CHAPITRE IV
Si Albert n'eût pas été si beau, si doux, si aimable, malgré ses scrupules , — certainement Emma eût cessé d'effaroucher sa candeur de jeune homme par ses œillades agaçantes... — Alais Albert avait toutes ces qualités. .. et puis il aimait tant sa mère. ..
s LA COUCARATCHA.
il était si pieux... il .savait si bien le <i[rec. . . le latin... et puis...
Fa puis il était seul.
Aussi Emma jura daus sa jolie petite tète qu'Albert serait forcé de lui avouer l'amour qu'il ressentait pour elle; — car quelle jeune fille, — quelle femme a jamais eu le courage de ne pas s'apercevoir qu'elle était adorée ?
Un soir donc , après avoir chanté une délicieuse romance qu' .Albert avait accompajjnée, — Emma se trouvait seule avec lui dans le salon, le soleil était couché depuis longtemps , et l'obscurité commençait à envahir cette pièce.
Albert était resté au piano, — écoutant encore la voi.v ravissante d'Emma , quoiqu'elle ne chantai plus , et se laissant aller à une tendre et profonde rêverie.
Les femmes comme Emma aiment bien que leur amant rêve, — mais quand elles ne sont pas là. — ,Au bal, — dans le monde, — au milieu d'un cercle de jolies personnes coquettes et légères , — oh ! qu'il rcve alors... rien de mieux... mais en fète-à-tète, — c'est à n'y pas tenir. — Aussi le pur Albert fut-il arraché à sa méditation par la pression d'une petite main qui s'appuya sur son épaule et par le son d'une jolie voix qui lui dit : ,
« A quoi pensez-vous donc... .Albert? »
Par une de ces anomalies psychologiques, par une de ces contradictions du cœur, par un de ces bizarres caprices de l'àme que l'homme n'expliquera jamais,
UN REMORDS ;i
Albert, jusque-là si timide, répondit, sans doute emporté par une exaltation passionnée :
u Je pense à vous, Emma!!!
— Vrai... oh! si vous saviez quel plaisir vous me faites en me disant cela... Albert! j répondit-ello d'une voix émue...
Et je ne sais non plus comment la main de la jeune fille descendit de l'épaule pour s'arrêter sur la main d'Albert, qui, frissonnant de tout son corps, sentant l'impression électrique de cette peau douce et fraîche, s'écria :
tt Pardonnez-moi, Emma... je sais que je suis bien coupable...
— Le fat , » pensait Emma en disant pourtant : j Je vous pardonne... Albert... mais répétez que vous pensez souvent à moi... n
Et comme elle avait, par pudeur, dit ces mots à voix basse, sa figure était tout proche de celle d'Albert, quand il s'écria de nouveau : « J'y pense toujours à vous, Emma, malheureusement et malgré moi... toujours !... »
Je ne sais encore par quel nouveau hasard la bouche d'Emma se trouvait si près de la bouche d'Albert quand il prononça ces derniers mots; — mais ce fut entre deux baisers qu'elle demanda : n Albert, vous m'aimez donc... )) et qu'il répondit : «■ Emma, pour la vie... D
Après quoi se levant brusquement, égaré, pâle, tremblant comme s'il venait de commettre un crime, — il se précipita hors du salon, — y laissa Emma
10 LA COUCARATCHA.
radieuse, rose, animée, qui, après un long soupir... murmura ce mot avec un accent de reconnaissance et d'espoir inefAible :