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maîtresses qu'il tenait comme les chevaux d'un Tandem , l'une près, et l'autre loin.
Georges éprouva toute la vérité de cet aphorisme. . . car ayant invité Hortense pour danser le galop, Hortense promit à Georges de ne plus chercher à lui obtenir l'amour du gros blond , et lui fit jurer à son tour d'être d'une froideur glaciale avec cette madame de ***. Comme à toutes ces protestations et à toutes ces demandes Hortense ajouta qu'elle mourrait si Georges ne croyait pas les unes et n'accordait pas les autres, il crut, et accorda tout, ne voulant pas avoir à se reprocher la mort d'une aussi ravissante créature.
M. deCérigny, lui, ne dansait ni ne jouait, mais il était aussi assidu que possible auprès de madame de Lussan, qui lui donnait tous les moments qu'elle pouvait arracher à l'ennui de recevoir. ICnfin jusqu'au jour ce ne furent que danses et folles joies au son d'une* musique enivrante, devant des glaces étince-
lantes qui disaient aux belles... Vous êtes belles
et qui étaient muettes pour les laides, car les laides ne les interrogeaient pas.
Tout se passa dans l'ordre , les maris parlaient politique ou whist, — les amants en titre dansaient par devoir, — car il y a une justice au ciel ; et ceux qui aspiraient à les remplacer ne dansaient pas. — Ils aimaient mieux, offrant leur bras pendant une contredanse qu'on avait refusée , jouir du doux et favorable mystère, autorisé par une longue promenade dans les allées tortueuses d'une serre chaude
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contigue au salon et formant un délicieux jardin au milieu de l'hiver.
Pendant ce temps l'amant en titre rajustait ses cheveux, s'essuyait le front, quêtait des vis-à-vis pour la proc/untie, — ceci, je crois, se dit ainsi ; — et, grâce au fréquent exercice qu'il prenait, la gorge desséchée par une soif dévorante, l'amant en titre appelait des yeux les maîtres d'hôtel et leur plateau de vermeil avec l'inexprimahle angoisse d'un malheureux voyageur qui , égaré au milieu d'un désert brûlant, chercherait au loin, d'un regard désespéré, une bienfaisante oasis.
Pendant ce temps , alors l'amant qui n'est pas en tifre soupire, prend sa voix douce, flatte, ment, prie, fait des serments, et parle de son rival avec un désintéressement si cruel, une bienveillance si perfide , qu'à la première entrevue on trouvera au pauvre amant une qualité désespérante , et il n'en faut pas, heureusement, davantage pour amener une rupture.
Enfin , tout fut au mieux , et le jour commençait à poindre qu'il y avait encore dans le premier salon de l'hôtel de Lussan de jolies femmes un peu pâlies, coquettement encapuchonnées dans leurs manteaux ou dans leurs petites mentonnières de soie , et que semblable à — la comparaison est hasardée — semblable à la voix qui au jour du jugement appellera chaque humain par son nom , — la voix des valets de ciiambre de M. de Lussan venait annoncer à chaque belle paresseuse que ses gens l'attendaient.
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Six heures sonnaient comme les dernières voitures faisaient résonner les vitres de l'hôtel , c'était le coupé du marquis et de la marquise de Cérigny et celui de Georges qui s'en allait seul.
Après un moment de silence , M. de Cérigny dit à sa femme :
« En vérité , ma chère amie , je ne vous ai jamais vue plus jolie que ce soir... votre toilette était d'un
excellent goût madame de Lussan me la faisait
remarquer.
— Mais savez-vous que c'est une louange cela , monsieur de Cérigny ? madame de Lussan a le droit d'être sévère !... elle qui se met toujours si bien...
— N'est-ce pas, Hortense? à propos... j'ai pris sur moi de lui promettre de vous mener à Lussan cet été... ai-je eu tort?...
— Pouvez-vous le penser, mon ami?... ne savezvous pas 'que j'aime de tout mon cœur cette chère Emma...
— Que vous êtes bonne , Hortense , et puis vous trouverez à Lussan beaucoup de gens de votre société, les Jlersac y seront, les d'Alby, madame de Verneuil, et peut-être Georges accompagnera-t-il sa tante ; j'ai oublié de le lui demander, mais les d'Alby y seront pour sur...
— Oh ! je ne crois pas que M. de Verneuil puisse venir à Lussan, il nous a dit, ce me semble, qu'il s'était promis à M. d'Hermilly.
— Tant pis , j'en serais désolé , car je lui suis dé-
voue comme à un parent , et je l'aime comme un ami, malgré la disproportion de nos âges...
— En vérité , monsieur de Cérigny , — dit Hortense avec l'air du plus aimable reproche , — ne faites donc pas de la fatuité de vieillesse , cela ne vous va pas encore , je vous en avertis.
— Mais vous me gâtez , Hortense... — dit le marquis en baisant la main de sa femme.
— jVon , je vous assure , Victor , vous êtes charmant quand vous voulez. . . et vous voulez toujours. . .
— Et vous donc , Hortense , n'êtes-vous pas parfaite pour moi!... Pourquoi donc, mon Dieu, se lier à jamais l'un à l'autre , si ce n'est pour se rendre mutuellement la vie la plus supportable possible, — c'est là le véritable esprit du mariage. »
La voiture s'arrêta devant l'iiôtel de Cérigny. — Le marquis conduisit sa femme jusqu'à l'entrée de la galerie qui menait à ses apparlements , et rentra daas les siens.
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