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PETITS JEUX FEU INNOCENTS

On ne saurait trop louer la vigilance avec laquelle l'autorité poursuit la répression des jeux clandestins. La mesure qui a aboli les établissements publics ouverts à la triste passion du jeu serait inefficace, disons mieux, elle serait mauvaise, si l'administration n'apportait tous ses soins à empêcher leur rétablissement sous forme de réunions particulières. On comprend, en effet, que les joueurs , livrés à des spéculateurs pour ainsi dire sans aveu, ne sauraient trouver dans des tripots à huis-clos les garanties et la sécurité qu'ils trouvaient auprès de l'ancienne Ferme des Jeux, placée immédiatement sous la surveillance de tous. Il était donc nécessaire, dans l'intérêt du public, comme dans l'intérêt de la morale, d'épier d'un peu près ces honnêtes maîtres de maisons qui, sous le prétexte de réunions intimes, tiennent de véritables brelans et suppléent sur une petite échelle les anciens salons du Palais-Royal.

C'est par suite de cette active surveillance que le sieur Pallard, se disant officier retraité, a vu, dans les premiers jours de février dernier, ses salons envahis par des agents de l'autorité et a été mis lui-même en état d'arrestation, comme prévenu d'avoir ouvert une maison de jeu.

Pallard comparait devant le tribunal.

M. le Président. Il résulte d'une enquête que vous réunissiez un grand nombre de personnes et qu'on jouait chez vous des jeux prohibés. Ou a saisi une roulette à votre domicile.

Pallard. Je ne réunissais que des personnes connues ; ma maison n'était nullement publique. Quant aux jeux, on les jouait à peu près tous, principalement les jeux de cartes, et parmi ceuxci particulièrement les jeux de commerce. La roulette saisie n'était d'aucun usage.

M. le Président. Commentalors un pareil meuble se trouvait-il chez vous ?

On dit que tas fait une baisse et que tu vends tes os cinq sous, c'est 'y vrai ?. Vois-tu , Tavernier,n'est pas marchand qui toujours gagne. . . , D ailleurs il y a des bas et des z'haut dans le commerce,- ce qui fait que chacun vend les siens comme il l'entend voila comme je comprends la chose .

Jeismt pdT &4v jTui .

Llh de Thierry frères .Paris .

Juste Bourmancé, Editeur de la Correctionnelle . Place du Palais Roy a 1,2+1 .

Pallard. C'était un meuble sans utilité.

M. le Président. Vous avez dit que vous ne receviez chez vous que des personnes connues. . . il est constant que plusieurs étrangers y ont été admis.

Pallard. Ils l'ont été sur la présentation d'amis, ainsi que cela se pratique dans les salons.

M. le Président. Les mises des joueurs n'étaientelles pas illimitées ?

Pallard. Vous comprendrez, monsieur le Président, que quelque sévère que soit à cet égard la vigilance d'un maître de maison, elle peut être mise facilement en défaut. J'ai su qu'il y avait eu quelquefois des pertes assez considérables ; c'était à mon grand regret.

Un Anglais, nommé Harrington, qui a essuyé dans une soirée une perte de 9,000 francs, vient déposer qu'il a vu fonctionner la roulette.

Plusieurs autres témoins sont entendus. L'ensemble de leurs dépositions ne laisse aucun doute sur la nature des jeux en usage chez Pallard.

M. l'avocat du Roi prend ensuite la parole, et dans un discours plein d'une chaleureuse indignation, flétrit l'existence des maisons de jeux clandestines. Il énumère les différentes charges qui s'élèvent contre Pallard, conclut à sa condamnation, et demande en outre que la saisie du mobilier faite au domicile du prévenu soit maintenue.

L'avocat de Pallard partage la colère de M. l'avocat du Roi par rapport aux maisons de jeux; mais il soutient qu'il y a lieu à faire une distinction entre un tripot et un salon, où l'on joue par délassement et par forme de passe-temps. Il cherche à atténuer les torts apparents de son client , qu'il représente comme un soldat rempli d'honneur et de bravoure.

Après une courte réplique du ministère public, le tribunal prononce contre Pallard la peine d'un mois d'emprisonnement, 2,000 francs d'amende, et ordonne la confiscation du mobilier saisi.

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