‹ La côte des Esclaves et le DahomeyChapitre 29 sur 65 · LE LEZARD ET LA TORTUE · texte numérisé non relu

LE LEZARD ET LA TORTUE

Alo! Aloo!

Voulez-vous savoir pourquoi la carapace de la tortue n'est pas unie ?

La famine sévissait : dans tout le pays la disette était extrême. Le lézard alla aux champs et découvrit une grande roche remplie d'ignames. Le maître du champ était près de la pierre. Quand il voulut y entrer, il s'écria : ^ Pierre, ouvre-toi » ; et la pierre s'ouvrit. Et quand il fut sorti, il dit : « Pierre, ferme-toi » ; et la pierre se ferma.

Le lézard vit tout, entendit tout; et il rentra chez lui.

Au premier chant du coq, il s'en alla voler des ignames, les emporta dans sa maison et les mangea tout à loisir. Chaque jour il renouvela son larcin.

Une fois il fut rencontré par la torlue-adjakpa. Celle-ci lui demanda : « Oii as-tu trouvé de quoi manger, mon cher ami ?» Le lézard répondit : « Je me garderais bien de te le dire ou de t'y mener : on me tuerait. » L'adjakpa répUqua : « De grâce! mène-m"y : je nen soufflerai mot à personne. — C'est bien! ». dit le lézard; et il ajouta : « Au chant du coq, viens m'éveiller : nous partirons. »

La tortue rentre chez elle, et le lézard rentre chez lui, de son côté. Le coq n'avait pas chanté encore que la tortue était déjà près de la maison du lézard. Une première fois, une seconde fois, elle fait ktkéréké! Et elle court appeler le lézard, disant que le coq a chanté. Le lézard lui répondit de le laisser se reposer : le coq n'a pas chanté

encore. « C'est bien! » dit la tortue. Us se recouchèrent jusqu'à ce que le coq chantât.

Alors, le lézard se leva, et ils s'en allèrent. Dès qu'ils furent arrivés là, le lézard dit : « Pierre, ouvre-toi » ; et la pierre s'ouArit. Le lézard entra, prit des ignames et ressortit. Il dit à la tortue-adjakpa qu'il fallait partir. Elle répondit de rester un intant à garder. « C'est bien ! » dit le lézard, et sans plus attendre, il se retira.

Cependant la tortue-adjakpa se chargeait d'ignames : elle en mit à la tète, aux pieds, aux bras; elle en attacha aux clieveux de sa tête

Quant au lézard, il étaitdéjà chez lui, dormant les pattes en l'air. Il avait allumé du feu et se tenait comme quelqu'un qui était mort, ce jour-là même.

Notre adjakpa ne sut se rappeler comment il fallait dire à la pierre pour qu'elle s'ouvrît. Elle criait depuis longtemps sans résultat... Survient le fermier qui la saisit, qui la frappe, qui l'assomme. La tortue déclara que le lézard l'avait conduite à cet endroit. Le fermier l'attacha avec une corde et la conduisit chez le lézard.

Le fermier se présente : il trouve le lézard couché à la renverse, gisant comme un mort. Il lui dit : « Cette adjakpa prétend que c'est toi qui l'as conduite dans mon champ. — Comment l'aurais-je fait? je vous le demande; voyez si je l'aurais pu. Depuis trois mois, je suis ici couché : je ne connais le champ de qui que ce soit. »

Le fermier prit la tortue et la tua. Et la tortue, d'une voix gémissante : « Cancrelat, raccommode-moi, dit-elle; fourmi, viens me raccommoder »

Là où le cancrelat et la fourmi la raccommodèrent, c'est là que la tortue est raboteuse.

LA PRINCESSE GUERIE DE SURDITE. OU POURQUOI LA TORTUE RÉUSSIT EN TOUTES CHOSES,

Alo! Aloo!

Un certain roi avait une fille qui était sourde-muette. Cette fille avait nom Bola. Le roi fit tout ce qu'il put afin (le donner l'ouïe à sa fille : tout ce qu'on fit ne réussit à rien. L'enfant n'était pas à la ville : on lavait reléguée à la campagne.

Or, voici que la tortue aux mille industries se présente au roi et lui demande ce qu'il lui donnera, quand elle aura réussi à faire parler son enfant. « Je partagerai ma maison en deux, dit le roi, et je t'en donnerai une part. »

L'adjakpa va acheter une bouteille de miel et vient dans le bois où demeure l'enfant. Elle dépose le miel et va se cacher. L'enfant arrive près de cette bouteille de miel, y porte la main. La tortue sort de sa cachette, se glisse par derrière, donne un soufflet à la jeune fille : « Voleuse! s'écrie-t-elle : c'est ainsi que tu voles le miel, pour aller le manger. — Moi ! dit la jeune fille ; je t'ai A'olé du miel pour le manger, moi! »

La rusée tortue l'attache avec une corde, et elle chante ce provocant refrain : « Bola a volé du miel pour le manger, kiyin-kiyin! — Bola est une fourbe, hiijin-kiyin! Bola est une insigne voleuse, kiyin-kiyin ! »

A ces chants de la tortue, l'enfant répondit « qu'elle allait dans les bois de l'éléphant avec l'éléphant: qu'elle allait avec le buffle dans les bois du buffle; et la tortue vient l'accuser d'avoir volé du miel pour le manger ! kiyin-kiyin! »

La maligne tortue emmena l'enfant. Toutes deux se répondaient dans leurs chants, en sorte que lorsqu'elles arrivèrent chez le roi, celui-ci poussa un cri de surprise : « sa fille, quon n'avait plus entendue parler, parle aujourd'hui. »

Le roi divisa son palais en deux et donna une part à la tortue adjakpa.

Voilà pourquoi la tortue réussit dans tout ce qu'elle entreprend.

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