CHAPITRE XIV
ISLAM ET CHRISTIAXIS.M1
Protégée, au nord et à Test, par le Niger; à l'ouest, par an réseau de montagnes; au sud, par l'Océan, la côte des Esclaves demeura longtemps isolée des autres peuples. Aussi la langue et les usages s'y sont conservés purs de tout mélange hétérogène, ou à peu près.
Aujourd'hui, l'islamisme pénètre par l'intérieur, en même temps que les missionnaires protestants et catholiques arrivent sur la cote.
1SÏ.AMIS.ME.
Les Foulahs * ou Feilatahs ont été les propagateurs actifs de l'islam parmi les nègres. Ils ne difièrent pas des noirs seulement par la couleur et les usages, mais encore et surtout par le caractère. Leur énergie contraste avec la faiblesse de volonté des noirs; aussi, dès qu'ils sont en contact avec eux, leur instinct les porte à la domination.
D'après un dicton de Saint-Louis, si l'on introduit une jeune fdle poul dans une famille, fût-ce comme servante, comme captive, elle devient toujours maîtresse de la maison.
Les Pouls ont fondé plusieurs empires musulmans dans le Soudan, aux dépens des nations de race nègre. « Au com-
' Il est permis de croire que c'est la même race que les Pouls d'Egypte.
mencement du dix-neuvième siècle, Ahmadou-Labbo fonde un État poul le long du Niger, entre Tombouctou et Ségou. Tombouctou finit par lui être soumis. » (Faidherbe.)
Après avoir franchi le fleuve, les Pouls se répandirent sur la rive droite, où ils vécurent autour d'Ilorin , à l'état de tribus pastorales. Soumis d'abord aux maîtres du sol auxquels ils payaient des redevances, ils devinrent sédentaires, et bientôt refusèrent de se soumettre à un roi infidèle (vers 1820). Dès lors, Ilorin fut séparé du Yorouba, et forma un État à part, gouverné par un chef foulah et musulman ; car foulah et musulman sont depuis longtemps synonymes en Afrique. La population actuelle de cet État ne s'élève pas à moins de 300,000 âmes; la ville seule d'Ilorin en renferme 100,000 au moins. C'est un mélange de Foulahs, de Barbas (Bornouans) , d'Haoussas et de Nagos. Ceux-ci ont des chefs de leur nation; mais ils ne forment plus que la plèbe, tandis que les Foulahs dominent et constituent la caste patricienne du pays où ils se sont fixés en maîtres.
Dès qu'ils se sentirent assez forts , les musulmans envahisseurs proclamèrent la guerre sainte aux infidèles du voisinage. Ils eurent quelques succès , et ne renoncèrent à l'offensive qu'après avoir éprouvé plusieurs défaites de la part des Ibadans. Leur prosélytisme n'en est pas moins actif pour cela; il s'exerce d'une autre façon, parle ministère de leurs aloufas ou marabouts.
L'alou/a est prêtre et maître d'école tout à la fois. Coiffé du turban, il chausse des sandales, se drape superbement dans son éicou, et porte habituellement des armes : tantôt le sabre, tantôt le fusil. Il sort souvent à cheval, accompagné d'une nombreuse suite. Tout cet appareil, ainsi que son maintien grave, en imposent au nègre païen. Celui-ci se sent fortement attiré par l'islamisme. Cette religion flatte sa vanité et ne l'oblige, en réalité, à aucune pratique bien pénible, puisqu'il peut continuer à vivre dans la polygamie et la volupté.
Maître d'école, l'aloufa enseigne à lire et à écrire les lettres de l'alphabet arabe et quelques versets du Coran. C'est à peu près tout ce qu'il enseigne et tout ce qu'il sait, en fait de lecture et d'écriture.
Comme prêtre, il s'applique à inspirer la haine de ce qui n'est pas l'islam : terrible disposition qui empêche l'esprit et le cœur de s'ouvrir à la vérité et à la grâce. Le païen, en face de la révélation, ignore, mais il ne ferme pas les yeux à la lumière, de parti pris. Le musulman, au contraire, est dans la résolution bien arrêtée de repousser toute doctrine étrangère à la sienne. Il nexamine pas; il n'écoute même pas. Impossible de le convaincre! Impossible de raisonner avec lui! On perd son temps et sa peine en discours inutiles.
Il est aisé de comprendre quel obstacle énorme Tislamisme oppose à la diffusion de l'Évangile, partout où il a une inlluence prépondérante. Or, chaque jour, il fait des progrès nouveaux; et les chefs païens, alors même qu'ils ne se font pas musulmans, laissent les aloufas prendre sur leur esprit un énorme ascendant.
Les aloufas sont mu-; autant par l'amour du lucre que par le fanatisme religieux. La confection des amulettes, ou tira, est pour eux une source de gros bénéfices. La tira est un papier sur lequel sont écrites quelques paroles du Coran. Ce papier est enveloppé dans un morceau de cuir ou d'étolïe. Des cordons fixés à l'amulette permettent de la suspendre au cou. On en met aussi au cou des chevaux et d'autres animaux. C'est un préservatif, un gage de prospérité, un, charme, comme Yondé des païens.