuse, et je ne la voyais pas.

PINSON. Ni moi.

MINET. Ni moi aussi. [A part.) Mon cœur bat la breloque.

PINSON , à part. Décochons-lui quelque chose de parfumé.

MINET, à part. Sans doute qu'elle relit mon billet d'hier. [Haut.) Hum!

ROBERT, déguisant sa voix. Oui est là?

MINET. Moi... Minet... votre menuisier.

PINSON. Moi... Pinson... votre coiffeur.

GEIGNEUX. Et moi.... Geigneux... votre faïencier.

ROBERT. Que voulez-vous?

PINSON. Il me faut une poularde fraîche comme votre figure.

GEIGNEUX. Je désire un chapon blanc comme votre teint.

M UN ET. Et moi des mauviettes tendres comme votre cœur.

ROBERT. Je vous féscrve ce que j'ai de mieux.

PINSON. Ne pourra-t-on donc pas voir votre figure ?

ROBERT. J'ai une fluxion... je suis laide à faire peur.

GEIGNEUX. Vous VOUS flattez.

TOUS, riant. Ha! hal ha!

GEIGNEUX. J'ai dit une bêtise.

MINET, bas à Robert. Ne rue lancerezvous pas un de ces regards comme celui d'hier?

ROBERT, bas. Celui d'hier. {A part.) Elle ne m'avait pas dit ça. (Bas.) Un doux regard... exigeant!

Il le pince très-fort.

MINET , à part. Oh ! là. . . Elle est comme moi, très-nerveuse... elle m'a fait beaucoup de mal.

PINSON, bas. Ne me marcherez- vous pas sur le pied, comme hier?

ROBERT, à part. Elle lui a marché sur le pied. (Bas.) Taisez-vous, avantageux !

Il lui marche très-fort sur le pied.

PiiNSON, à part. Aïe !... et sur un cor !... a-t-elle les passions vives I... Je suis sûr que mon pied est aplati.

GEIGNEUX , bas. Vous souvient-il de la petite tape que vous m'avez donnée hier sur la joue gauche?

ROBERT, lui donnant un gros soufflet.

Voici pour ia droite, i-fin qu'il n'y ait pas de jaloux.

Il jette sa cape et son bonnet.

GEIGNEUX, se tenant la joue. Je suis estropié pour la vie.

TOUS. Un soldat !

ENSEMBLE

Air : Suborneur plein d'insolence. (3 péchés du Diable.) Ah! que vois-je !...un militaire, Qui, sans le moindre mystère, Fait sans gêne et sans façon, '

Le maître dans la maison.

ROBERT. Oui , trio de péquins , un soldat qui fait aussi la cour à la belle marchande de volaille.

GEIGNEUX. Je ne fais nullement la cour à mademoiselle Françoise.

MINET. Je ne viens ici que pour l'approvisionnement de ma maison.

PINSON. Ma santé seule m'y attire.

ROBERT. Vous êtes trois faux.

MINET. Nous sommes...

ROBERT, très- for t. Trois faux... que j'ai bien envie de casser en morceaux , pour les ensevelir dans ma giberne.

Ils reculent tous trois.

MINET, à part. Je crois que voilà Françoise qui vient; faisons le coriace... [Haut.) Ah ça, militaire, croyez-vous donc avoir affaire à des Prussiens ou à des Russes?... Mais nous sommes Français comme vous, et nous ne souffrirons pas...

ROBERT. A la bonne heure , en voilà un qui se rebiffe!... Touchez là, mon brave; allons vite nous régaler d'un petit coup de sabre.

MINET, sans bouger. Certainement. (A part.) Elle ne vient pas I

ROBERT , se dirigeant vers la porte du fond. Suivez-moi.

MINET, descendant la scène. Oui... oui... je vous suis.

GEIGNEUX , à part. Est-il heureux d'être brave, le menuisier!

ROBERT. Je vous attends. .. (Venant à lui.) Auriez-vous l'intention de me faire aller ?

MINET. Du tout. (A part.) La voilà qui vient. (Très-haut.) Je suis à vos ordres à pied et à cheval... au sabre, au fusil ou au canon, à votre choix.

ENSEMBLE

Air : Partons sur cette plage.

Partons sans plus attendre ; Allons, il se faut rendre

Vite sur le terrain ; Là nous rendrons l'affaire Très-claire, Je l'espère.

Les armes à la main.

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