‹ La Corse et son avenirChapitre 219 sur 256 · CHAPITRE VINGTIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGTIEME

lion a lieu, les lumières se propagent facilement, et de même que les corps célestes éclairent tout sur leur passage, de même le mouvement des hommes et des choses à la surface du globe éclaire et vivifie tout.

Mais quelque prodigieux que soient les effets qu’exercent les grandes voies de communication, nous devons reconnaître cependant que leur influence n’est ni absolue ni universelle.

Les voies secondaires, c’est-à-dire les chemins vicinaux , sont aussi indispensables à la prospérité du corps social que les chemins de fer, les routes impériales, forestières et départementales.

Il est vrai qu’elles n’ont point de date historique ; elles sont simplement le résultat des besoins journaliers de la vie. Ce n’est pas le génie qui a présidé à leur établissement, mais elles ont commencé avec la société.

Pendant longtemps la Corse a manqué complètement de routes, aussi les lumières de la civilisation ne pénétraient que difficilement dans les campagnes; ce n’était qu’avec peine que les cultivateurs , privés de toute communication avec les villes, pouvaient y transporter leurs produits et y puiser des renseignements utiles à l’exécution de leurs travaux et à l’avancement de l’agriculture. Sur plusieurs points de l’île aucune communication n’a été encore établie , aussi les habitants de ces localités sont-ils arriérés sous tous les rapports. Leur bien-être, comme on doit le comprendre, souffre de cette séparation. Mais il est permis de supposer, on peut même affirmer, que la création de nouveaux chemins et l’amélioration de ceux qui sont déjà ouverts , contribueront bientôt à effacer ces taches, ces anomalies de notre civilisation.

Déjà les avantages qui résulteront d’un bon système de chemins vicinaux en Corse ont été étudiés , appréciés : on a trouvé qu’ils sont sans nombre.

Aujourd’hui, malgré le progrès que nous aurons à constater, les agriculteurs corses sont obligés , à certaines époques de l’année , de doubler le nombre des animaux de trait pour le transport de leurs produits , et la dépense du temps est généralement triple de ce qu’elle serait avec les routes viables. La dureté des charretiers et des voituriers, qui est devenue proverbiale en Corse , a pris, d’après nous , sa source dans la dégradation des principaux chemius qui sillonnent l’ilc.

Que de peines n’a-t-on pas encore dans plusieurs localités pour la rentrée des récoltes, pour la distribution des engrais, pour l’exploitation des bois. Souvent même les chemins deviennent impraticables ; et alors tout mouvement est impossible, toute circulation est dangereuse. C’est ainsi que les occasions favorables de vente se perdent au détriment du producteur et du consommateur; c’est ainsi que l’action commerciale qui devrait répandre les produits sur toute la surface de l’ile se trouve arrêtée à chaque instant, et que les échanges également utiles aux campagnards cl aux citadins ne peuvent s’effectuer.

Ces privations réciproques influent aussi sur la civilisation intellectuelle et sur le bonheur matériel de la France.

Mais ce n’est pas seulement l’agriculture et le commerce qui souffrent de l’absence ou de l’état déplorable de nos chemins vicinaux, l’industrie s’en ressent presque à un égal degré. Toutes les usines que l’emploi de certaines matières premières place dans l’isolement, vendent leurs produits d’autant plus cher, que la dif-

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