‹ La correspondance;Chapitre 38 sur 107 · Une brochure in-4° de 3 pages · texte numérisé non relu

Une brochure in-4° de 3 pages

quelques remarques sur la délibération des représentants de la Commune de Paris ? Ils commencent par exprimer la profonde indignation

que leur inspire l'accusation calomnieuse de l'auteur de L'Ami il" Peuple contre un de leurs membres. Je ne sais si / rofonde indignation est le vrai mot, après tout ce qui s'est passé entre eux et moi ; mais ce n'est pas le moment de toucher celte corde. A l'égard de l'accusation calomnieuse dont ils chargent L'Ami du Peuple, je leur observerai qu'ils ne connaissent pas la valeur des termes. Une calomnie est une fausseté inventée dans le dessein de nuire ; or, il n'y a rien de tout cela dans ma dénonciation. D'abord, je n'ai point l'honneur de vous connaître personnellement, et jusque-là je n'avais rien eu à démêler avec vous; ainsi, point de malveillance clans mon fait ; l'odieuse calomnie dont vos Messieurs m'accusent se réduit donc tout au plus à une offense involontaire.

Voyons même si je suis répréhensible. Témoin d'une scène publique, peu édifiante pour Messieurs de l'IIôtel-de- Ville, qui s'est passée, et à la porte du vestibule de la salle des représentants de la Commune, et dans le bureau des passe-ports, j'ai rapporté les faits avec une scrupuleuse exactitude; ils ne sont donc pas de mon invention. J'ai pu être trompé, sans doute, mais je ne suis coupable que de n'être pas infaillible. Si l'on peut me faire un reproche, c'est d'avoir ajouté foi à des imputations souvent répétées et d'un ton à en imposer à l'homme le plus circonspect. Pouvais-je. devais-je les révoquer en doute, articulées comme elles l'étaient dans un lieu où il était dangereux de les faire éclater, et articulées par un homme connu, dont les plaintes amères partaient d'une âme ulcérée, moment d'abandon où les lèvres sont toujours d'accord avec le cœur? Or, M. de Pernet accusait hautement M. de Joly d'avui >■ soustrait une pièce dont il était trop heureux de conserver la minute^ et d'avoir falsifié un arrêté, de manière à lui avoir fait courir le risque d'être lanterné; ce

sont ses expressions. Plusieurs membres du bureau des passe-ports s'efforçaient de le ramener sur le compte de M. de Joly. H persistait avec plus de force, et ses vives réclamations avaient tous les caractères de la vérité. J'en étais si persuadé moi-même, que je lui offris plusieurs fois de les mettre sous les yeux du public; il ne m'a refusé que parce que le Chàtelet était déjà saisi de sa plainte.

Alarmé de ces nouvelles raisons de défiance, dans un moment de crise où j'entrevoyais une trame borrible prête à éclater, et une connivence non équivoque pour tout homme versé dans la politique entre le gouvernement, la faction aristocratique de l'Assemblée nationale et la faction aristocratique de la municipalité, ai-je dû me taire? Je cherchais à purger l'Hôtel-de-Ville. J'en avais dénoncé plusieurs membres comme indignes d'aucune confiance. Je vous ai dénoncé moi-même d'une façon spéciale : connaissez les devoirs du citoyen et apprenez que le crime n'est pas de vous avoir accusé, le crime eût été d'avoir gardé le silence. Sûr de la pureté de mon cœur, dès le lendemain j'ai sommé le comte de Pernet, au nom de ce qu'un homme d'honneur respecte le plus au monde, de rendre hommage à la vérité. Cette sommation, faite avec candeur, aurait dû me mettre à l'abri de tout soupçon. Elle m'a procuré l'entrevue du comte, en présence de sept ou huit personnes honnêtes. D'abord, il est convenu de la réalité des imputations; mais il a chiffonné au sujet de M. Joly, et il insinuait qu'il avait parlé de M*** (le nom m'échappe1, mais je m'engage à le faire connaître). Sommé de répondre catégoriquement à mes demandes, les témoins ont vu ma franchise et son embarras. II est donc1 constant que les faits sont réels, mais qu'il s'est mépris en les attribuant à M. de Joly. C'était une erreur bien pardonnable. M. de Pernet n'a pas senti cette vérité. Il s'est effrayé sans doute des suites de cette

1. L s noms propres et les dates sont l'écueil de ma mémoire.

{Note de Murai)

méprise, et peut-être a-t-il craint de s'abandonner avec moi à la franchise qui est certainement dans son caractère.

Quant à moi, de quoi suis-je coupable? D'avoir suivi la foi de M. Pernet et d'avoir imputé des malversations eommises dans un comité de la ville à un membre innocent, au lieu de l'imputer à un autre membre coupable.

Venons maintenant au sujet de notre différend. Le délit est certain, il a été commis par un membre de la municipalité : ce membre était M***; il est clair que M. de Pernet s>st trompé en nommant M. de Joly ; quelles que soient, d'ailleurs, les apparences qui ont produit la méprise, il suffit qu'il la connaisse pour que je fusse coupable de ne pas m'empresser d'effacer, par un désaveu solennel de ma dénonciation, la tache qu'elle vous a imprimée. Je remplis donc avec zèle ce devoir sacré, et je l'aurais déjà rempli depuis huit jours si mes amis ne m'avaient arraché de chez moi pour m'entraîner en campagne, où ils m'ont tenu sous la clef, excepté le temps où ils me conduisaient dans la salle des États Généraux.

Tant que ma dénonciation subsistait, vous aviez droit de vous plaindre et d'exiger réparation d'honneur; aujourd'hui que je reconnais ma méprise et que je la désavoue publiquement, vous n'avez plus le droit de m'en faire un crime. Par ce désaveu volontaire tombe nécessairement l'action juridique que vous aviez contre moi ; et que pourrait exiger de plus un tribunal équitable qu'un désaveu que m'impose l'amour de la justice et le respect de la vérité? Je ne vous demande pas de retirer votre plainte et de faire révoquer le décret lancé contre moi ; l'éguité et l'honneur vous en font un devoir. Pour vous témoigner ma confiance sans bornes à cet égard, je vais m'arracher des hras de mes amis pour aller me remettre entre vos mains et m'abandonner à votre foi.

Marat, auteur de L'Ami du Peuple.

D'une campagne qui m'est inconnue, près Versailles, ce IS octobre l"iS9.

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