‹ La Corse et son avenirChapitre 246 sur 256 · CHAPITRE VINGT-DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-DEUXIÈME

la paix publique, pour la stabilité, c’est la croyance du pauvre qu’il est opprimé et sa haine contre le gouvcrnement; protégez le pauvre, si vous voulez que l’industrie fleurisse, car le pauvre est le plus important des consommateurs ; protégez le pauvre , si votre fisc éprouve des besoins, car après que vous aurez soigné les jouissances du pauvre, vous trouverez que le pauvre est encore le plus important des contribuables. » «Les éléments, pour arriver à ce but, a dit Montesquieu, ne manquent point, et il suffit d’interroger la nature et sa conscience pour se convaincre que l’aisance et la prospérité ne sont pas le privilège exclusif du riche, et qu’il est du devoir des gouvernements de faire participer le pauvre à cette aisance et à cette prospérité. » Par décret du 8 septembre 1852, un mont-de-piété a été créé à Alger avec un actif de 250,000 francs. Nous nous demandons pourquoi on n’a pas encore jeté un coup d’œil de compassion sur la classe pauvre du département de la Corse. Les besoins sont pourtant très-grands : les ouvriers souffrent à certaines époques de l’année.

Nous avons de la peine à nous expliquer comment certaines choses si simples, si connues, sont laissées dans l’oubli. Quant à nous, nous n’avons pas eu de grands efforts d’esprit à faire pour comprendre l’opportunité de créer un mont-de-piété ( maison du pauvre ) à Bastia et une succursale à Ajaccio; il nous a suffi de voir ce qui se fait ailleurs.

Nous ne voudrions pas cependant assister à l’installation d’un mont-de-piété usuraire et scandaleux comme celui de Paris, qui prête à 12 pour 100, et qui, sous diverses formes, trouve moyen d’ajouter à cet intérêt

ruineux des frais énormes qui élèvent le taux de l’emprunt à 15 pour 100, sur gages bien évalués. 11 est honteux, en vérité, de voir et de souffrir que ce montdo*piété se livre aussi impunément à de telles exactions sous l’empire de lois qui condamnent à des amendes très -fortes et qui flétrissent même de la peine de l’emprisonnement celui qui prête à 8 pour 100, Notre but ici n’étant pas de faire la critique des institutions qui fonctionnent ailleurs qu’en Corse, nous n’en disons pas davantage, mais nous n’en pensons pas moins.

En Corse, il faudrait un mont-de-piété qui prêtât au taux de 6 ou 7 pour 100 au plus , sur de bonnes garanties comme de juste. C’est ainsi que cette institution de bienfaisance secourrait avantageusement la classe des ouvriers dans les moments de gène et de détresse qu’elle n’éprouve que trop souvent.

Qui ne conviendra avec nous que le gouvernement ferait un usage louable et généreux de la latitude qu’il a dans l’emploi des fonds publics en consacrant à cet elfet une somme de 100,000 francs, qui ne courrait du reste jamais le risque d’être perdue et dont les frais d’administration seraient facilement couverts par les intérêts que l’on percevrait? Cet emploi, loin d’être onéreux, ne serait qu’une avance, et que de malheureux ne soulagerait-on pas !

L’œuvre est belle; nous la comprenons ainsi, et nous serions heureux de convaincre l’autorité supérieure de la nécessité d’activer la création en question.

Que nos désirs se réalisent donc, et notre satisfaction sera bien grande, d’autant plus grande que la classe intéressante des ouvriers en retirerait de bons profits.

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